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1798. comme eux. L'aristocratie leur est chère plus que jamais ; c'est la loi du pays , elle a fait leur bonheur; ils la regardent comme une garantie de leur gloire ; mais ce sentiment même les rend furieux contre des aristocrates intimidés ou perh'des qui parlent dabdiquer le pouvoir au moment du danger. A peine sont-ils armés de fourches et de faux, qu'ils demandent : Où sont les batteries et les baïonnettes françaises? Pourquoi cet armistice, pourquoi ces négociations ? Les Français ne sont-ils pas sur ce territoire où les maisons d'Autriche et de Bourgogne ont trouvé le salaire de leurs violences? Quand les ossemens des -Français agresseurs seront-ils joints à ceux des soldats de Charles-le-Téméraire, •aux champs de Morat et dans la chapelle des Bourguignons? Les femmes échauffent encore ce patriotisme bouillant et sinistre : ou dirait qu'elles ont sucé le lait des premières héroïnes de la patrie. Ces femmes ne veulent plus que les rangs des soldats leur soient fermés; elles veillent avec eux, partagent leurs travaux et réclament la première part des dangers. Que si des officiers bernois gourmandent une ardeur inconsidérée, qui va faire courir ce peuple à la mort plutôt qu'à la victoire, ils 1798sont accueillis par de sombres rumeurs. Ne font-ils pas partie de ces traîtres de Berne, qui ont reçu l'or de la France pour asservir leur patrie ? Mort aux traîtres ! répète-t-on dans tous les rangs. Le général Derlach, qui dans le conseil n'a cessé d'appuyer le patriotisme courageux de Steiger, lui à qui l'armistice est odieux, et qui sollicite chaque jour l'ordre de le rompre, est lui-même l'objet de ces soupçons, de ces fureurs.

Brune voit qu'il n'y a plus un moment à combats au perdre pour l'attaque; le 2 mars 1798,iirompt†

et prise de l'armistice, sans en avertir les Bernois. Le gé-o†

néral Schauenbourgcommandel'avant-garde ; Mars 1798. on marche sur Soleure; un bataillon de l'Oberland a été surpris, mais les nouveauxsoldats ne jettent point leursarmes devant les vainqueurs de l'Italie. Des femmes, qui sont entrées dans les rangs, s'élancent les premières; les Français s'étonnent ets'affligent d'avoir à combattre ce nouveau genre d'ennemis; le bataillon a perdu deux cents des siens, et son colonel Wurstenberger. Les Bernois se retirent, mais pour faire encore plusieurs fois volte-face ; malheureusement ils n'ont point été secondés

1798. par la milice de Soleure. Cette ville ouvre ses portes ; les magistrats de Fribourg voient foa-. dre sur eux l'orage , et bientôt ils capitulent. Cette lâcheté, qui a livré sans coup férir deux villes susceptibles de quelque défense, perce le cœur des paysans armés; ils ne veulent plus reconnaître la voix de leurs chefs, et supportent à peine quelques officiers. Ce sont eux-mêmes qui s'assignent les postes du combat; le tocsin qu'on sonne de tous côtés entretient leur furie et la pousse jusqu'aux plus horribles excès; ils marchent sur Berne, pour massacrer les membres d'un gouvernement dont ils se disent trahis. Bientôt ils s'étonnent d'un transport qui leur a fait quitter leur poste; leur rage s'assouvit sur les colonels Stettler et Ryhiner, qu'ils percent de mille coups de baïonnette. Sans se repentir de ces indignes meurtres, ils voudraient du moins que le sang des ennemis lavât celui de leurs compatriotes; le 5 mars ils goûtent enfin le bonheur d'engager sur toutes leurs lignes des combats acharnés. Les destins en furent bien difFérens, mais l'ardeur fut partout la même. 1l n'y avait point un plus horrible danger que celui de commander à ces furieux. Le gêné

rai Derlach s'y dévoue; un affreux et trop 1798sûr pressentiment le poursuit. Un peu avant le combat, il dit au jeune Varicourt, officier français qui lui servait d'aide-de-camp : « Mon « ami, je vois lever le soleil, mais je ne le « verrai pas coucher. M Steiger vient aussi chercher le combat j le conseil s'est dissous par une abdication définitive; Steiger, qui s'est opposé le dernier à ce lâche parti, se voit dépouillé de toute autorité, et ne peut plus rien pour sa patrie, que mourir. Septuagénaire , il vient prendre place dans les rangs: le premier magistrat de la République n'est plus qu'un grenadier.

Les deux points principaux de la bataille du 5 mars, furent Neuneg et Fraiibrunen; au premier de ces postes, huit mille Bernois, formés et armés au hasard, eurent à se défendre contre quinze mille Français commandés par le général Pigeon, souvent nommé dans les campagnes d'Italie; d'abord ils furent enfoncés, mais ils revinrent jusqu'à trois fois à la charge; un renfort de milice de l'Oberland décida la victoire pour les Bernois, dix-huit canons en furent les trophées, et deux mille Français restèrent sur le champ de bataille; les vainqueurs avaient gagné du terrain, et déjà ils s'apprêtaient à marcher sur Fribourg, lorsqu'ils apprirent L malheureuse issue du combat de Fraiibruuen.

Le général Shauenbourg dirigeait l'attaque des Français, le général Derlach commandait les Bernois, et près de lui se trouvait Steiger; la disproportion du nombre était effrayante: six mille Bernois se trouvaient en présence de dix-huit mille hommes de ces troupes qui remplissaient l'univers de terreur et d'admiration; il fallait que les Français, qui avaient à repousser le choc du désespoir, continssent leur ardeur pour n'écouter que la discipline. L'avaut-garde ennemie qui vient s'offrir à leurs coups, leur cause un frémissement involontaire; ce sont pour la plupart des femmes qui s'avancent; la mère y conduit ses filles, son époux et ses fils combattent à ses côtés ; les familles ont formé le vœu de mourir ensemble. Pourra-t-on quitter le combat ? La femme sera là pour venger son mari, et le frère sera là pour venger ses sœurs; mais point de cavalerie, point d'artillerie volante, point d'ordre, point de tactique; la patrie et la famille, voilà les deux seuls appuis du courage.

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