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1798. « vingts ans; vous pouvez me faire beaucoup « de mal; mais vous ne pouvez m'en faire « bien long-temps encore. Je suis préparé à « toutes les disgrâces. Pontife suprême, je « veux, autant qu'il dépendra de moi, Jtiou« rir dans l'exercice de tous mes pouvoirs. (( Employez la force; elle est en vos mains; « mais apprenez que si vous êtes maîtres de « mon corps, vous ne l'êtes point de mon « âme. Libre, dans la région où elle s'est pla« cée, elle ne craint rien des événemens d'ici« bas. Je touche au seuil d'une autre vie; là , « je serai à l'abri de la violence et de l'im« piété. »

Bientôt le Saint-Père fut puni de son noble refus ; on l'arrache à son trône, à l'autel ; oti veut bien lui accorder encore un asile en Toscane; mais on ne l'en laissera pas jouir longtemps. Des dragons français le conduisent et semblent fiers de leur inhumanité; cependant le peuple accourt de toutes parts, pour voir encore une fois, pour vénérer l'auguste pontife; ni les années ni les souffrances n'ôtaient rien à la dignité ni même à la beauté de ses traits.

Ses malheurs ont rehaussé pour lui l'éclat dela tiare. On se précipite aux genoux d'un. souverain dépouillé, et l'on regarde comme 1798. un inexprimable bonheur de recevoir la bénédiction d'un captif.

Le grand-duc de Toscane, dans ses sentimens nobles et religieux, s'applaudissait de pouvoir consoler un tel hôte, mais Pie VI fuit la cour; il ne lui faut qu'une retraite pieuse dans laquelle il pourra remercier le ciel de toutes les rigueurs qui éprouvent son vieil âge. Il a choisi le couvent des Augustins de Sienne. De cet asile, il gouverne encore l'Église, et fortifie par ses instructions comme par ses exemples tous les prêtres qui souffrent comme lui ; mais le Saint-Père était bien éloigné d'être arrivé encore au terme de son douloureux pélerinage. Un jour , tandis qu'il faisait sa pi ière dans un endroit écarté du jardin , un affreux tremblement de terre ébranle les voûtes du couvent, fend les murailles, et fait écrouler presque tout l'édifice. Obligé de choisir une autre retraite, il part pour la Chartreuse de Florence, et vient partager les austérités des fils de saint Bruno. Souvent le grand duc, encore souverain pour quelques jours, vient visiter le souverain captif, etcelui-cilefortifie d'avance contre un malheur pareil au sien; Ferdinand s'y prépare avec plus d'assurance.

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Le Directoire, offensé des pieux égards que ce prince montre pour le Saint-Père, lui ordonne de le faire partir pour la Sardaigne; Ferdinand s'honore et provoque sa chute par un refus. Bientôt la Chartreuse de Florence reçoit encore un souverain banni de ses États; c'est le roi de Sardaigne qu'accompagné dans sa fuite Clotilde sa digne épouse, sœur de madame Elisabeth dont elle perpétue l'image sur la terre. On laissait à ces deux époux l'île de Sardaigne pour unique partage. Clotilde supplie le Saint-Père, dans les termes les plus touchans, de venir avec eux partager cette retraite. Le Saint-Père est près de les suivre, mais maintenant c'est le Directoire qui s'oppose à leurs vœux. On a vu des vaisseaux anglais s'approcher du port de Livourne, et on leur suppose , non sans fondement, la noble pensée de délivrer le pape de ses cruels ravisseurs. Un tel honneur, s'il eût été réservé à un peuple séparé de l'Eglise, eût fait oublier à la chrétienté et ses malheurs présens et ses discordes de trois siècles. Les Russes, sous la conduite de Souwarow, furent sur le point d'accomplir le vœu formé par les Anglais; mais le Directoire voulut prévenir leurs efforts libérateurs. Le pape était encore trop puissant à leurs yeux dans la Chartreuse de Florence. 1798. Ne le voyait-on pas jusque dans les fers défendre encore aux prêtres de prêter le serment de haine à la royauté, publier des brefs où respirait une éloquence digne de ses malheurs et de sa sainteté ?

Le Directoire ne vit plus pour Pie VI de .. Arrivo en France de

prisons assez sûres que dans la France ; il pie vi, prifaut partir, il faut qu'un vieillard octogé-" maire, conduit de brigade en brigade, dans les gîtes souvent les plus incommodes, traverse les Apennins et les Alpes*. Dans toutes

* Voici le tableau des cruelles migrations de Pie VI, depuis Rome jusqu'à Valence :

Enlevé de Rome le 2o février (mardi gras ) 1798, et conduit à Monterosi ;

Le 21 à Viterbe ; .

Le 22 à San-Lorenzo-Nuovo, village bâti par les soins de Pie VI ;

Le 23 à Ridecofani ;

Le 24 à San-Quirico ;

Le 25 à Sienne, où il resta jusqu'au 25 mai 1798, c'est-à-dire trois mois ;

Le 25 mai, transporté au château des seigneurs Gallerani, puis à celui des seigneurs Sergardi, où il séjourna jusqu'au 2 juin ;

Le 2 juin conduit à San-Cassiano, près de Florence, au monastère des Chartreux, ou il fit une station de neuf mois vingt-cinq jours, jusqu'au 27 mars 1799 ;

1798.

les villes où l'on craint le plus la piété des fidèles, on le fait arriver de nuit. Cet horrible voyage fut extrêmement prolongé, parce que souvent on rebroussait chemin à cause des partis russes ou autrichiens qui déjà s'avançaient au-delà du Pô. C'est sur un brancard grossier et soutenu par des sangles , qu'on lui fait descendre des monts escarpés : rien n'altère sa sérénité. Sans doute il avait craint de trouver en France le genre de supplice le plus cruel pour son cœur, le spectacle des débordemens de l'impiété; mais

Le 27 mars 1799, on le traîne pendant la nuit aux Maschères ;

Le 28 mars à Scaria-l'Asino ; le 29, jour de repos ;

Le 3o à Bologne ;

Le 31 à Modène ;

Le 1" avril à Parme jusqu'au 13 du même mois ;

Le 13 à Borgo San-Donnino ;

Le 14 à Plaisance jusqu'au 16 ;

Le 16 à Castello San-Giovanni ;

Le 17 à Voghera ;

Le 18 à Tortone ;

Le 19 à Alexandrie jusqu'au 21 ;

Le 21 à Casal de Mont-Ferrat ; A

Le 22 à Crescentina; - 4

Le 23 à la citadelle de Turin jusqu'au 25 ;

Le 25 à Suze jusqu'au 27 ;

Le 27 à Oulx, dernière bourgade du Piémont du

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