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»bres du conseil '. On en retint une douzaine , » destinées à ceux dont on redoutait l'audace, » celles-ci ne furent expédiées qu'après que le décret » fût rendu. Le conseil des anciens avait été con· voqué pour dix heures du matin et celui des » cinq-cents pour midi. Tout cela réussit à mer» veille 3.»

A dix heures du matin le 18 brumaire, Cornet, membre du conseil des anciens, monté à la tribune

у un rapport qui fut le premier coup ostensiblement porté à la république, et qui contient le premier des mensonges jugés nécessaires au succès de la conspiration.

« La confiance dont vous avez investi votre » commission des inspecteurs, lui a imposé l'obli

gation de veiller à votre sûreté individuelle, à laquelle se rattache le salut de la chose publique; » car dès que les représentans d'une nation sont » menacés dans leurs personnes ,... il n'y a plus de » liberté, il n'y a plus de république.

» Les symptômes les plus alarmans se manifes

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· Ces circulaires imprimées dès le 9 vendémiaire avaient été alors dénoncées au conseil des cinq-cents. La faction jugea que le coup était prématuré, elle l'ajourna.

· La mémoire de M. Cornet est en défaut, il aurait pu dire une trentaine.

3 Notice historique sur le 18 brumaire, par le président de la commission des inspecteurs du conseil des anciens, alors le citoyen Cornet, représentant du peuple, aujourd'hui comte de Cornet, pair de France, p. 9.

les plus

» tent depuis plusieurs jours ; les

rapports » sinistres nous sont faits : si des mesures ne sont » pas prises, si le conseil des anciens ne met pas » la patrie et la liberté à l'abri des plus grands

dangers qui les aient encore menacées, l'em» brasement devient général, nous ne pouvons » plus en arrêter les dévorans effets; il enveloppe » amis et ennemis ; la patrie est consumée, et ceux » qui échapperont à l'incendie verseront des pleurs » amers , mais inutiles, sur les cendres qu'il aura » laissées sur son passage.

» Vous pouvez, représentans du peuple, le pré» venir encore, un instant suffit; mais si vous ne » le saisissez pas, la république aura existé, et » son squelette sera entre les mains des vantours qui s'en disputeront les membres décharnés. »

Le rapporteur ajoute encore d'autres phrases alarmantes et cherche à cacher une conspiration réelle sous le fantôme d'une conspiration chimérique; car il n'existait depuis quelques jours , d'autres symptômes alarmans que ceux de la faction de Bonaparte et de ses partisans; son anıbition seule faisait courir de grands dangers à la patrie et à la liberté. M. Cornet a été étrangement induit en erreur. On ne peut douter de sa bonne foi; mais en examinant le début des conspirateurs, en le rapprochant des événemens qui le suivirent, on croit entendre ces filoux qui, comme il arrive quelquefois, pour détourner les soupçons, sont les premiers à crier : aux voleurs !

A la suite de ce rapport, le député Regnier proposa le décret suivant, remarquable dans toutes ses parties.

Le conseil des anciens, en vertu des articles 102, 103, 104 de la constitution, décrète ce qui suit':

« 1°. Le corps législatif est transféré dans la » commune de Saint-Cloud. Les deux conseils y » siégeront dans les deux ailes du palais.

» 2°. Ils y seront demain 19 à midi. Toute con» tinuation de fonctions, de délibérations est in» terdite ailleurs et avant ce temps.

» 3o. Le général Bonaparte est chargé de l'exé» cution du présent décret. Il prendra toutes les » mesures nécessaires pour la sûreté de la repré»sentation nationale.

» Le général commandant la 174 division mili» taire, la garde du corps-législatif, les gardes » nationales sédentaires, les troupes de ligne qui » se trouvent dans la commune de Paris, dans » l'arrondissement constitutionnel et dans toute

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L'article 102 porte : « Le conseil des anciens peut chan► ger la résidence du corps-législatif; il indique, en ce cas, » un nouveau lieu et l'époque à laquelle les deux conseils » sont tenus de s'y rendre.

L'intention du législateur était, en faisant cet article, de préserver le corps-législatif des factions, et non de le livrer à

leurs coups.

· La constitution accordait au conseil des anciens, le droit de transférer le corps-législatif; mais ne lui donnait pas celui de nominer un général pour faire exécuter cette translation.

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» l'étendue de la 17e division, sont mis immédia» tement sous ses ordres et tenus de le reconnaître » en cette qualité.

» Tous les citoyens lui prêteront main forte à la première réquisition.

4o. Le général Bonaparte est appelé dans le » sein du conseil pour y recevoir l'expédition du

présent décret et y prêter serment. Il se con» certera avec la commission des inspecteurs des ► deux conseils.

» Le présent décret sera, de suite, transmis » par un messager au conseil des cinq-cents et au » directoire exécutif; il sera imprimé, alliché et

envoyé dans toutes les communes de la république par des courriers extraordinaires. »

A ce décret se joignait une proclamation du conseil des anciens au peuple français.

« Le conseil des anciens use du droit qui lui » est délégué par l'article 102 de la constitution , » de changer la résidence du corps-législatif.

» Il use de ce droit pour enchaîner les factions

qui prétendent subjuguer la représentation na» tionale, pour vous rendre la paix intérieure.

» Il use de ce droit pour ramener la paix exté» rieure que vos longs sacrifices et l'humanité >> réclament.

» Le salut commun, la prospérité commune » tel est le but de cette mesure constitutionnelle "; » il sera rempli.

Ils invoquent la constitution au moment de l'anéantir!

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» Et vous habitans de Paris, soyez calmes;dans peu » la présence du corps-législatif vous sera rendue.

» Français ! les résultats de cette journée feront » bientôt foi si le corps-législatif est digne de pré» parer votre bonheur et s'il le peut.

» Vive le peuple par qui et en qui est la république!

Signe Lemercier président, Delneufcour, Chabot, Delecloy secrétaires.

Le député Cornet fut chargé ou se chargea luimême de porter au général le décret qui venait de lui livrer la force armée. En entrant dans son hôtel de la rue Chantereine, nommée alors rue de la Victoire, il en trouva la cour et les appartemens remplis de militaires, et, bien avant le décret, tous les chefs de corps venaient prendre l'ordre chez lui.

Bonaparte, dès huit heures du matin, avait réuni à déjeuner tous les chefs militaires. Ceux qu'il avait admis au secret de la conspiration s'emparèrent de ceux qui l'ignoraient, et ces derniers s’é!onnèrent, hésitèrent et finirent par se laisser séduire. Bernadotte seul eut la force de résister aux instances pressantes de Bonaparte et de lui déclarer qu'il n'était pas venu pour seconder son entreprise; il se retira.

Bonaparte reçut le décret comme on reçoit une chose attendue, partit pour les Tuileries, se rendit dans le jardin où se trouvait réunie toute la force armée de Paris, prononça un discours où il traita de factieux et d'auteurs de tons les maux de

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