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1796.

jours ces deux noms ensemble : c'étaient deux
amis qui se servaient de supplément l'un à
l'autre. M. Barbé-Marbois combattait l'ini-
quité dans toutes les lois du jour, mais parti-
culièrement dans les finances, où la révolution
l'avait si cruellement multipliée. Entouré
d'hommesquirappelaientdefâcheuxsouvenirs,
il ne cédaitpoint à la haine, mais il cachait mal
son mépris. L'ordre sévère était son élément.
Tronçon - Ducoudray montrait une élo-
quence plus passionnée, plus avide d'orne-
mens , il brillait surtout dans les répliques,
et lorsqu'il n'avait pas le temps d'embellir ses
discussions. J'ai parlé de son courage et de
son dévoûment dans le procès de la reine.
C'était par un effort de caractère et par l'im-
pulsiond'une âme honnête qu'il tenait au parti
modéré ; car il avait un excès de chaleur et un
éclat d'imagination qui eussent fait la fortune
d'un tribun du peuple.
MM. Mathieu Dumas, Lafond-Ladebat et
Muraire recommençaient au Conseil des An-
ciens la carrière honorable qu'ils avaient sui-
vie dans l'Assemblée législative. Tous trois
s'y étaient montrés les adversaires constans
de la révolution nouvelle que consomma la
catastrophe du 1o août. M. Dumas, quoi-

que avide de faire briller des talens militaires 1796. qu'il avai t annoncés dans la guerre d'Amérique, s'éloignait avec regret, mais fidèlement, des hommes qui dispensaient alors les grands emplois; il n'aimait pas la République, et il en augurait mal, mais il avait plus de liaisons avec MM. de Lafayette et de Lameth qu'avec des royalistes prononcés. MM. Dupont de Nemours et Lebrun, tous deux membres de l'Assemblée Constituante, suivaient à peu près la même ligne. Le premier, par la vivacité de son esprit et la candeur de son caractère, semblait doué du don d'une jeunesse perpétuelle. Élève et ami de M. Turgot, il se regardait toujours comme sous la tutelle de ce grand maître. Turgot lui avait prédit (et c'etait Dupont lui-même qui le rappelait) qu'il ne serait toute sa vie qu'un jeune homme d'une brillante espérance. Aimable, enjoué, éminemment courageux, plein d'honneur, né pour le travail, susceptible de beaucoup d'illusions et sur les hommes et sur les événemens, enclin à l'esprit systématique, il croyait toujours marcher vers un âge d'or que la raison enfanterait; mais l'injustice et le crime le rendaient bouillant d'indignation. 1l paya

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sans doute tribut à l'erreur ; mais je n'ai pas
connu d'homme plus porté à sacrifier soit au
bien public, soit à l'amitié, les intérêts de sa
fortune et ceux même de sa gloire.*
M. Lebrun était connu dans le monde lit-
téraire par deux traductions, l'une de la
Jérusalem délivrée, dont le style offrait un
heureux mélange de verve et de goût ;
l'autre de l'Iliade, écrite dans une prose
brillante mais trop ambitieuse. Dans sa jeu-
nesse il avait été attaché au fameux chan-
celier Maupeou, et c'était lui qui avait ré-
digé les élégans préambules des édits despoti-
ques qui renversaient l'ancienne magistrature.
Un tel début semblait le préparer peu aux
principes de l'Assemblée Constituante; il les
approuva cependant, quoique avec un peu de
réserve. Un organe sourd et voilé laissait
sans effet à la tribune ses discours les plus
habilement travaillés ; d'ailleurs, ami d'une
précision lumineuse, il recourait trop souvent
à un style coupé qui nuit à la franchise et à
l'abandon des mouvemens oratoires. Son

* J'ai tracé ce portrait avec plaisir, et peut-être avec trop de détails, mais j'ai cru tracer en même temps celui d'un frère que j'ai perdu.

caractère égal et paisible l'attachait aux prin- 1796. cipes modérés.

Le parti du Directoire ne comptait point aux Anciens d'orateurs remarquables. MM. Baudin et Creusé-Latouche, qui en étaient souvent les organes, se réservaient quelque portion d'indépendance. Dans leurs idées constitutionnelles , ils tenaient à faire usage quelquefois du refus de sanction, afin d'affermir l'existence et la dignité du conseil des Anciens.

Par la revue que je viens de faire des prin- Marehe et x cipaux orateurs de l'opposition dans les deux sition^ans les

^i •! •. vi 5 /. • „ denx Conseils.

Conseils, on voit quiJs ne s étaient pas constitués dans un état direct d'hostilité contre la République. Ils la regardaient seulement comme un régime provisoire qui, sous l'empire d'une constitution modérée, ramenerait les Français sans violence vers la fixité et les sages contre-poids de l'état monarchique. Ils voulaient appliquer à la République des principes généraux de justice et de morale que réclame toute espèce de gouvernement bien fond*. Si elle succombait dans l'expérience, c'était une preuve de plus de sa vicieuse nature. Ils voulaient seulement que sa mort ne fût accompagnée d'aucun nouveau désastre pour la France.

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Mais les écrivains royalistes, jeunes pour

Impulsion 11.11 \ '«

royaliste don-TM plupart, et d un caractere assez ardent, se p«blie.1espritpiquaient moins de circonspection ; ils se retrouvaient avec étonnement, avec ivresse, . jr' dans une position plus favorable que celle ***" d'où le canon du i3 vendémiaire les avait fait descendre pour quelques jours seulement. La province se montrait aussi éprise que Paris des productions éphémères de leur politique sémillante et passionnée. L'impatience française ne pouvait plus s'accommoder des traités politiques; on était insatiable d'articles de journaux; tout souriait à une polémique qui faisait présager la chute prochaine de cette révolution que tant de vœux avaient appelée. Il s'imprima! ta Paris seulement plus de soixantedix journaux politiques et quotidiens, parmi lesquels on en comptait à peine trois ou quatre empreints de la couleur républicaine, et qui, favorables à l'autorité, ne trouvaient qu'un petit nombre de lecteurs. L'offensive dans ces sortes de débats obtient toujours une extrême faveur. Il pleuvait des satires nié nippée*. La proscription que les écrivains royalistes avaient encourue avait resserré leurs liens et leur amitié. Échappés à la mitraille et aux commissions militaires, ils se regardaient comme

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