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aucune escorte, suivi seulement de trois autres voitures, avec sa livrée, et marchant au pas comme la sienne. A l'embranchement de la route qui conduit au château de Morangiès, elles sont arrêtées par un général venant à franc étrier de Paris. A peine est-il à la portière de la première voiture, que Napoléon descend précipitamment, ainsi que plusieurs personnes de sa suite, au nombre desquelles se trouvoient le général Bertrand et M. de Caulaincourt. Napoléon rebroussé aussitôt chemin, marchant à pied vers la Cour-de-France, se faisant suivre par ses voitures ; et dans ce court trajet il apprend que Paris ne lui appartient plus , qu'aucun effort, aucune tentative 'n'a pu rompre ou empêcher la capitulation. Arrivé à la Cour-de-France, il tient une espèce de conseil avec les officiers qui l'entourent. Il n'y avoit point encore là de

corps d'armée , les têtes de colonnes n'ayant pas même atteint Fontainebleau; mais on apercevoit aux environs des soldats errans qui avoient allumé quelques feux, des grenadiers de la garde mêlés avec les fuyards, et dans un délâbrement extrême. Il fut d'abord question dans cette conférence de reformer une armée avec les débris des corps qui, dans leur re:

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traite de Paris, s'éparpilloient sur toute cette route. On ne pouvoit se dissimuler l'état de découragement et d'épuisement absolu de l'armée. Les soldats s'attendoient à recevoir l'ordre de marcher sur Orléans pour s'y réorganiser. Napoléon resta près de trois heures à conférer avec les officiers de sa suite. Le jour avoit paru, et il étoit à craindre que la cavalerie légère de l'ennemi n'arrivât dans cette direction. Il fut décidé enfin que Napoléon gagneroit Fontainebleau pour y rallier son armée et les corps en retraite de Paris. Ce fut à l'issue de cette conférence que M. de Caulaincourt se dirigea vers la capitale avec de pleins pouvoirs , et même , dit-on, avec un blanc seing pour consentir à telles conditions qu'il plairoit aux monarques alliés de prescrire. Sans attendre le résultat de cette démarche décisive, mais inutile, Napoléon remonta en voiture, et rétrograda sur Fontainebleau , au moment même où les alliés , prenant possession de sa capitale , ne lui laissoient plus d'autre alternative que de mourir avec gloire, ou de succomber avec ignominie,

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Situation de Paris après l'entrée des alliés. - L'em

pereur Alexandre refuse de traiter avec Napoléon. - Le conseil municipal de Paris exprime le veu du rétablissement de la monarchie des Bourbons. Déclaration de Louis XVIII. Déclaration de l'empereur de Russie. --Le sénat, convoqué extraordinairement, établit un gouvernement provisoire, - Le monvement royaliste continue dans Paris. — Représentation à l'Opéra. - L'empereur Alexandre accorde la délivrance des prisonniers français en Russie. Acte de déchéance de Napoléon. Napoléon réunit son armée à Fontainebleau et veut marcher sur Paris. Les maréchaux lui arrachent son abdication. — Régence de Blois. = Situation critique de la France. — Conférence pour la régence; intervention du prince Talleyrand.

La régence est rejetée. - Napoléon consent à se retirer à l'ile d'Elbé. - Attaque 'et pillage de Pithiviers.Troisième attaque de Sens, et prise de cette ville.

Convention préliminaire qui établit une ligne de démarcation entre les armées alliées et les armées françaises.

L'ESPRIT public , mêlé aux transports de la reconnoissance, venoit de se manifester avec tant d'éclat, que les monarques alliés regar

dèrent comme inutile d'établir dans Paris des mesures de police sévères. Le général baron Sacken prit le gouvernement militaise de la ville , et ce choix fut bientôt justifié par le bon ordre et la tranquillité qui régnèrent dans cette immense capitale. Toutes les affaires reprirent leur cours naturel, la circulation ne fut plus entravée, on rouvrit les barrières , les boutiques, les magasins ; et la sécurité devint générale dans une ville occupée par des armées étrangères, et que les émissaires de Napoléon cherchoient à remplir d'alarmes.

On savoit déjà que les monarques alliés avoient repoussé la mission de M. de Caulaincourt, que Napoléon, dans sa détresse, venoit d'envoyer pour négocier la paix à tout prix, et souscrire à tous les sacrifices.

Cette résolution énergique assuroit à jamais le salut de la France et de l'Europe. La paix avec Napoléon ne pouvoit plus avoir lieu qu'à des conditions aussi déshonorantes pour

lui qu'onéreuses à la France même ; il auroit fallu payer des contributions énormes, et céder les places frontières en garantie des traités. Humilié dans son orgueil et trompé dans les calculs de son ambition effrénée, Napoléon eût tourné toute sa fureur contre la

France épuisée et désolée; il l'eût couverte de proscriptions et de deuil. Déjà des villes entières étoient condamnées ; les confiscations, les expropriations auroient précédé et suivi les supplices. Vingt jours avant sa catastrophe, n'avoit-il pas dit à ses soldats, pour exciter leur courage à la bataille de Craonne : « Je » vous partagerai les terres des ennemis de » l'Etat. » Ces ennemis étoient tous ceux qui abhorroient sa domination. Ainsi la guerre civile auroit encore aggravé les malheurs de la

guerre étrangère, et un despotisme sanglant et féroce se seroit assis pour jamais sur les ruines de la France. Que dis-je ? le démon révolutionnaire, enchaîné un moment par les revers, mais retrouvant de nouvelles forcés, auroit profité de la première guerre suscitée en Europe, pour rompre ses fers, et pour s'élancer au-delà du Rhin et des Pyrénées avec plus de furie encore.

Mais la perspective d'un si sombre tableau disparut pour faire place à un avenir plus prospère. Dociles aux conseils de la sagesse , ou plutôt inspirés par la sagesse même, les monarques alliés désarmèrent par leur justice la nation française, dont l'asservissement n'auroit jamais pu être consommé ni par la ruse, ni

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