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mais, il a fait venir le docteur, qui lui a trouvé de la fièvre; le froid de la veille lui était revenu ; il s'est vu forcé de se rapprocher du feu.

Toute la soirée a été de même. Sur les sept heures il a parlé de se coucher; et ne voulant pas manger,

il s'est fait lui-même de l'eau panée, dans laquelle il mettait du sucre, de la fleur d'orange et du pain que lui faisait griller son valet de chambre.

A travers bien des sujets perdus , voici quelques mots recueillis sur l'immoralité. « L'im» moralité, disait l'Empereur, est, sans contre. » dit, la disposition la plus funeste qui puisse » se trouver dans le souverain, en ce qu'il la » met aussitôt à la mode, qu'on s'en fait hon» neur pour lui plaire, qu'elle fortifie tous les » vices, entame toutes les vertus, infecte toute » la société comme une véritable peste; c'est le » fléau d'une nation. La morale publique, au » contraire, ajoutait-il, est le complément na» turel de toutes les lois; elle est à elle seule » tout un code. » Et il prononçait que la révolution, en dépit de toutes ses horreurs , n'en avait pas moins été la vraie cause de la régénération de nos moeurs. « Comme les plus sales » fumiers provoquent la plus noble végétation. » Et il n'hésitait pas à dire que son administration serait une ère mémorable du retour à la morale.

« Nous y courions, disait-il, les voiles pleines, » et nul doute que les catastrophes qui ont » suivi feront tout rebrousser; car au milieu de » tant de vicissitudes et de désordres, le moyen » qu'on résiste aux tentations de tout genre, s» aux appâts de l'intrigue, à la cupidité, aux » suggestions de la vénalité. Toutefois on pourra » bien arrêter, comprimer le mouvement asa: » cendant d'amélioration; mais non le détruire; » car la moralité publiqué est du domaine spé» cial de la raison et des lumières : elle est leur » résultat naturel, et l'on ne saurait plus faire » rétrograder celles-ci. Pour reproduire les »' scandales et les turpitudes des temps passés , » la consécration des doubles adultères, le li» bertinage de la régence, les débauches du rè» gne qui a suivi, il faudrait reproduire aussi » toutes les circonstances d'alors, ce qui est im» possible; il faudrait ramener l'oisiveté absolue » de la première classe, qui ne pouvait avoir » d'autre occupation que les rapports licencieux » des sexes ; il faudrait détruire, dans la classe » moyenne, ce ferment industriel qui agité au» jourd'hui toutes les imaginations, agrandit » toutes les idées , 'élève toutes les ames, il fau . „drait enfin replonger les dernières classes dans ý cet avilissement et cette dégradation qui les >> réduisaient à n'être

que

de véritables bêtes de

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» somme; or, tout cela est désormais impos» sible. Les moeurs publiques sont donc 'en » hausse, et l'on peut prédire qu'elles s'amélio» reront graduellement par tout le globe , etc. »

Sur les neuf heures, et déjà au lit, l'Empereur a demandé qu'on fit entrer tout le monde dans sa chambre. Le Grand - Maréchal et sa femme étaient du nombre. Il nous a gardés une demi-heure, causant ses rideaux fermés.

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Lundi 28.

L'Empereur, toujours souffrant, manque de médicamens. — Guerres d'Italie

par Servan. Madame de Montesson.

Je souffrais beaucoup à mon réveil ; j'ai voulu mettre les pieds dans l'eau; impossible de m'en procurer. Je ne cite ceci que pour que l'on comprenne, si l'on peut, notre véritable situation à Longwood. L'eau en général y est assez rare; mais depuis quelque temps cette rareté a singulièrement augmenté, et c'est une grande affaire aujourd'hui que de pouvoir procurer un bain à l'Empereur. Nous ne sommes pas mieux sous tous les autres rapports de secours médical : hier le docteur parlait devant l'Empereur de drogues, d'instrumens, de remèdes nécessaires; mais à chacun d'eux il ajoutait : « Mal

» heureusement il n'y en a point dans l'île. » Mais, lui a dit l'Empereur, en nous envoyant » ici on a donc pris l'engagement que nous nous » porterions bien, et toujours ? » En effet les plus petites choses et les plus nécessaires manquent. L'Empereur, pour faire bassiner son lit, n'a trouvé d'autre moyen que de faire percer une de ces grandes boules d'argent dont on se sert pour tenir les plats chauds à table, et d'y faire introduire des charbons. Depuis deux nuits il sent inutilement le besoin d'esprit de vin, qui pût lui tenir chaude quelque boisson nécessaire, etc., etc.

L'Empereur a continué de souffrir tout le jour; sa joue demeurait très-enflée; mais la douleur était moins vive. Je l'ai trouvé près du feu lisant les guerres des Gaulois en Italie, par Servan. Elles lui donnaient l'idée de quelques additions à nos chapitres d'Italie, si précieux pour le métier. Il a fait venir la carte de ce pays, Comme je m'étonnais que l'auteur, descendant jusqu'à nos jours, et donnant les campagnes de l'Empereur même, il décrivît si peu, et semblât même ne pas connaître beaucoup le terrain. « C'est qu'il l'aura parcouru, disait l'Em» pereur, sans le connaître , et n'aura peut-être » pas su le deviner, même en le voyant; tandis » que le génie des grandes entreprises; et les

grands résultats consistent surtout dans l'art » de le deviner, même sans l'avoir vu , etc., etc.)

L'Empereur s'est vu forcé, comme hier, de se mettre au lit de bonne heure. Il devait avoir de la fièvre, car il souffrait du froid. Il n'avait mangé qu'une soupe depuis hier, et sé sentait des dispositions à des étourdissemens. Il trouvait son lit mal fait, les couvertures mal arrangées ; rien n'allait, disait-il; et il a essayé de faire raccommoder le tout tant bien que mal, remarquant à ce sujet que tout ce qui l'entourait n'était calculé que sur sa bonne santé, et que chacun se trouverait sans expérience et sans doute bien gauche s'il venait jamais à être sérieusement malade, etc., etc.

Il s'est fait faire du thé de feuilles d'oranger, qu'il a dû attendre long-temps, ce qu'il a fait avec une patience dont je n'eusse certainement pas été capable.

Il a causé, étant au lit, de ses premières années de Brienne, du duc d'Orléans, de Mme de Montesson, qu'il se rappelait y avoir vus;

de la famille de Nogent, de celle de Brienne, liées aux détails de ses premières années, etc., etc.

« Une fois à la tête de gouvernement, disait

Napoléon, Mme de Montesson m'avait fait de» mander à pouvoir prendre le titre de duchesse » d'Orléans, ce qui m'avait paru extrêmement

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