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1797- « II n'est que trop vrai que Pichegru a trahi

la confiance de la France entière. ,

« J'ai instruit un des membres du Directoire, le 17 de ce mois, qu'il m'était tombé entre les mains une correspondance avec Condé et d'autres agens du prétendant, qui ne me laisse aucun doute sur cette trahison.

« Le Directoire vient de m'appeler à Paris, et désire sûrement des renseignemens plus étendus sur cette correspondance.

« Soldats! soyez calmes et sans inquiétude sur les événemens de l'intérieur; croyez que le gouvernement, en comprimant les royalistes, veillera au maintien de la Constitution républicaine que vous avez juré de défendre. »

Que devait-on penser de cette lettre et de cette conduite ? Des incertitudes qui existaient alors ne sont point dissipées aujourd'hui même; car il n'existe point de mémoires du général Moreau , ou du moins rien n'en a été encore publié. Mais un premier fait paraît certain, c'est que Moreau connaissait les funestes événemens du i8 fructidor, lorsqu'il écrivit la lettre au directeur Barthélemy, l'une des principales victimes de cette journée. Il est en effet hors de doute que le télé

grapheavait joué sur la ligne de Paris à Stras- 1 797bourg, le i8 fructidor. Comme à six heures du matin tout était consommé, Moreau avait dû tout connaître à Strasbourg vers midi , ou du moins vers le soir; il était donc impossible que sa feinte trompât un moment les Directeurs qui lui avaient fait transmettre la nouvelle. C'était le '6 floréal (4 mai) que l'on avait arrêté le chariot de l'émigré Klingin ; quatre mois s'étaient donc écoulés depuis que le hasard avait procuré à Moreau une si importante révélation. Ce long silence était un crime manifeste aux yeux du Directoire et des républicains, et d'un autre côté, une révélation de ce genre était un tort cruel envers l'amitié. Le sort de Pichegru était, il est vrai, décidé, et Moreau devait le savoir. Mais combien ce sort n'était-il pas aggravé par une telle publication! Le Directoire, justifié dans ses atroces violences, ne pouvait-il pas substituer une autre peine à celle de la déportation ? Il est certain que la situation de Moreau avait été l'une «le celles où les devoirs contraires viennent le plus embarrasser l'esprit. Tout fait présumer qu'à cette époque, Moreau, -quoique ennemi de l'anarchie et d'un régime atroce qui lui avait ravi son père , éiait

| 1797. sinon exalté, du moins sincère dans son républicanisme. Quelque amitié et quelque reconnaissance qui le liât à Pichegru, celui-ci n'avait pas dû compter sur lui pour l'exécution de ses plans monarchiques. En écoutant le cruel devoir prescrit par l'exemple des vieux républicains, et surtout par les exemples hideux des républicains nouveaux, Moreau eût sacrifié la reconnaissance et l'amitié, et se fût livré à un complet avilissement aux yeux du parti qui régnait sur l'opinion. Sa conduite, incertaine dès le premier moment, devint un déplorable exemple de faiblesse, au moment d'une catastrophe qui le forçait à se décider. Le cri universel s'éleva contre lui ; et ce général, dont tout à l'heure les modestes vertus semblaient encore rehausser la gloire, tomba dans une position pire peut-être que celle de l'illustre ami dont sa faiblesse avait comblé le malheur. Nous allons voir bientôt comment son dévoûment à sa patrie, sa bravoure et son génie militaire le firent sortir de cette position. sort de, Il faut maintenant que je suive le sort des †**" divers députés frappés par la loi du 19 fructidor. La foule des événemens qui vont s'of- ^ frir à moi ne me permettrait plus de con

duire le lecteur sur les funestes bords du Sin- 1797. namari.

Lorsque Pichegru entra dans la prison du Temple, l'infâme délateur de ces illustres victimes, Duverne-du-Presle, fit éclater une joie atroce. Au moins ils furent affranchis du supplice d'avoir un tel compagnon de leur triste voyage. On juge bien que le traître dont le témoignage avait été si utile aux magistrats proscripteurs, quoique condamné à la déportation, ne subit point cette peine; on favorisa son évasion, et sans doute il reçut son salaire. On ne sait en quel lieu il alla cacber sa honte. Quelques uns des députés qui avaient été arrêtés dans la salle des inspecteurs , et qui n'étaient point compris dans la liste de déportation, furent mis en liberté. On fit de sévères recherches pour s'assurer de tous ceux qui avaient été condamnés à cette peine. La plupart trouvèrent des hôtes généreux qui, en leur offrant une retraite, s'associèrent à leurs dangers, ou des guides fidèles qui les conduisirent hors de leur patrie. Il fallut reprendre le chemin de l'exil; plusieurs revirent les mêmes lieux qui leur avaient servi de refuge pendant le régime de la terreur. Portalis, aveugle, fut confié aux

1797- soins d'un jeune homme qui, lui faisant éviter les postes périlleux, parvint à le conduire sur la frontière. MM. Siméon et Mathieu Dumas le rejoignirent bientôt, et s'établirent avec lui dans le Holstein. L'illustre famille danoise des Bernstorff adopta, en quelque sorte, ces proscrits, et ils goûtèrent les douceurs de l'hospitalité donnée par de belles âmes. Madame de Staël avait offert la retraite de Copet à quelques uns de ses amis, et M. Necker acquitta la dette , ou répara l'imprévoyance de sa fille. Mais quels que fussent les soins d'un homme qui vouait sa vieillesse à la bienfaisance et aux méditations, devenues trop tardives, de l'homme d'état, les proscrits eurent à se repentir d'a voir choisi la Suisse pour asile; la révolution et les fléaux de la guerre la plus inique, vinrent bientôt les y atteindre ; et ils déplorèrent le ~sort de cette terre hospitalière, dans le même temps où ils pleuraient sur le sort de leur patrie. L'Angleterre eut, pour ces nouveaux émigrés, les mêmes égards et les mêmes soins que pour ceux qui les avaient précédés dans cette carrière de douleur. M. Camille Jordan fit paraître à Londres un mémoire éloquent où étaient réfutées toutes les calomnies du

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