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tourner en dérision les mœurs, les habitudes et la croyance des graves et religieux Piémontais. La mascarade était appuyée par des soldats qui présentaient la baïonnette, et par des hussards qui couraient sabre levé : cette troupe, dans sa gaîté cruelle, se répandait en

invectives contre les magistrats, en insultes !

contre les femmes, en imprécations contre les prêtres, en menaces contre le roi. Sans respect d'âge ni de sexe, on culbutait tous ceux qui n'ouvraient pas un passage assez prompt à la hideuse mascarade; elle pénétra ainsi jusque dans la place la plus fréquentée de Turin, et le dimanche y avait rendu l'affluence très considérable. Déjà l'on se range sur deux lignes; déjà le peuple dans son désespoir se fortifie de quelques soldats fidèles : des coups de fusil se sont fait entendre de part et d'autre, et quelques Français sont tués sur la place ; ainsi, sous les auspices de la folie va commencer un épouvantable massacre dans une des plus belles villes du monde. Le général Ménard, officier plein d'honneur et d'humanité, voit le danger, et a la force de prévenir cette horrible mêlée : d'une voix ferme il menace, il condamne les auteurs de

cette coupable mascarade; il ordonne à toute II. - I2

1798.

1798. la troupe de rentrer dans la caserne, et a le bonheur de se faire obéir.

Mais la sédition se déclare sur. tous les points du Piémont; les Français, qui venaient de prendre l'engagement de la réprimer, en sont partout les ministres, les auxiliaires, les provocateurs; ils s'emparent des forteresses; leur armée est partout. Quelle défense le roi peut-il tenter aujourd'hui? Il s'est laissé cerner dans sa capitale; pas un jour, pas une nuit, ne se passe sans présenter des chances de mort à lui, à l'auguste Clotilde son. épouse, au-duc d'Aoste son frère, à tous les siens; le Directoire s'est promis le plaisir de faire passer toute cette famille royale sous le joug, de montrer au peuple de Paris ces augustes captifs, et de les faire gémir dans une prison perpétuelle. M. de Talleyrand, ministre des affaires étrangères, destiné à rendre un jour de si importans services à la monarchie française, sauva , dans la personne de Charles-Emmanuel, la royauté de nouveaux outrages et de nouveaux supplices. C'est le témoignage que lui rend l'intègre et judicieux historien de l'Italie, M. Charles Botta. Au général Brune avait succédé, dans le Piémont, le général Joubert, qui voulait être à la fois

fidèle aux lois de la République et à celles de 1 "O8l'honneur. M. de Talleyrand, sûr de trouver dans ce vaillant et noble militaire un instrument de ses desseins, lui fit part des projets cruels qu'on agitait, ou plutôt qu'on avait déjà arrêtés au Luxembourg, l'autorisa à en donner l'avis au roi, et à le presser de finir d'interminables malheurs, en signant un acte d'abdication qui lui laisserait au moins son île de Sardaigne pour refuge. Le roi céda à une fatale nécessité; il lui fut permis de sortir de Turin, pendant la nuit, avec toute sa famille , et il avait déjà gagné les États protecteurs du grand-duc de Toscane, lorsqu'arma l'ordre du Directoire de l'arrêter. CharlesEmmanuel s'embarqua pour la Sardaigne. Les soins d'un peuple fidèle, et ceux de la reine Clotilde, lui firent oublier les ennuis dont il avait été assailli sur un trônetrop voisin d'une république conquérante.

An moment où la chute du roi de Sardaigne complétait l'asservissement de l'Italie , l'asile le plus vénéré de la liberté dans les temps modernes, la Suisse, était déjà, depuis plusieurs mois, pillée, saccagée, asservie, par les flegmatiques et impitoyables chefs du gouvernement français. Ce fut un crime poli

État de la Suisse avant la révolution et la guerre helvétique.

tique, stupide à force d'injustice et d'inhuma-
nité. Quel en fut le mobile ? On ne peut le
trouver que dans les calculs les plus délirans
de la cupidité, et dans cette fureur systéma-
tique qui voulait appuyer la République fran-
çaise sur une longue chaîne de républiques
esclaves. Entre les Directeurs, ce fut Rewbell
qui prit le plus de part à cette horrible agres-
sion. Que son nom en porte tout le poids
dans la postérité ! Du fond de son cabinet, il
fut l'Attila de la Suisse, tandis que La Réveil-
lère-Lépeaux était le Genséric de Rome.
Je vais rapidement examiner l'état de la
Suisse avant le bouleversement. Je commence
par le canton qui fut le principal objet de la
guerre, celui de Berne. -
Cette aristocratie n'avait jamais eu recours
à la politique ombrageuse de Venise. Tout
son secret, pour cimenter son pouvoir, avait
été de rendre le peuple heureux. Ces patri-
ciens, qui se décoraient du titre de magni-
fiques seigneurs, vivaient sans appareil, et
l'économie du père de famille leur avait en-
seigné les grandes leçons de l'économie de
l'homme d'état. Nul gouvernement, en Eu-
rope, ne justifiait mieux les publicistes un peu
trop insoucians, qui montrent une indiffé-

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rence absolue pour les formes du gouverne- 1798.
ment, et croient voir lajneilleure constitution
dans l'État le mieux administré. Tout dans le
canton de Berne paraissait disposé pour le
bien-être de l'homme; l1aisance partout, le
faste nulle part; c'était un sénat qui ne sem-
blait voir d'ennemis d'aucun côté; sa police était
imperceptible et cependant vigilante. Berne,
la ville souveraine, est loin de rivaliser avec
la magnificence des villes d'Italie; mais elle
tire son éclat d'une propreté et d'un esprit
de prévoyance qui ont long-temps manqué
aux plus superbes capitales de l'Europe ; par-
tout des trottoirs et des arcades continues
mettaient les habitans, soit à l'abri des injures
du ciel, soit à l'abri du choc rapide et de l'em-
barras des chars; l'égalité y régnait même
avec un peu de monotonie, et l'on eût pris
cette capitale d'une forte aristocratie, pour
celle de la démocratie la plus judicieuse.

On ne désire point de palais, dans ce séjour
de la tranquille aisance. Les ponts, les digues,
les écluses, qui domptent les torrens ; les fon-
taines multipliées avec un sage discernement;
les routes plantées d'arbres, soigneusement
entretenues, et dont l'agriculture n'accuse
point l'excessive largeur ; les chemins vici- <•

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