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Directoire contre ses victimes. Mais suivons 1797ceux qui furent les plus malheureux entre les députés fructidorisés. (Qu'on me pardonne de m'être servi de ce mot, il devint d'une acception familière; peu de temps après, une autre journée qui chassa du Directoire les auteurs du i8 fructidor, fit naître le mot de prairialisé. Si la révolution eût encore prolongé son cours , chacun des mois du nouveau calendrier eût été désigné par une proscription. )

Pichegm armait de son courage les nouveaux amis que lui donnait le malheur. Ou ne leur laissa passer qu'un jour dans la prison du Temple. Privés de toute communication au-dehors, ils ne purent se préparer aucune ressource pour un long voyage et pour un horrible séjour sous 3a zone torride. Comme on les conduisait à Rochefort, de brigade eh brigade, ils se virent arrêtés d'une manière qui leur causa un profond attendrissement. C'était un messager qui avait obtenu de leur parler, et qui leur apportait une somme d'argent offerte par la veuve de l'un dessavans les plus distingués du dix-huitième siècle, et de l'une des victimes les plus regrettées de la révolution . J'ai ouï dire que cette somme se mon1797. tait à quatre-vingt mille francs. Plusieurs né à partager le sort, et peut-être à devenir 1797. le voisin d'un homme que lui-même avait fait conduire sur ces plages, pour venger l'humanité et faire respirer sa patrie. Les proscrits apprenaient à Cayenne la fin déplorable des colons qui les avaient précédés dans ce brûlant séjour. A peine pouvait-on leur montrer quelques vieillards qui avaient survécu à une nombreuse population, qu'en i766, le duc de Choiseul, trompé par des rapports et des agens infidèles, avait envoyée pour ranimer une colonie languissante.

reçurent à Rochefort les dons de l'amitié
ou ceux de leur famille. Pendant la route,
ils avaient été livrés à des persécutions de
tous genres; ils n'avaient, pour tout gîte,
que des prisons empestées, où ils étaient re-
çus par des malfaiteurs. La traversée sur mer
surpassa encore les dégoûts du voyage à Ro-
chefort. Jetés dans l'entre - pont d'une cor-
vette, ils pouvaient à peine respirer. La plu-
part, exténués de fatigue, et chez qui la
maladie avait usé les forces même de l'espé-
rance, saluèrent dans la Guiane leur tom-
beau. . -
On ne leur accorda que quelques jours de
repos, dans l'île et dans la ville de Cayenne.
Plusieurs durent la vie aux soins qu'ils reçurent
dans l'hôpital de cette ville. C'étaientdes sœurs
grises qui les leur prodiguaient. Ces voya-
geuses de la charité avaient accueilli, deux ans
auparavant, dans ce même hôpital, l'effroya-
ble Collot-d'Herbois, et ce Billaud-Varennes
chez qui le crime avait peut-être encore plus
de profondeur. Le premier avait déjà succom-
bé sous ses excès. J'ai dit ailleurs quelles
étaient les occupations de l'autre, dans sa fa-
rouche solitude. Pichegru était donc condam-

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Bientôt il faut partir pour l'intérieur de la Guiaue, pour l'affreux Sinnamari, et la place qui leur est réservée est celle où des milliers d'hommes ont été engloutis en quelques mois. « Voilà des bêches et des râteaux, dit-on aux « déportés; que vos travaux donnent à ces « lieux la salubrité qui leur manque encore. » Quelques nègres, payés par ce qui leur reste d'or, les aident dans leurs besoins et leurs travaux ; H faut construire avec eux des huttes ou se faire des hamacs. Même à ces horribles conditions, ils ne jouissent point encore de la liberté : leurs habitations sont dominées par un fort où veillent des soldats qu'on a dévoués à la contagion du climat, pour pré

1797. venir l'évasion des déportés. Il faut tous les • . soirs , et quelquefois aux heures brûlantes du jour, comparaître devant le commandant. Un caporal, un soldat, est souvent le juge du degré de liberté qu'on peut leur accorder pour quelques heures. S'adressent-ils au commissaire du Directoire, pour qu'il mette un terme à tant de vexations , ils ont à supporter et les froids refus et la cruelle ironie de cet agent; car il sent quelle importance lui donne la garde de tels prisonniers. C'est à son inhumanité qu'est attachée sa fortune.

Le climat les frappe, le découragement les atteint; une fièvre lente les consume. Déjà ils ont perdu un de leurs compagnons les plus respectés: c'est Mûri nais , membre du Conseil des Anciens, et qui souvent avait fait entendre à l'Assemblée Constituante, des protestations courageuses. De leurs mains languissantes ils lui creusent une tombe ; TronçonDucoudray, qui déjà porte la mort dans son sein, s'avance au milieu de Ses compactions, pour faire l'éloge de l'homme de bien. Il avait pris pour texte ces paroles religieuses, que jamais un exilé n'entendit sans verser des larmes : SuperJlumina Babylonis, illic sediinus et flevïmus, donec recordaremur Sion* Tous les malheureux que l'orateur proscrit invitaient au courage déploraient, sans faiblesse , une mort à laquelle eux-mêmes étaient préparés, tandis que les soldats et les nègres, témoins de cette scène lamentable, éclataient en sanglots. ,

Bientôt Trouçon-Ducoudray expira luimême; ses amis s'étaient rassemblés autour de son lit de mort; il pressait chacun d'eux de ses mains mourantes; il les invitait à fuir. « Pour moi, disait-il, j'expire sans regrel, « après avoir rempli tout le devoir d'un défen« seur de l'ordre et d'un ami de la patrie. Il « y a long-temps que j'ai fait connaissance avec « tout ce que le malheur peut avoir de plus af« freux, avec toutes les consolations qu'il peut « recevoir d'en-haut. J'ai vu la reine à la Con« ciergerie. » Ainsi, la pensée secrète d'avoir défendu avec courage, quoique inutilement, cette reine martyre comme son époux, adoucissait, pour Tronçon-Ducoudray, l'horreur d'une mort subie au milieu du désert.

Cependant l'amitié et ce sentiment d'admiration qu'inspiré au loin un grand homme dansle malheur, veillaient surle sort de Pichegru. On cherchait, pour lui ainsi que pour ses amis, un libérateur parmi les capitaines de

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