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de cosaques, il fut fait prisonnier ainsi que son gendarme d'ordonnance. Il soutint d'abord qu'il étoit retenu contre toute espèce de droit, sa mission ayant pour objet l'envoi des parlementaires, et il demanda à être reconduit sur le champ aux avant-postes. On lui objecte qu'il n'est point en règle , n'étant pas précédé d'un trompette, et n'ayant aucun ordre par écrit. Forcé de rester sous la garde des cosaques, een'estquelelendemain, au point du jour, qu'il est transféré à Bondy. Dans son trajet, le capitaine Peyre commence à reconnoître la force des alliés, qu'il avoit cru, ainsi que tout Paris, de vingt-cinq à trente mille hommes. Quelle est sa surprise, lorsqu'étant arrivé au quartier-général, on lui annonce qu'on va prendre à son égard les ordres de l'empereur Alexandre. Il étoit sept heures du matin , et la canonnade se faisoit entendre distinctement sur Paris, au moment où le prince Schwartzenberg prévint cet officier qu'il auroit audience de l'empereur de Russie à l'issue du conseil qui venoit de s'assembler; bientôt, en effet, il est introduit devant le czar.

« Monsieur, lui dit Alexandre, sur le refus » qu'on a fait hier de recevoir les parlcmen» tajres des alliés, j'étois décidé à attendre » qu'on vînt me faire des propositions au nom » de la ville de Paris. Ce n'est point à la na» tion française que nous faisons la guerre , » mais à Napoléon qui , par la plus injuste » agression, lorsque j'avois traité loyalement » et franchement avec lui, a porté la guerre » dans mes Etats : n'a-t-il pas occasionné la » dévastation de mon pays, et l'incendie de » ma capitale? Je pourrois user de reprér»sailles; mais, je vous le répète, ce n'est » point à la nation française , ce n'est point » à la ville de Paris que je fais la guerre: » croyez-vous que Paris se défende ? — Oui, » Sire, répond le capitaine Peyre. — Tant pis, » reprend Alexandre; vous avez pu juger de » la force de notre armée; ce n'est point une » seule division comme on vous l'a dit faussc» ment, mais l'armée de l'Europe entière qui » est devant votre capitale. Toute résistance » seroit donc vaine, et feroit répandre le sang » inutilement: combien est forte l'armée sous » Paris? — Votre Majesté me permettra de » ne pas répondre à cette question. — C'est »juste; mais, Monsieur, puisqu'on veut se » défendre , dites bien à celui qui vous a en'■ voyé, que d'après la démarche que vous venez » de faire, les hautes puissances ont chargé » le général Bardai de Tolly d'attendre à » portée des avant - postes le parlementaire » qu'on jugera convenable d'envoyer pour en» treren conférence. Voilà des proclamations; » remettez-les à qui bon vous semblera. Sur» tout n'oubliez pas de dire, puisqu'on veut se » défendre, que je serai toujours disposé à » traiter lors même qu'on se battroit dans » les faubourgs; mais que si l'enceinte de la » ville étoit forcée l'épée à la main , nous ne » serions plus les maîtres d'arrêter nos troupes » et de préserver Paris du pillage. Partez, » Monsieur, le salut de Paris est en vos mains. » Prenant aussitôt congé du czar, le capitaine Peyre se dirige, avec l'état-major russe, vers le village de Pantin, et y pénètre accompagné de deux trompettes et d'un officier-général. Neuf heures du matin venoient de sonner, et une vive fusillade s'étoit engagée entre les tirailleurs des deux partis. Les officiers russes font cesser immédiatement le feu de leurs soldats; mais il n'est aucun moyen de faire suspendre celui des Français. Pénétré de l'importance de sa mission, le capitaire Peyre s'élance, avec son gendarme, à travers une grêle de balles dont plusieurs percent ses habits; et, rentré dans la ligne de défense, il court à Montmartre, où estl'état-major-général. On le croyoit prisonnier; le gouverneur de Paris s'empresse de l'introduire devant Joseph Buonaparte. Ce lieutenant-général de Napoléon plein de sécurité étoit alors à table ; sa surprise fut extrême, quand lecapitaine Peyre luirendit compte que l'empereur de Russie et le roi de Prusse étoientà Bondy avec toutes leurs forces. Vaincu par cettre première impression, Joseph s'écrie : « Eivce cas, il ne reste plus qu'à parle» menter. » Le capitaine Peyre insiste lui-même sur l'impossibilité où sont les troupes françaises de résister à des forces immenses commandées par les souverains en personne. Son récit achevé, il remet à Joseph les proclamations dont il étoit porteur. Le poids d'un pareil témoignage sembloit devoir dissiper tous les doutes; et pourtant Joseph et son état-major retombèrent dans l'incertitude, ou plutôt dans leur aveuglement, ne pouvant se persuader que toutes les forces des alliés fussent sous Paris. Ce n'est qu'au bout d'une heure qu'ils ajoutent foi à l'exposé du capitaine Peyre, quand ils aperçoivent enfin les armées coalisées se développant dans la plaine Saint-Denis sur un front de plus de deux lieues. Il étoit alors midi; la garde nationale sortoit des barrières pour soutenir la ligne, et on apercevoit clairement les alliés faisant leurs dispositions pour une attaque générale. Les premières colonnes de l'armée de Silésie étoient arrivées sur le terrain; Saint-Denis étoit bloqué. Le corps du général Langeron, après avoir délogé les troupes qui tenoient Aubervilliers, avançoit directement par Clichy sur Montmartre, tandis que les corps prussiens des généraux Kleist et York marchoient sur les villages de la Villette et de Pantin. Dès que leur artillerie eut ouvert son feu , les batteries françaises , entre ces deux villages, ripostèrent avec succès ; et plusieurs bataillons reprenant l'offensive , renouvelèrent leurs efforts pour y entrer. Les bataillons prussiens repoussent les premières colonnes; ils sont enfoncés à leur tour par le surcroît de nouvelles troupes , par le feu meurtrier des batteries parisiennes couvertes et flanquées de fossés profonds. Mais de nouveaux bataillons de la garde prussienne, et de celle de Bade, se jettent, la baïonnette en avant, et emportent une seconde fois le village de Pantin.

Pendant ces différens combats, les tirailleurs de l'avant - garde du prince royal de "WurJemberg s'étoient approchés de Vincennes; et

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