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» ridicule. » L'Empereur ne la croyait que maîtresse du prince. Je l'assurai qu'elle avait été bien mariée avec le consentement de Louis XV, et que je croyais être certain que depuis la mort de son époux, elle prenait, dans tous les actes, le titre de douairière d'Orléans. L'Empereur disait avoir ignoré cette circonstance. « Mais en» core, dans ce cas, observait-il, qu'avait à dire » et à faire le Premier Consul? Aussi était-ce » toujours là ma réponse aux intéressés, qui en » étaient peu satisfaits. Mais devais-je prendre » tout aussitôt les irrégularités et les ridicules

de la vieille écolc? etc.»

Mardi 29.

L'Empereur continue d'être très-souffrant.- Circons.

tances caractéristiques.

Mon fils était malade, moi-même je n'étais pas bien; mes insomnies duraient toujours. Le docteur est venu nous voir. Il m'a appris que l'Empereur était mieux, mais qu'il s'osbtinait à tort à ne vouloir faire aucun usage de la médecine.

Je n'ai été appelé qu'à cinq heures chez l'Empereur. Je l'ai trouvé les pieds dans l'eau, souf. frant encore violemment de la tête. Cependant ce demi-bain lui a fait du bien. Il s'est remis sur

on canapé, et a pris les mémoires de Noailles ; I en a lu tout haut quelques morceaux sur le luc de Vendôme, au siège de Lille; quelques utres sur le duc de Berwick, qu'il accompaInait de remarques à sa manière, toujours neules, originales, piquantes. Je regrette fort de le pouvoir les tracer ici; mais cette dernière lartie de mes cahiers n'ayant point encore été nise au net lorsqu'ils m'ont été arrachés, je n'y etrouve aujourd'hui que des indices devenus ar le temps tout-à-fait étrangers à ma mémoire. i L'Empereur, apercevant sur sa commode uelques pâtisseries ou espèce de sucreries qui emblaient y avoir été oubliées, m'a dit de lui napporter; et comme il voyait mon embarras tmon hésitation, cherchantvainement le moyen le pouvoir les lui présenter avec convenance.

Bah! mou cher, avec la main, m'a-t-il dit, u tout bonnement avec la main, plus de céré| monies, plus de façons entre nous; nous devons désormais demeurer à la gamelle l'un Ji pour l'autre. » Voilà une fort petite circonsjance sans doute, mais qui pourtant rendra bien

nieux, aux yeux de plusieurs, la tournure d'esprit, le caractère, les dispositions de l'ame, a véritable pensée, que ne sauraient le faire ane foule de paroles; car il est des esprits judicieux et observateurs qui savent apercevoir et

déduire, lorsque beaucoup d'autres n'ont pa même soupçonné; aussi c'est ce qui va me fair replacer ici ce que j'avais repoussé ailleurs dans la crainte que ce ne fût jugé insignifiant ou du moins inutile.

Je dois avoir dit que, dans la familiarité de son petit intérieur, l'Empereur passait volon tiers en revue, vis-à-vis de moi, tous les titres Ah! bonjour Monseigneur. Comment se port Votre Excellence! Que dit aujourd'hui Votre Seigneurie? etc., etc. Or, un soir , me rendan au salon dont l'huissier allait m'ouvrir la

porte, celle de l'Empereur, qui en est voisine, s'ou vrit; il s'y rendait précisément aussi. M'étani rangé pour son passage, lui, en distraction sans doute, s'arrêta pour me prendre l'oreille, ajou tant gracieusement : « Que faisait là Votre Ma

jesté ? » Mais ce mot ne fut pas plutôt lâche que mon oreille le fût aussi. Sa figure devin tout autre, et il se crut obligé de me parle gravement d'autre chose. Ce n'est pas que ja n'eusse appris près de lui à ne pas avoir entendu au besoin; mais n'importe, il s'en voulait évidemment d'avoir laissé échapper cette qualification : toutes les autres pouvaient lui paraître des plaisanteries ; mais il ne semblait pas e être de même de celle-ci ; soit par sa natur spéciale, soit par nos circonstances présente

»

u autrement, que sais-je? Du reste, chacun onjecturera ce qui lui plaira ; seulement je ra? onte le fait.

Sur le soir, l'Empereur nous a reçus tous près notre dîner. Il était dans son lit, et est re, enu à son incrédulité en médecine, qu'il ap» uyait de si bonnes raisons, disait-il, que Cor

isard et les autres célèbres ne le combattaient que faiblement, et seulement pour l'honneur

lu corps.

Mercredi 30.

Cinquième jour de réclusion. - Anecdote pour mé

moire non payé. -Sur l'impopularité.

L'Empereur aujourd'hui n'a pas été mieux. 1 a eu, à l'heure accoutumée, son léger accès le fièvre. Sur le soir le docteur est arrivé; il porait plusieurs gargarismes innocens, disait-il ; mais il n'en a pas moins eu de peine à en trouver l'emploi. L'Empereur avait beaucoup de boutons sur les lèvres, dans la bouche et jusque dans le gosier; il avait beaucoup de peine à avaler, même à parler, disait - il. On n'a pu trouver, pour son usage , de l'huile supportable : elle est horrible, et il est fort délicat.

L'Empereur, dans la conversation du jour, parlant des dépenses, du gaspillage et des det

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tes permanentes de Joséphine, en est arrivé à raconter qu'il s'était vu lui-même, lui, l'homme le plus régulier qui existât, l'objet d'une esclan dre fort désagréable à Saint-Cloud. « Étant dan » ma calèché, disait-il , l'Impératrice à mes cô » tés, et au milieu d'un concours immense de

peuple, je m'étais vu interpellé, tout-à-coup » à la façon de l'Orient, comme eût pu l'être le » Sultan se rendantà la mosquée , par un homme » qui avait travaillé pour ma personne, et ré» clamait une somme considérable dont on lui » refusait le paiement depuis long-temps. Et il » se trouva que c'était juste, remarquait Napo» léon; mais j'étais en règle aussi; j'avais paye

depuis long-temps : l'intermédiaire seul était » coupable, etc., etc. »

Dans un autre moment, à la suite de l'impopularité dont, disait-il, il avait fini par être l'objet, comme je revenais à lui témoigner mon étonnement de ce qu'il n'avait pas

cherché quelque moyen de faire contreminer les libelles et de rappeler l'opinion qu'on lui enlevait, il a répondu avec une sorte d'inspiration : « J'avais, » ma foi , des vues autrement larges que celle » d'aller m'occuper de flagorner ou de ménager » une petite multitude, quelques coteries ou va» riations de sectes. Non, il fallait me laisser » revenir victorieux de Moscou, et l'on eût yu

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