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qu'il en recevait, etc., etc. L'Empereur, qui s'en amusait beaucoup, ignorait, disait-il, la plus grande partie de ces détails, qu'il trouvait de: plus plaisans; ajoutant néanmoins qu'il éta i porté à croire que le tout n'était

pas

inventé. Toutefois il renouvelait sa sortie contre noi salons, qu'il qualifiait de véritablement infernaux : disant qu'ils étaient en médisance et en calomnie permanentes, et qu'ils eussent mérité, à ce titre, d'occuper, en permanence aussi, tous les tribunaux de police correctionnelle de la capitale, etc., etc.

De-là l'Empereur, s'étant ranimé, s'est mis à causer à son tour, beaucoup et long-temps. Mentionnant un officier qu'il ne traitait rien moins

que bien; et m'étant permis de dire que j'avais cru, pourtant, qu'il avait été l'aide de camp d'un général distingué. « Qu'importe, » a-t-il repris? Et puis il a ajouté en souriant, » je vois bien, mon cher, que vous ne savez pas » qu'on a parfois deux aides-de-camp: celui du » feu et celui de la cuisine ou de la chambre à » coucher, etc., etc. »

Plus tard il s'étendait sur notre peu d'aptitude nationale à clore une révolution, à s'adonner à • la fixité, et il a fini par citer en preuve la cé.

lèbre affaire Mallet, qu'il disait plaisamment être, en petit, son retour de l'île d'Elbe, sa ca

ricature. « Cette extravagance, ajoutait-il, ne » fut au fond qu'une véritable mystification : i c'est un prisønnier d'état, homme obscur,

qui s'échappe pour emprisonner, à son tour, Ohle préfet, le ministre même de la police, ces to gardiens de cachots, ces flaireurs de conspib rations, lesquels se laissent moutonnement » garotter. C'est un préfet de Paris, le réponEn dant-né de son département, très-dévoué in d'ailleurs; mais qui se prête, sans la moindre v opposition, aux arrangemens de réunion d'un u nouveau gouvernement qui n'existe pas.

Ce » sont des ministres, nommés

par

les conspira5» teurs, occupés de bonne foi à ordonner leur in costume et faisant leur tournée de visites, :') quand ceux qui les avaient nommés étaient y déjà rentrés dans les cachots. C'est enfin p» toute une capitale apprenant au réveil l'espèce 1o de débauche politique de la nuit, sans en k» avoir éprouvé le moindre inconvenient. Une » telle extravagance, répétait l'Empereur, ne » pouvait avoir absolument aucun résultat. La

» chose eût-elle en tout réussi, elle serait tom1 » bée d'elle-même quelques heures après ; et I » les conspirateurs victorieux n'eussent eu d'au

» tres embarras que de trouver à se cacher au 1 » sein du succès. Aussi je me sentis bien moins to choqué de l'entreprise du coupable, que de

» la facilité avec laquelle ceux même qui m'é. » taient le plus attachés, se seraient rendus ses » complices. A mon arrivée chacun me racon » tait avec tant de bonne foi, tous les détails » qui les concernaient et qui les accusaient tous » ils avouaient naïvement qu'ils y avaient éle » attrapés; qu'ils avaient cru un moment m'a» voir perdu. Ils ne dissimulaient pas

dans la » stupeur qui les avaient frappés, avoir agi » dans le sens des conspirateurs, et se réjouis» saient avec moi du bonheur avec lequel ils y » avaient échappé. Pas un seul n'avait à men» tionner la moindre résistance, le plus petit » effort pour défendre et perpétuer la chose éta» blie. On ne semblait pas y avoir songé, tant » on était habitué aux changemens, aux révo» lutions, c'est-à-dire que chacun s'était montré » prêt et résigné à en voir surgir une nouvelle. » Aussi tous les visages changèrent, et l'em» barras de plusieurs devint extrême quand, , » d'un accent sévère, je leur dis : Eh bien! » Messieurs, vous prétendez et vous dites avoir » fini votre révolution ! Vous me croyiez mort, » dites-vous, je n'ai rien à dire à cela ... Mais le » roi de Rome! vos sermens, vos principes, vos » doctrines!..... Vous me faites frémir pour l'a» venir....... Et alors je voulus un exemple pour » éclairer du moins et tenir en garde les esprits

.

» Il tomba sur le pauvre Frochot, le préfet de » Paris, qui assurément m'était fort attaché. » Mais à la simple requête de l'un de ces saltim» banques, au lieu d'efforts qui étaient l'obli» gation de sa place, d'une résistance désespé» rée qui eût dû le faire mourir à son poste, il » convenait avoir ordonné tout bonnement de » préparer le lieu des séances du nouveau gou» vernement !.... C'est, remarquait l'Empereur, » que nous sommes le peuple de l'Europe le » plus propre à prolonger nos mutations : un » tel état ne pourrait même être supporté que » par nous seuls. Aussi voyez comme chacun, » de quelque parti qu'il soit, semble intime» ment convaincu que rien n'est encore fini; et » l'Europe partage cette opinion, parçe qu'elle ý la fonde au moins autant sur notre incons» tance, notre mobilité naturelles, que sur la » masse des événemens arrivés depuis trente » ans, etc., etc. »

Lundi 4. Continuation de souffrances et de réclusion. — Eût

dû mourir à Moscow ou à Waterloo, - Éloge de sa · famille.

lle,

Aujourd'hui l'Empereur n'a encore voulu recevoir personne de tout le matin ; il m'a fait appeler à l'heure de son bain , durant lequel et

après encore nous avons causé fort long-temps sur la chaîne de nos connaissances anciennes, les historiens qui nous les ont transmises, les fils qu'ils avaient attachés, etc. La conclusion forcée revenait toujours à l'extrême jeunesse de notre univers, ou bien plus sûrement encore à celle de la race humaine. De-là nous sommes passés à la charpente du globe, aux irrégularités de sa surface, à l'inégalité du partage les terres et des mers, au total de sa population, à l'échelle suivant laquelle elle est répandue, aux diverses associations politiques qu'elle forme , etc. Je trouvais à l'Europe 170 millions d'habitans : il remarquait qu'il en avait gouverné 80 mille; j'ajoutais qu'après l'alliance de la Prusse et de l'Autriche, il marchait à la tête de plus de 100. Il a changé assez brusquement de conversation. Mon Atlas a été demandé; il s'est mis à parcourir l'Asie, faisant concorder les marges et le tableau , et il s'interrompait parfois pour dire que

c'était vraiment un ouvrage sans prix pour la jeunesse et les salons.

Plus tard l'Empereur, parlant des merveilles de sa vie et des vicissitudes de sa fortune, disait qu'il eût dû mourir à Moscow; que sa gloire

militaire eût été sans revers, et sa carrière poliI tique sans exemple dans l'histoire du monde ;

et il fit alors un de ces tableaux rapides et ani

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