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1798. Révolte de l'armée française contre son - général Masséna.

1798.

Insurrection des Romains réprimée.

L'armée française s'indigne elle-même de servir d'instrument à de lâches concussions qu'elle a nommées brigandages; elle s'irrite surtout contre son nouveau général Masséna, et cesse de voir en lui l'homme des victoires. Elle refuse de lui obéir, et cette résolution lui est signifiée par un conseil d'officiers. Masséna fait de vains efforts pour rappeler les soldats à la discipline; il est obligé de quitter Rome.

Les Romains ont souri à ces signes de discorde qui se montrent parmi leurs oppresseurs; ils osent penser à leur affranchissement, et se confient à leur indignation, à leur courage ; le premier signal a été donné dans la campagne de Rome. Tandis que les Français s'ébranlent pour réprimer cette révolte, les habitans du faubourg de Transtévère, ceux dans lesquels on croit que coule encore le sang des Romains, et qui du moins en reproduisent les nobles traits, fondent sur les Français ; ils avaient espéré les trouver désunis; mais le danger les rallie. Les soldats opposent la force de leur discipline à une troupe qui n'a pour guide qu'une aveugle fureur. Le général Vial a mis en fuite les Transtévérins; c'est l'impétueux Murat qui pour

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suit, avec la cavalerie, les insurgés de la 1798. campagne. Après un vain effort de courage, tout va rentrer dans un ordre servile; c'est maintenant de Naples que Rome attend sa délivrance.

Le Directoire, pour opprimer avec plus Napies se de sûreté ce qu'il appelait la république ro-g^ré." maine, s'était attaché à contenir, par des *798égards et des promesses, cette cour de Naples, qui déjà avait cédé à la terreur de nos armes.

L'ex-ministre Garat fut nommé ambassadeur auprès de cette cour; comme on lui connaissait un esprit capable de recevoir et d'embellir toutes les illusions, on avait jugé que des protestations de paix auraient plus de force dans sa bouche, parce qu'il pourrait y mettre de la sincérité. Un tel choix pourtant ne devait point être agréable à la reine, qui connaissait tous les détails des catastrophes de notre histoire, et se souvenait sans doute que l'ex-ministre Garat avait été forcé, par l'emploi qu'il remplissait alors, de venir lire à Louis son arrêt de mort. Garat crut pouvoir réunir, dans cette mission difficile, un certain faste républicain et philosophique avec des égards qu'on ne montrait plus guère

1798. aux souverains; il voulut donner un grand effet à sa présentation dans cette cour. La diplomatie ne se colora jamais d'un langage plus pompeux et plus fleuri. On peut en juger par ce fragment assez curieux;

« Ce n'est point parce qu'il m'a vu errer (f sous les portiques de la faveur ou de l'ani« bition, que le Directoire a pu faire tom« ber sur moi son choix pour cette mission « extraordinaire. Je n'ai guère vécu que dans « le silence des campagnes, dans les lycées « et sous les portiques de la philosophie, et « lorsque les révolutions et une République « m'envoient auprès de votre majesté, chargé « d'une mission qui peut être utile à plui( sieurs peuples, l'imagination rappelle ces « temps de l'antiquité où, du milieu des ré« publiques de la Grèce, des philosophes, « qui n'avaient un nom que parce qu'ils sa« vaient penser, venaient, sur ces mêmes « bords, sur ce même continent, dans ces « mêmes îles, apporter leurs vœux pour le « bonheur de l'espèce humaine. Plusieurs y « firent du bien; tous voulurent en faire. Je (f ne puis pas former d'autres vœux, et je n'ai « pas reçu d'autre mission du Directoire de tt la République française. Ces vœux doivent w être inspirés à toutes les voix qui se font 1798.

« entendre aux hommes, au nom du ciel et

« au nom de la nature, et dans ces lieux où

« vous régnez, au milieu des plus étonnans

t< phénomènes du ciel et de la terre; sur ce

«• sol, magnifique amas de débris entassés par

« les révolutions du globe, à côté de ces vol

« cans dont les bouches, toujours ouvertes et

« toujours fumantes, font penser aux laves

« qu'ils ont vomies et qu'ils vomiront encore.

« II me semble, sire, que, sous quelque nom

« qu'on vive, sous celui de républicain, ou

« sous celui de roi, on doit être impatient

« de signaler, par quelque bien durable fait

« aux hommes, une existence si fugitive et

« si incertaine. »

Le roi Ferdinand, peu versé dans les pompes du style oratoire , ne sut que ré'pondre au nouveau Pythagore. L'ambassadeur se présenta ensuite à la reine, et l'entretint long-temps des institutions bienfaisantes de ses deux frères, l'empereur Joseph et le grand-duc Léopold, qu'il semblait agréger de sa propre autorité à l'école philosophique; du reste, on ne tarda pas à s'apercevoir à la cour de Naples, que le choix d'un ambassadeur obstiné à voir toujours les choses

1798. telles qu'il les désirait, était assez commode pour avancer des préparatifs de guerre. On se gêna peu avec lui, et l'armée napolitaine fut portée jusqu'à plus de soixante mille hommes. Garat cependant avertissait le cabinet du Luxembourg de ces préparatifs, et se moquait de l'apparence peu martiale des nouvelles troupes. L'événement prouva bientôt que ses mépris étaient assez légi*times. L'Autriche s'était dès lors déterminée à la guerre, et la Russie levait une des plus formidables armées qui fussent encore sorties des glaces du Nord. L'expédition d'Egypte, dont il n'est point encore temps de suivre le vaste et imposant tableau, avait donné dans la Turquie un ennemi de plus à la France. La rapide conquête de l'île de Malte avait causé un moment de stupeur parmi les puissances chrétiennes; mais l'effroi diminua quand on connut le marché infâme qui avait amené la chute de ce glorieux débris des croisades. Bientôt les puissances liguées s'abandonnèrent à des transports de confiance et d'allégresse quand elles connurent la victoire remportée par l'amiral Nelson dans la rade d'Aboukir, et Ta destruction de la flotte qui avait transporté Bonaparte en Egypte. On

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