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1795.

sur toutes les cours. On s'était depuis long-
temps tranquillisé sur les menaces fastueuses
de l'impératrice de Russie; et l'immobilité
constante des armées qu'elle avait tant de
fois promises à la coalition, n'était plus qu'un
sujet de risée pour les républicains.
La Sémiramis du Nord mourut le 9 no-
vembre 1796, en laissant l'univers étonné
d'un règne ouvert par un crime, et continué
avec un singulier mélange de calme et de
gloire, d'artifice et de grandeur, de vues
bienfaisantes et de voluptés scandaleuses. Les
révolutionnaires français pouvaient tout crain-
dre du caractère emporté, absolu, mais sin-
cère et chevaleresque, de son fils Paul Ier,
qui venait de monter sur le trône. La cour de
Vienne elle-même, orgueilleuse du traité de
Campo-Formio, qui, après tant de défaites,
lui livrait des dépouilles inespérées, compa-
tissait tout haut aux malheurs du pape, et
même à ceux de la Suisse. Le général Berna-
dotte, ambassadeur de France auprès de
cette cour, avait été insulté à Vienne, et jus-
que dans son propre palais; les négociations
de Rastadt avec le corps Germanique, se traî-
naient avec une insupportable lenteur. Cha-
cun voyait venir le moment où la fortune se

lasserait de consacrer les combinaisons ab- 179o. surdes et violentes des cruels auteurs du 18 fructidor. Dans l'intérieur, le gouvernement montrait des signes de caducité qui n'auraient pas dû échapper aux regards pénétrans de Bonaparte. Tandis que le Directoire entassait des # sur des bâtimens destinés à peupler les eaux de Sinnamari, tandis qu'il faisait fusiller, dans la plaine de Grenelle, des émigrés auxquels une commission militaire s'était contentée de demander leur mom, la vengeance éclatait dans le Midi par de nouveaux assassinats. La guerre civile, sous le nom de chouannerie, renaissait plus terrible dans les départemens de l'Ouest. De valeureux royalistes, tels que Scépeaux, Châtillon, Bourmont, Georges Cadoudal, et Frotté, donmaient aux bandes bretonnes une impulsion aussi ardente que soutenue. En même temps, le Directoire avait à se défendre contre une autre espèce d'ennemis, qui menaçaientde plus près sa puissance : c'étaient les Jacobins, qui ne cessaient de s'élever contre des crimes incomplets, et regardaient comme stupide le régime d'une demi-terreur dont ils n'étaient pas les ministres. Leurs propos étaient si audacieux, leurs écrits si violens, que le Direc

1798. toire se vil obligé de sévir quelquefois contre eux. Mais voici les proportions qu'il observait dans ce système, qui fut nommé la bascule politique : chaque fois qu'il était question d'arrêter un terroriste furieux, on commençait par arrêter vingt ou trente royalistes. La cpnstitution n'était plus qu'un cadavr^ que les Directeurs soulevaient quelquefois^mr le laisser bientôt retomber. Ils vivaient sans amis, mais non sans créatures; ils exploitaient à leur gré la législation révolutionnaire, et prouvaient, par leurs subtilités, combien est odieux le glaive des tyrans remis à dei* légistes.

Le mois d'avril amenait, pour les deux Conseils, des élections nouvelles ; les Directeurs redoublèrent de précautions. Dans de telles circonstances, diriger vers Alexandrie les derniers débris de notre puissance maritime , se priver de vingt-huit mille hommes , l'élite des troupes républicaines, et d'un général qui semblait avoir fait un pacte avec la victoire, c'était, de la part des Directeurs, un degré d'imprudence qui dénotait l'excès de ses alarmes jalouses.

Considérons maintenant les déplorables révolutions de l'Italie et celle de la Suisse.

Le Directoire n'avait point pardonné à Bo- 1798. naparte de lui avoir ravi, par le traité de d # Tolentino, la conquête de Rome. CependantoPoPo il lui avait donné un signe hypocrite de déférence, en nommant son frère Joseph Bonaparte, ambassadeur auprès du Saint-Père. Ce choix avait paru agréable à Pie VI. Le frère aîné du général n'annonçait aucune fougue révolutionnaire; il n'aimait des grands emplois, comme depuis il n'aima du trône, que les pompes et surtout les plaisirs. En respectant un pontife et un souverain malheureux, dont la voix était encore puissante sur le cœur des fidèles, il suivait les instructions ou généreuses ou ambitieuses de son frère ; mais le Directoire lui avait donné deux bouillans acolytes dans les généraux Sherlock et Duphot. Ce dernier venait de montrer, à Gênes, combien le jeu des révolutions plaisait à son esprit ardent. Ces deux généraux s'entouraient de tous les républicains que les malheurs publics faisaient éclore. Les artistes de l'école française, qui déjà, dans les troubles précédens de Rome, n'avaient que trop signalé la pétulance révolutionnaire, secondaient les projets des deux généraux, et ne cessaient d'appeler le peuple de Rome à une

1798. liberté qu'eux-mêmes ne comprenaient guère mieux que ceux auxquels ils s'adressaient. Ces manœuvres renouvelaient les alarmes de Pie VI et de son ministre, le cardinal Pamphili Doria. La licence des écrits et des paroles devenait intolérable dans Rome. Des émissaires de la République cisalpine inondaient cette capitale et les villes voisines; le pape prévitdes soulèvemens, et voulut encore une fois donner un chef imposant à ses faibles troupes. Le général autrichien Provera, dont nous avons vu les exploits et les malheurs, fut appelé à ladéfense du Saint-Père. Ce choix parutsuspectauxDirecteurs. Dès ce moment, les procédés de l'ambassadeur changèrent, et prirent un caractère de menace. Son palais ne cessa plus de s'ouvrir aux factieux et de retentir des cris de vive la liberté! Il s'y joignait mille outrages, mille imprécations contre le gouvernement des prêtres; la langue italienne se souillait de tous ces quolibets hideusement impies dont nos oreilles avaient été si longtemps affligées; presque tous les Romains s'indignaient. Un régiment de dragons avait été envoyé pour surveiller les mouvemens dupalais de l'ambassadeur de France. On lui avait donné ordre de s'opposer à toute irrup

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