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royalistes, maîtres du champ de bataille , attendirent avec plus de confiance l'heureux moment qui devoit combler leurs désirs. Fidèle à sa parole , M. Lynch étoit resté à Bordeaux, de même que l'archevêque, prélat si vénérable et si vénéré. Tout fut préparé par le commissaire du roi, et par le maire de la ville , pour recevoir les alliés d'une manière éclatante, digne de la cause sainte qu'ils venoient protéger et défendre, digne enfin des Bordelais, qui vouloient donner une grande preuve de dévouement. Des courriers furent expédiés au-devant du maréchal Béresford, et des députés allèrent porter aux pieds de Møt le duc d'Angoulême les voeux et les hommages anticipés des habitans de Bordeaux.

Le général anglais ne rencontra sur sa route aucune force armée capable de lui disputer le passage ; quelques brigades de gendarmerie se montrèrent seulement, et furent bientôt dispersées. De tous les points du Médoc et de la Guienne les royalisteś accouroient en foule au-devant de S. A. R., qu'ils bénissoient par leurs acclamations ; les villages et les bourgs se déclaroient à son approche , malgré les instances du prince qui, inspiré par sa bonté, recommandoit aux habitans de ne pas se com

promettre. Mais aucune exhortation, aucune crainte ne pouvoit arrêter cet élan général. Les villes de Roquefort et de Bazas n'hésitèrent pas une minute. Elles arborèrent le drapeau blanc, et se déclarèrent avant Bordeaux. Des royalistes de toutes les classes accouroient en foule , et venoient grossir le cortege de S. A. R. Dès que le maréchalBéresford fut arrivé au pont de la Maye, il expédia le colonel Vivian au maire de Bordeaux, pour lui annoncer qu'il croyoit entrer dans une ville alliée et amie; le colonel en reçut, de la part du maire, l'assurance la plus formelle. Aussitôt M. Lynch , accompagné de deux adjoints , monte en voiture avec MM.de Tauzia , Labroue et Montdenard, ancien officier de marine; d'autres voitures, occupées par les membres du conseil municipal, forment son cortége. Le commissaire du roi vient ensuite avec sa troupe sacrée, composée de plus de dix mille personnes de toutes les classes, de tous les rangs, et quise disséminent le long de la route. MM. de la Rochejaquelein de Gombault, de Saluces , de Lautrec , Roger, Macarty, Gauthier, de Pommiers, de la Nolle, Bontemps-du-Barry, la plupart à cheval, suivoient sans affectation le cortége.

On avoit prescrit à tous ceux dont le dévoue

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ment étoit connu , de ne prendre la cocarde blanche que lorsqu'ils entendroient le maire crier : Vive le Roi! L'ordre avoit été donné aussi d'arborer le drapeau blanc sur le clocher le plus élevé de la ville à l'instant où l'on verroit le maire haranguer le maréchal Béresford.

Arrivé à quelque distance de l'avant-garde, M. Lynch monte à cheval , et s'avance audevant du général anglais, qui, entouré de son état-major, marchoit à la tête de ses troupes. Général , lui dit le maire, la na» tion généreuse qui a donné des preuves si

distinguées de sa magnanimité, en secourant » avec une constance inébranlable ses alliés

opprimés, se présente aujourd'hui aux portes » de Bordeaux. Si vous venez comme vainqueur, » vous pouvez, général, vous emparer des clefs » sans qu'il soit besoin que je les donne; mais si » vous venez comme allié de notre auguste sou» verain, Louis XVIII, je vous offre les clefs de » cette ville intéressante , où vous serez bientôt » témoin des preuves d'amour qui se manifes» teront de toute part en faveur de notre roi » légitime. A ces témoignages se joindront les » sentimens de notre vive gratitude pour nos » libérateurs. » Le maréchal Béresford réitéra avec un ton affectueux les promesses de lord

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Wellington, ajoutant qu'il croyoit entrer dans une ville alliée et soumise à Louis XVIII. A peine eut-il achevé que le maire fit entendre le cri de Vive le Roi! Ce cri fut répété aussitôt avec enthousiasme par la troupe fidèle qui suivoit le commissaire du Roi. M. Lynch, déposant son écharpe , prit l'antique emblème des Français et cette cocarde, symbole de la paix et du bonheur public.

A l'instant même, Bordeaux voit flotter le drapeau blanc sur le clocher de Saint-Michel, et la cocarde blanche est généralement arborée dans toute la ville avec un sentiment spontané de satisfaction et de joie. Le général anglais ne peut plus douter de l'amour que portoit au roi de France ce bon peuple , qui couroit en foule au-devant de ses libérateurs. Le scris de Vicent les Bourhons! Honneur aux Anglais ! Vive le Maire! se succèdent. Le contentement brille sur tous les visages et des larmes de joie coulent de tous les yeux. Arrivé à l'Hôtel-de-Ville, le maréchal Béresford reçut les adjoints , et le commissaire du roi, décoré de l'écharpe royale , qui lui furent successivement présentés par le maire. Le maréchal leur donna de nouveau l'assurance que sa nation leur prêteroit son appui.

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Mais les acclamations du peuple; mais tous les voeux demandoient le petit-fils de Henri IV, l'auguste époux de la fille de Louis XVI; chacun accouroit pour voir le neveu de son roi, pour témoigner à ce prince l'affection qu'il inspiroit aux bons habitans de la Gironde. La plupart des royalistes s'étoient portés à trois lieues au-devant du prince A l'instant paroît le duc de Guiche qui vient annoncer l'arrivée de S. A. R. La nouvelle est bientôt répétée par mille échos. Les cris de Vive le Roil s'élèvent, se reproduisent de toutes parts, et la joie devient universelle. De nouveaux détachemens de jeunes royalistes partent et se succèdent pour aller grossir le cortége. Le maire remonte en voiture avec le commissaire du roi ; ses adjoints et une partie du conseil municipal l'accompagnent ; la foule est immense sur toute la route. Déjà le peuple entier de la Guienne et du Médoc avoit versé des larmes d'attendrissement sur le passage de l'auguste prince, et toute la ville de Bordeaux étoit sortie à sa rencontre pour se presser sur

ses pas.

Les plus vives acclamations se firent entendre dès qu'on aperçut le gendre et le neveu de Louis XVI. Il étoit à cheval, accompagné du

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