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1797.

bâtimens des États-Unis.Une somme con-
sidérable avait été déposée pour fournir les
moyens de leur délivrance. Le capitaine Tilly,
homme adroit et intrépide, se chargea de
cette entreprise. Il se rendit à Cayenne, et de
là parvint à entretenir une correspondance
secrète avec Pichegru et la plupart des autres
déportés. Quelques uns refusèrent, par diffé-
rens motifs , le moyen de salut qui leur était
offert ; et parmi ceux-ci était M. Barbé-Mar-
bois, dontl'âmestoïque paraissait prendre plai-
sir à braver un malheur extrême. Pichegru
prit pour compagnons de sa fuite, son fidèle
ami le général Willot, les députés Aubry,
Larue, le directeur Barthélemy, le général
Ramel et Dossonville. Leur huitième compa-
gnon fut un domestique de M. Barthélemy,
nommé Letellier, déporté volontaire, qui
avait voulu partager le déplorable sort de son
maître.
Cependant quelque inquiétude commen-
çait à régner parmi leurs sévères gardiens.
Ils furent resserrés dans le fort; le capitaine
Tilly avait envoyé une pirogue pour les at-
tendre sur le rivage; mais ce rivage, com-
ment le regagner à travers un pays où pas
un chemin n'était encore tracé?Ils parvinrent

à s'échapper du fort de Sinnamari, à l'aide de subterfuges qu'ils avaient combinés depuis long-temps, et dont un peu d'or sans doute favorisait le succès. Ils avaient à franchir une épaisse forêt embarrassée de lianes ; le travail d'écarter d'innombrables broussailles et le poids d'un jour brûlant les accablaient. Une bouteille de rhum, que le fidèle Letellier avait emportée pour son maître, servit à ranimer leurs forces; enfin ils ont franchi le rivage, ils découvrent la mer et la pirogue du salut. Leur navigation fut

extrêmement pénible; rien ne les défendait .

de l'ardeur du soleil; ils arrivèrent enfin dans la colonie de Surinam. Le vainqueur de la Hollande fut accueilli avec intérêt, et secouru avec empressement par des colons hollandais, qui savaient combien son humanité et sa justice avaient modéré, pour leur métropole, les droits de la guerre et de la conquête : on fréta un bâtiment pour conduire les fugitifs en Angleterre; il ne fut donné qu'à six d'entre eux d'y arriver. Deux avaient péri dans la traversée, l'un était le député Aubry et l'autre Letellier, cet intrépide compagnon du malheur de son maître; l'Angleterre honora Pichegru et ses amis, et le

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comte d'Artois leur sut autant de gré de leurs efforts, que si la fortune les avait secondés. Pichegru jura en son cœur de se dévouer encore une fois pour rétablir les Bourbons sur le trône de leurs pères. Mais la mort frappait toujours sur les misérables cabanes de Sinnamari. LaVilleurnois qui, dans cet affreux désert ainsi que devant ses juges, avait gardé une constance inébranlable, succomba, ainsi que l'abbé Brottier, sous un air pestilentiel. Ces deux royalistes, trop imprudemment zélés, avaient, pour voisins de leur hutte , deux Conventionnels ré

gicides, Bourdon de l'Oise et Rovère. L'un

et l'autre furent aussi victimes du climat. On attribuait l'heureux changement qui s'était opéré dans l'âme de Rovère à sa femme, qui, jeune et jolie, avait contribué avec madame Tallien, aux heureuses suites de la journée du 9 thermidor. On l'avait empêchée de suivre son mari dans un exil mortel, mais elle ne voulut point renoncer à une résolution généreuse; elle sollicita, auprès des Directeurs, une permission qui la dévouait aux plus affreux dangers; elle l'obtint enfin, mais trop tard. En arrivant à Cayenne, elle eut la douleur d'apprendre que son mari n'était plus. Le

député Gilbert-Desmolières, arrêté deux mois
après le 18 fructidor, chez un ami qui lui avait
donné asile, survécut peu à ses collègues. Job
Aimé, qui avait été transporté à la Guiane sur
un nouveau bâtiment, après une assez longue
épreuve des horreurs de ce séjour, s'échappa
avec Perlet, propriétaire d'un journal, et
avec un prêtre nommé Parisot; le vaisseau
qui les avait reçus, fit naufrage sur les côtes
de l'Écosse. Parisot périt dans les flots avec
une partie de l'équipage. MM. Barbé-Mar-
bois et Lafond-Ladebat purent seuls résister
à cette horrible captivité, et ce fut Bonaparte
qui les tira de l'exil où ils avaient déployé les
plus mâles vertus.
De mois en mois, des vaisseaux mettaient
à la voile pour transporter de nouvelles vic-
times à Sinnamari. Ces vaisseaux étaient
presque uniquement chargés de prêtres qui
avaient refusé le serment de haine à la royauté,

et qui avaient osé encore exercer leur saint

ministère en présence des autels fort décriés de la farouche théophilanthropie. Quoique La Réveillère-Lépeaux eût pu faire, il ne comp. · tait, pour sectateurs du nouveau culte, que des Jacobins désœuvrés; les hymnes qu'il composait, étaient chantés par des femmes

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qui avaient pris part aux saturnales les plus sanglantes et les plus hideuses de la révolution; leur emploi principal était de découvrir et de dénoncer des prêtres fidèles au culte catholique. La plupart des prêtres qu'on déporta étaient d'un âge avancé, et quelques uns d'un âge caduc; ils étaient destitués de tout secours; les dons de la charité leur parvenaient difficilement, et n'étaient pas toujours remis en des mains sûres.On choisit pour eux, dans la Guiane, un canton encore plus malfaisant que les bords du Sinnamari; ils n'avaient guère à se servir de la bêche qu'on remettait à leurs faibles mains, que pour creuser leur tombe. Ces nouveaux pères du désert faisaient retentir leur Thébaide de chants religieux; leur martyre fut plus long, plus horrible peut-être, mais aussi bien sanctifié que celui de leurs frères qui avaient été massacrés dans les églises des Carmes et de Saint-Firmin. Sur trois ou quatre cents qui avaient été déportés, la journée du 18 brumaire put à peine en sauver huit ou dix.

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