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se plut à supposer que l'un des plus grands 1708. événemens des fastes maritimes pourrait, comme la bataille d'Actium, changer les destins du monde.

L'enthousiasme était déjà très vif à la cour de Naples, lorsque Nelson parut dans le port pouf y venir réparer les dommages de sa flotte victorieuse. La présence de l'ambassadeur français ne put empêcher les transports qui éclatèrent à la vue de l'heureux amiral; il reçut à Naples les pompeuses prémices du triomphe qui l'attendait à Londres; le lord Jlamilion était alors ambassadeur d'Angleterre h la cour de Naples. Je ne sais quel entraînement de passion ou quel délire de volupté lui avait fait epouser une femme dont la jeunesse s'était à peu près passée comme celle de madame du Barri, et qui joignait aux dons de la beauté la plus rare le talent d'en rehausser et d'en varier les effets par des attitudes qu'elle empruntait aux chefs-d'œuvre de l'art statuaire. Cette Gléopàtre de la Tamise conçut bientôt le projet de subjuguer le vainqueur d'Aboukir, et n'y réussit que trop. Bientôt on vit unis dans une même exaltation guerrière le lord Hamilton, sa femme, le ministre Aclon qui, né Anglais, était porté à

1798- s'exagérer les effets de la victoire de son compatriote. La reine Caroline n'eut aucune peine à entraîner son époux.

On parla hautement de marcher sur Rome, et ce n'était pas là le terme des conquêtes dont on se flattait. Le roi Ferdinand, dont les intelligences avec la cour d'Autriche n'étaient point nouvelles, lui avait demandé pour commander ses troupes un des généraux autrichiens les plus renommés. L'empereur avait cru faire au roi de Naples le présent le plus précieux en lui envoyant le général Mack. C'était à lui qu'on rapportait l'honneur des plans de campagne du prince de Cobourg dans cette année de i798 qui fut la plus glorieuse pour les armes de l'Autriche. Presque seul il paraissait affranchi de cet esprit de routine, qui empêchait tant d'autres généraux de se former à l'école de leur vainqueur; il s'exprimait avec facilité, et surtout avec une présomption qu'on croyait justifiée par le génie. Le plan qu'il avait conçu était hardi et surtout ambitieux; il avait donné au front de son armée une étendue considérable, afin d'envelopper toute l'armée française qui occupait l'Etat romain; il ne rêvait plus que des Fourches Caudines.

Ce fat le 26 novembre que l'armée napoli- 1 798. taine se mit en marche. Les principales divi- ^é"'^, i« sions étaient conduites par le prince hérédi- NaUta!nstaire, par le général Colli et par le comte Roger de Damas, émigré français doué d'une brillante valeur. Je me garderai bien de les suivre dans leurs divers points d'attaque; ces détails militaires seraient ici fort oiseux. Le général Championnet , qui commandait l'armée , n'avait autour de lui que dix mille hommes. Il vit le danger d'être coupé de la republique cisalpine, et pour le prévenir il ne craignit pas d'abandonner momentanément l'illustre et malheureuse ville que les Français étaient si fiers d'occuper. Ce fut à Perugia qu'il réunit ses divisions éparses, et la retraite ne lui couta presque aucun prisonnier. Les consuls, les sénateurs, les tribuns et les édiles de la Rome nouvelle se hâtèrent d'éviter le courroux des Napolitains, et gagnèrent avec précipitation le refuge qu'ils pouvaient trouver encore auprès du général français; mais la fuite n'avait pas encore été permise à tous ceux des Romains qui avaient pris, soit par l'esprit républicain, soit par l'esprit de brigandage, une part active à l'oppression de leur patrie. Le 29 novembre le roi Ferdinand

1798- fit son entrée triomphante à Rome; alors les Transtévérins et la plupart de ceux qui s'étaient honorés par leur fidélité firent une guerre implacable aux partisans des Français; ils étaient poursuivis et emprisonnés sous le nom d'athées et de Jacobins. Les maisons de plusieurs absens furent démolies. Le roi Ferdinand parvint pourtant à faire cesser ces premières fureurs de la vengeance; mais il ne put réprimer chez les soldats un esprit de rapine qui leur fit renouveler dans Rome les mêmes excès dont ils se prétendaient les vengeurs. Ce qui restait de l'or de l'Église ne fut pas même épargné. Les Français avaient vu avec quelque dépit ces magnifiques peintures à fresque qu'ils ne pouvaient transporter dans leur patrie; ils avaient du moins respeèté ces chefs - d'œuvre de Raphaël: les galeries du Vatican subirent les outrages du sabre napolitain.

D'autres événemens nous rameneront bientôt sous les murs de Rome , et nous conduiront rapidement jusqu'à Naples; mais pour ne point perdre le fil que je tâche de suivre à travers une si vaste désolation et une anarchie si compliquée je vais examiner un moment l'état politique de la république cisalpine; déjà il était tel, que la république romaine, 1798. dont je viens de peindre les misères, n'avait presque rien à lui envier. Dès que Bonaparte se fut éloigné des murs † de Milan , les républicains nouveaux qu'ilo §

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avait créés dans la Lombardie s'efforcèrent d§de fortifier leurliberté par quelquessentimens "ios d'indépendance nationale; ils tendaient surtout à se délivrer des tributs que l'indigence avare du Directoire ne cessait de lever sur eux ; leurs remontrances furent vaines; dans / leur humeur, ils refusèrent d'accepter je ne sais quelle constitution que Bonaparte leur avait laissée en partant : ils élevèrent aux premières magistratures des démocrates fort exaltés et même dangereux. Le Directoire choisit pour les réprimer un jeune homme qui avait signalé un courageux esprit d'opposition contre les Jacobins de France, et qui, depuis, a montré le zèle le plus constant et le plus pur pour la restauration. Le nouvel ambassadeur, Trouvé, agit en maître dans la république cisalpine. Il cassa une constitution extrêmement démocratique que les Cisalpins avaient osé se donner, et il en substitua une autre qui venait d'être improvisée. Les démocrates cisalpins avaient

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