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LIVRE SIXIÈME.

LA paix de Campo-Formio n'avait rien d'honorable pour la République française ; car elle était souillée par la vente de Venise ; et cependant ce nom de paix jetait quelque lustre passager sur le règne à la fois violent et anarchique du Directoire. « Sans la journée du « 18 fructidor, disaient les amis du gouverne« ment, l'Autriche, qui se confiait aux efforts « des royalistes de l'intérieur, n'eût jamais « consenti à la paix; elle l'a signée en les voyant « proscrits. » L'empereur n'avait stipulé qu'en son nom : il restait à traiter avec le Corps germanique, qui, par la cession de la rive gauche du Rhin, se voyait dépouillé de plusieurs États : les négociations allaient s'ouvrir à Rastadt; elles seraient longues, car il s'agissait de nouveaux partages, de nouveaux démembremens. La France s'était obligeamment offerte à procurer à l'Autriche de nouvelles indemnités en Allemagne; ce qui semblait menaçant pour la Bavière. D'abord,

1798.

État de la République après la paix e CampoFormio. 1798.

1798.

Mort du général Hoche.

Sept. 1797.

Bonaparte avait été nommé pour conduire ces négociations; mais l'ennui vint le saisir dès qu'il fut arrivé à Rastadt. Le dépit, à défaut du repentir, devait se faire sentir à ce général, qui, par ses ordres du jour, avait, en quelque sorte, donné le signal du 18 fructidor. Le Directoirese montrait à lui avec un nouveau degré de puissance. Au lieu d'un pouvoir déterminé et borné, ce gouvernement, par ses attentats sur la constitution, s'était emparé d'une véritable dictature : il est vrai qu'il inspirait une haine générale, mais cette haine n'était point encore du mépris; on tremblait de l'offenser. - Des rumeurs sinistres avaient circulé sur la mort du général Hoche : cet ambitieux général, qui le premier avait tenté une agression contre les deux Conseils, se plaignait d'avoir été abandonné et joué par le Directoire. Depuis quelque temps, il était livré à un état de langueur qui donnait de sérieuses inquiétudes pour sa vie. La nouvelle des événemens de la journée du 18 fructidor lui causa d'abord la joie la plus vive, et il s'écria qu'elle suffisait pour sa guérison ; mais, peu de jours après, il parut vivement ressentir le dépit de n'avoir pas été mis à la tête de l'armée qui avait opéré cette révolu- 798tion : on prétend qu'il s'exprima sur le Directoire dans les termes les plus courroucés et les plus injurieux. Ce jeune général , qui, après de grands faits militaires, ne paraissait encore que préluder à sa gloire, mourut, le 16 septembre 1797, dans la trente-troisième année de son âge. Pendant sa maladie, il avait dit plusieurs fois qu'il mourait empoisonmé , et les médecins, à l'ouverture de son corps, avaient cru reconnaître les traces du poison. Ce furent les plus fougueux révolutionnaires qui répandirent les premiers le bruit que le poison avait été versé par l'ordre du Directoire, et les royalistes ne furent pas fâchés d'avoir à imputer un crime de plus aux triumvirs qui avaient déporté Pichegru ; mais cette imputation est dénuée de toute vraisemblance : la maladie de Hoche avait commencé plusieurs jours avant le 18 fructidor, et le Directoire ne voyait alors en lui que son plus ardent défenseur. .

Cependant les soldats républicains son- Arrivée de geaient peu à ressaisir, pour leur compte, la†" " victoire qu'ils avaient donnée à d'insolens triumvirs : la paix les tenait isolés, et ils ser

1798. valent indolemment sous des magistrats révolutionnaires, qu'ils méprisaient tandis qu'ils les Tendaient puissans et redoutables. Il ne restait plus pour l'ambition de Bonaparte qu'une seule chance, c'étaient les progrès de l'anarchie. Il voulut voir pourtant ce qu'il pouvait oser, ou ce qu'il devait remettre à d'autres tem ps, et revint de Rastadt à Paris. Il descendit dans la rue Chantereine , que l'enthousiasme public nomma bientôt rue de la Victoire,'mais le maintien du vainqueur était composé, et l'excès de sa gloire commençait à l'inquiéter; son rôle était déjouer la simplicité républicaine; il semblait avoir laissé son sceptre en Italie. Les courtisans du Directoire affectaient de prendre Bonaparte au mol sur toutes ces apparences de désintéressement : il sortait peu , et iie s'entourait que de savans; la déportation prononcée contre trois membres de l'Institut laissait dans ce corps trois places vacantes; celle de Carnot, dans la section de mécanique, fut donnée à Bonaparte. Sa nomination parut le combler de joie : tandis qu'il rêvait au trône, vous l'eussiez cru absorbé dans les problèmes de la géométrie transcendante.

Quoique Bonaparte eût provoqué la jour- 1798. née du 18 fructidor par une dure et funeste r # proclamation, il paraissait cependant voir, Fayette par la sinon avec horreur, du moins avec degoût,†" les suitesmonstrueuses de ce coup d'état.L'évasion de l'émigré d'Antragues, si évidemment favorisée par ce général, lui avait fait un titre auprès des royalistes les plus ardens. La liberté de La Fayette et de ses compagnons, qu'il avait obtenue par la paix de CampoFormio, donnait quelque espérance à ces constitutionnels encore nommés Feuillans, qu'un jour il adopterait leurs principes. Le Directoire se fût bien gardé de provoquer cette liberté. M. de La Fayette était encore, aux yeux des triumvirs régicides, un royaliste dangereux. J'ai parlé d'une tentative hardie et infructueuse qui avait été faite pour ménager l'évasion de M. de La Fayette par le moyen du médecin Bolman : sa détention était un long sujet de murmures pour l'opposition anglaise. L'intérêt pour lui fut réveillé par une démarche bien digne du cœur de son épouse, modèle de toutes les vertus. Elle obtint en France un passe-port pour venir avec ses deux filles solliciter la liberté de son mari, et partager, en attendant, sa captivité. L'em

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