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tidor ;mais celle-ci lui appartenait toutentière. Il avait voulu montrer combien le Directoire était au-dessous de ses idées transcendantes. M. Boulai de la Meurthe consentit à être le rapporteur de cette proposition, et peu s'en fallut qu'elle ne fût d'abord adoptée avec enthousiasme par le Conseil des Cinq Cents ; mais Barras était noble : il sentit qu'une telle loi, même en l'exceptant, ne le laisserait pas long-temps dans le pouvoir; des dames nobles affluaient à sa cour; M. deTalleyrand avait tout à craindre; Bonaparte lui-même n'eût pas été exempt d'alarmes. Madame de Staël, qui déjà avait gémi des proscriptions de la journée du 19 fructidor, fut révoltée de l'odieux projet contre les nobles. Madame Tallien usa encore une fois du pouvoir d'intercession qui lui avait fait réparer tant demaux après le 9 thermidor. Un cri général s'éleva le lendemain contre un projet qui semblait avoir été trouvé dans les cartons de l'affreux Comité de Salut public. Le rapporteur lui-même s'effraya de la proposition à laquelle il avait servi d'organe, et la commission ne proposa plus que d'ôter les droits civiques aux nobles ou anoblis avec diverses exceptions. Cette dernière mesure fut adoptée par les deux Conseils.

1797

1797. . Pichegru n'était point encore embarqué M# # pour Cayenne, lorsqu'il reçut un coup plus " cruel pour son cœur, que l'arrêt de sa dépor- tation ; c'était son élève, son ami; c'était Moreau qui le lui portait. Nous avons vu que ce général s'était abstenu d'imiter l'exemple de ses deux émules, Hoche et Bonaparte, et que par un louable silence il avait respecté l'indépendance et l'autorité des deux Conseils. Quelle fut la stupeur du parti frappé par la révolution nouvelle , lorsque le Directoire publia les lettres suivantes ! La première était une lettre que Moreau avait écrite, le 19 fructidor, au directeur Barthélemy, dont il ignorait ou paraissait ignorer la déportation; la voici : « J'étais décidé à ne donner aucune publication à cette correspondance, puisque, la paix étant présumable, il n'y avait plus de danger pour la République, d'autant que tout cela ne faisait preuve que contre peu de monde , puisque personne n'était nommé. « Mais voyant à la tête des partis qui font actuellement tant de mal à notre pays, et jouissant, dans une place éminente, de la plus grande confiance, un homme très compromis dans cette correspondance, et destiné 1797à jouer un grand rôle dans le rappel du prétendant qu'elle avait pour but, j'ai cru devoir o • vous en instruire, pour que vous ne soyez pas dupe de son feint républicanisme, que vous puissiez faire éclairer ses démarches, et vous opposer aux coups funestes qu'il peut porter à notre pays, puisque la guerre civile ne peut être que le but de ses projets. « Je vous avoue, citoyen Directeur, qu'il m'en coûte infiniment de vous instruire d'une telle trahison, d'autant que celui que je vous fais connaître a été mon ami, et le serait sûrement encore s'il ne m'était connu. « Je veux parler du représentant Pichegru ; il a été assez prudent pour ne rien écrire ; il ne communiquait que verbalement avec ceux qui étaient chargés de la correspondance, qui faisaient part de ses projets et recevaient les réponses.... « Le grand mouvement devait s'opérer au commencement de la campagne de l'an Iv. On comptait sur des revers à mon arrivée à l'armée, qui, mécontente d'être battue, devait redemander son ancien chef, qui alors aurait agi d'après les instructions qu'il aurait reçues. « Il a dû recevoir neuf cents louis pour le

1797.

voyage qu'il fit à Paris à l'époque de sa démission ; de là vint naturellement son refus de

· l'ambassade de Suède. Je soupçonne la fa

mille Lajolais d'être dans cette intrigue.
« Il n'y a que la grande confiance que j'ai
en votre patriotisme et en votre sagesse qui
m'ait déterminé à vous donner cet avis : les
preuves en sont plus claires que le jour; mais
je doute qu'elles puissent être judiciaires.
« Je vous prie de vouloir bien m'éclairer
de vos avis sur une affaire aussi épineuse.
Vous me connaissez assez pour croire com-
bien a dû me coûter cette confidence ; il n'a
pas moins fallu que les dangers que courait
mon pays pour vous la faire. »
Cette lettre se croisa avec une lettre du
Directoire, qui appelait Moreau à Paris; il
répondit le 24 :
« Je n'ai reçu que le 22, très tard, et à
dix lieues de Strasbourg, votre ordre de me
rendre à Paris.
« Il m'a fallu quelques heures pour prépa-
rer mon départ, assurer la tranquillité de
l'armée, et faire arrêter quelques hommes
compromis dans une correspondance intéres-
sante que je vous remettrai moi-même.
« Je vous envoie ci-jointe une proclama-

N

1 ,

tion que j'ai faite, et dont l'effet a été de con- 1797. vertir beaucoup d'incrédules, et je vous avoue qu'il était difficile de croire que l'homme qui avait rendu de grands services à son pays, et qui n'avait nul intérêt à le trahir, pût se porter à une telle infamie.

« On me croyait l'ami de Pichegru, et dès long-temps je ne l'estime plus. Vous verrez que personne n'a été plus compromis que moi, que tous les projets étaient fondés sur les revers de l'armée que je commandais : son courage a sauvé la République. »

Sa proclamation était conçue en ces termes: « Le général en chef à l'armée de Rhin-etMoselle.

<( Je reçois à l'instant la proclamation du Directoire du i8, qui apprend à la France que Pichegru s'est rendu indigne de la confiance qu'il a long-temps inspirée à toute la République, et.surtout aux armées.

« On m'a également instruit que plusieurs militaires, trop confians dans le patriotisme de ce représentant, d'après les services qu'il a rendus, doutaient de cette assertion.

« Je dois à mes frères d'armes, à mes concitoyens , de les instruire de la vérité.

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