Abbildungen der Seite
PDF
EPUB

» bientôt, non-seulement tous ces gens-là, non» seulement toute la France, mais encore le » monde entier me revenir, m'admirer et me be»' nir. Il ne m'eût plus fallu que disparaître par » hasard au sein du mystère, et le vulgaire eût

renouvelé pour moi la fable de Romulus; il » eût dit que je m'étais enlevé au Ciel pour al» ler prendre ma place parmi les Dieux !...)

Sur les sept heures l'Empereur s'est mis au lit, se trouvant le corps et la tête faibles. Après notre dîner il nous a reçus tous ensemble comme hier; ses rideaux étaient fermés. Après une conversation perdue de quelques instans , il lui a pris fantaisie de se faire lire Robinson; chacun faisant la lecture à son tour, excepté moi, à. cause de l'état de mes yeux. Au bout d'une heure ou deux, il nous a congédiés en retenant seulement le plus jeune, le général Gourgaud, pour lui continuer encore la lecture et causer.

Jeudi 31.

L'Empereur viole, dit-il, les règles de la médecine.

- Il a commandé toute sa vie - C'est lui qui, le premier, nous appelle la grande nation.

Le temps s'était mis au beau ; la température aujourd'hui était délicieuse. Il y avait six jours que l'Empereur gardait la chambre; fatigué de

la monotonie de son mal, il a résolu de violer, disait-il, la loi du docteur. Il est sorti; mais il se sentait si faible, qu'il pouvait à peine marcher. Il a fait demander la calèche, et nous avons fait un tour. Il était triste et silencieux. Il souffrait beaucoup, surtout des boutons qui couvraient ses lèvres.

Peu après son retour, il m'a fait demander dans sa chambre. La promenade l'avait encore abattu. Il se sentait très faible et fort disposé à l'assoupissement. Je l'ai déterminé à manger un peu; il a fini par un verre de vin de liqueur, et il est convenu qu'il en était réveillé, et se trouvait beaucoup mieux. Il s'est mis à causer.

« En mettant le pied en Italie , disait-il, j'ai » changé les moeurs, les sentimens, le langage » de notre révolution. Je n'ai point fusillé les » émigrés, j'ai secouru les prêtres, j'ai abrogé » les institutions, les fêtes qui nous déshono» raient. Il est vrai que je n'étais point guidé par » mon caprice, mais bien par la raison et l'équité, » ces deux bases premières de la haute politi» que. Par exemple, a-t-il dit à quelqu'un, si la » fête de la mort du Roi se fût toujours conti» nuée, vous n'auriez pas eu l'occasion de pou» voir vous rallier jamais, etc., etc. » : L'Empereur disait alors avoir été celui qui le premier avait salué la France du nom de la

[ocr errors]

riol grande nation. « Et certes , remarquait-il, je l'ai nals >> montrée telle au monde abattu devant elle.» mi Et après un léger intervalle, il a repris : « Ét ncy elle le sera encore et le demeurera toujours, cieni), si son caractère national redevient en harmous ('»> nie avec tous ses avantages physiques et ses

» moyens moraux, etc., etc. » ande Dans un autre moment, parlant de quelqu'un nemqu'il aimait beaucoup, il disait : « C'est le caracosé» tère de la vache : doux et tranquille pour toueru» tes choses, excepté sur l'article de ses ener, » fans; dès qu'on touche à ceux-ci, aussitôt les Troup> cornes en avant; on pourrait le rendre fu

» rieux, etc., etc.) ja Parlant d'un autre qui avait passé trente ans, garet qu'il accusait d'être trop jeune, il disait : « A e lo» cet âge, pourtant , j'avais fait toutes mes conrogi » quêtes, je gouvernais le monde ; j'avais apaisé one » la tempête , fondu les partis, rallié une napa » tion, créé un gouvernement, un empire; il ite, » ne me manquait que le titre d'Empereur. » Lii

: Et continuant sur ce sujet, il disait : « J'ai été sila » gâté, il faut en convenir; j'ai toujours comnti

: » mandé; dès mon entrée dans la vie, je me suis ou » trouvé nanti de la puissance, et les circons» tances et ma force ont été telles, que

dès

que qui » j'ai eu le commandement, je n'ai plus rela » connu ni maîtres ni lois. »

2.

VII.

Vendredi 1er Novembre.

Affaissement de l'Empereur. — Sa santé continue de s'altérer sensiblement. - Inquiétudes du médecin. . - Nos prisonniers en Angleterre; les pontons, etc.

Aujourd'hui 1er, le temps était très - beau. L'Empereur a voulu en profiter. Il a essayé de sortir sur les deux heures. Après quelques pas i dans le jardin il a eu l'idée d'aller se reposer chez M. Bertrand ; il y est demeuré plus d'une heure dans un fauteuil, ne parlant point, souffrant et abattu; au bout de ce temps il a regagné languissamment sa chambre, où il s'est jeté sur son canapé, sommeillant comme la veille. Cet affaissement' m'affectait douloureusement. Il: essayait de temps à autre de combattre cette disposition; mais il ne trouvait rien à dire, et, s'il voulait se mettre à lire, la lecture le dégoûtait tout aussitôt. Je l'ai quitté pour le laisser reposer.

Une frégate anglaise est arrivée du Cap, dans sa route pour l'Europe ; c'était une occasion pour nous d'écrire à nos amis ; mais je me suis interdit désormais la douceur d'en profiter; les plaintes réitérées du Gouverneur m'en font une loi, par la nature des conséquences dont il me menace; peut-être viendra-t-il un moment moins cruel ; j'attendrai!...

Le docteur O’Méara est venu voir mon fils, dont l'état ne laissait pas que d'être inquiétant; il avait été saigné hier de nouveau ; il avait eu des évanouissemens trois ou quatre fois dans la journée.

Le docteur a profité de cette occasion pour me parler spécialement de la santé de l'Empereur, me confiant qu'il n'était pas sans inquiétudes sur sa trop grande réclusion ; il ne cessait de prêcher, disait-il, pour plus d'exercice; et m'engageait à profiter des fréquentes occasions que j'avais de parler à l'Empereur, pour l'amener à sortir davantage. Il est sûr, convenionsnous, qu'il changeait de manière à effrayer; et lui (le docteur), n'hésitait pas à prononcer qu'un si complet repos, après une si grande agitation, pouvait devenir des plus funestes; que toute maladie sérieuse, que pouvait amener si facilement la qualité du climat, ou tout autre accident de la nature, lui deviendrait infailliblement mortelle. Les paroles du docteur, son anxiété m'ont vivement touché. Dès ce temps j'aurais dû deviner cet intérêt réel qu'il a si bien prouvé depuis.

Sur les six heures l'Empereur m'a fait appeler; il était dans son bain, souffrant peut-être encore plus que de coutume; c'était encore , pensait-il , le résultat de sa sortie d'hier; le bain.

« ZurückWeiter »