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« Cela se conçoit-il ? Comment W......... ne “ s'indigne-t-il pas qu'on puisse en concevoir la “ pensée! Son ame ne serait-elle donc pas à la « hauteur de ses súccès ?......"

Pai pu remarquer qu'en général, il' répugnait à l'Empereur de mentionner Lord W......... Il évitait d'ordinaire, lorsque l'occasion s'en présentait, de laisser connaître son jugement. Sans doute il se sentait gauche à ravaler publiquement celui sous lequel il avait succombé. Toutefois, ici, il s'est abandonné sans mesure, et a livré så pensée tout entière. Le sentiment de toutes les indignités dont on se plaît à l'abreuver agissait sans doute en ce moment dans toute sa force. Je ne l'avais jamais vu, lui d'ordinaire si impassible, si calme au sujet de ceux qui lui ont fait le plus de mal, s'exprimer avec autant de chaleur: ses gestes, son accent, ses traits, s'étaient élevés de l'amertume à l'imprécation; j'en étais ému moimême.

“On m'assura, a-t-il dit, que c'est par lui que s je suis ici, et je le crois * C'est digne, du reste, “ de celui qui, au mépris d'une capitulation solen“nelle, à laissé périr Ney, avec lequel il s'etait vu * souvent sur le champ de bataille ! Il est sûr que “ pour moi je lui ai fait passer un mauvais quart « d'heure. C'est d'ordinaire un titre pour les

** * Cette idée de Napoléon s'est reproduite dans les dernières lignes qu'il a tracées.

Tome IV. Septième Partie.

“grandes ames ; la sienne ne l'a pas senti. : Ma “chute et le sort qu'on me réservait lui ménage« aient une gloire bien supérieure encore à toutes “ ses victoires, et il ne s'en est pas douté. Ah! « qu'il doit un beau cierge au vieux Blucher: sans “ celui-là je ne sais pas où serait Sa Gráce, ainsi “ qu'ils l'appellent; mais moi, bien sûrement, je “ ne serais pas ici. Ses troupes ont été admirables, “ ses dispositions, à lui, pitoyables, ou pour mieux “ dire il n'en a fait aucune. Il s'était mis dans “ l'impossibilité d'en faire, et, chose bizarre, c'est “ ce qui a fini par la sauver. S'il eût pu com“ mencer sa retraite il était perdu... Il est de“ meuré maître du champ de bataille, c'est certain; “ mais l'a-t-il dû à ses combinaisons ? Il a recueilli “ les fruits d'une victoire prodigieuse ; mais son “ génie l'avait-il préparée ?... Sa gloire est toute “ négative, ses fautes sont immenses. Lui, géné“ ralissime Européen, chargé d'aussi grands in“ térêts, ayant en front un ennemi aussi prompt, “ aussi hardi que moi, laisser ses troupes éparses, “ dormir dans une capitale, se laisser surprendre. “ Et ce que peut la fatalité quand elle s'en mêle ! “ En trois jours j'ai vu trois fois les destins de la “ France, celui du monde échapper à mes combinaisons.

“ D'abord, sans la trahison d'un général, qui “ sort de nos rangs pour aller avertir l'ennemi, je “ dispersais et détruisais toutes ces bandes, sans “ qu'elles eussent pu se réunir en corps d'armée..

“ Puis, sur ma gauche, sans les hésitations inac“coutumées de Ney, aux Quatre-Bras, j'anéantis“ sais toute l'armée Anglaise.

“ Enfin, sur ma droite, les manœuvres inouies “ de Grouchi, au lieu de me garantir une victoire “ certaine, ont consommé ma perte et précipité la “ France dans le gouffre.

“ Non, a-t-il repris encore, W...... n'a qu'un “ talent spécial : Berthier avait bien le sien! 11 “ y excelle peut-être ; mais il n'a point de créa“tion ; la fortune a plus fait pour lui qu'il n'a fait “pour elle. Quelle différence avec ce Marl“ borough, désormais son émule et son parallèle. “ Marlborough, tout en gagnant des batailles, “maniait les cabinets et subjuguait les hommes. Pour W......., il n'a su que se mettre à la suite “ des vues et des plans de C......... Aussi, “ Mme de Staël avait elle dit de lui, que, hors de “ ses batailles, il n'avait pas deux idées. Les salons “ de Paris, d'un goût si fin, si délicat, si juste, ont “ prononcé tout d'abord qu'elle avait raison, et le “plénipotentiaire Français à Vienne l'a consacré. “ Ses victoires, leur résultat, leur influence haus“ seront encore dans l'histoire ; mais son nom “ baissera, même de son vivant..., etc. etc.” ,

Puis, revenant aux ministères en général, aux ministères collectifs surtout, à toutes les intrigues, à toutes les grandes et petites passions qui agitent ceux qui les composent, l'Empereur a dit : “ Mon “ cher, c'est qu'après tout, ce sont autant de lépro

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" series. Nul n'y échappe à la contagion. On “ peut y aspirer vertueux, qu'on n'en sort jamais, “ sans y avoir laissé sa pureté. Je n'en excepterais “ que deux peut-être, le mien et celui des États“ Unis d'Amérique : le mien, parce que mes “ministres n'étaient que mes hommes d'affaires, “ et que je demeure seul responsable; celui des “ États-Unis, parce que les ministres n'y sont que “ les gens de l'opinion, toujours droite, toujours " surveillante, tojours sévère." Et il a conclu par cette fin remarquable:

“ Je ne crois pas qu'aucun souverain se soit “ jamais mieux entouré que j'avais fini par l'être. “ Quel cri eût pu, avec justice, s'élever à cet égard ? “ Et si l'on ne m'en a pas tenu compte, c'est qu'il “ n'est que trop souvent de mode parini nous de « fronder sans cesse." Et il s'est mis à passer en á revue sur ses doigts les différens ministres :

“Mes grands dignitaires,” disait-il,“ Cambacérès “ et Lebrun, deux personnes très-distinguées et « tout à fait bienveillantes.

“ Bassano et Caulaincourt, deux hommes de cour “ et de droiture ; Molé, ce beau nom de la magis“ trature, caractère appelé probablement à jouer “ un rôle dans les ministères futurs.

" Montalivet, si honnête homme; Decrès, d'une o administration si pure et si rigoureuse; Gaudin, “ d'un travail si simple et si sûr; Mollien, de tant “ de perspicacité et de promptitude; et tous mes " conseillers d'Etat, si sages, si bons travailleurs !

“ Tous ces noms demeurent inséparables du mien. “ Quel pays, quelle époque présenta jamais un « ensemble mieux composé, plus moral! Heureuse “ la nation qui possède de tels instrumens, et sait “ les mettre à profit!.... Bien que je ne fusse pas “ louangeur de mon naturel, et que mon approba“ tion fût en général purement négative, je n'en “ étais pas moins éclairé sur ceux qui servaient “ bien, et qui ont des titres à ma reconnaissance. " Le nombre en est immense, et les plus modestes “ ne sont pas les moins méritans. Aussi ne “m'arriverait-il pas d'essayer de les nommer, tant “ serait senti le tort de se voir oublié, et pourrait “sembler ingrat de ma part!.. etc.” Retour sur les généraux de l'armée d'Italie. - Le père

d'un de ses aides-de-camp. - Ordures de Paris. - Roman abominable. - Sur les joueurs. - Famille La Rochefoucault, etc. ' , .

17.-L'Empereur était souffrant, et n'avait vupersonne de tout le jour; le soir il m'a fait appeler. Je me montrais fort inquiet sur sa santé; mais il m'a dit être plus mal disposé d'esprit que souffrant de corps, et il s'est mis à causer, parcourant un grand nombre d'objets qui l'ont remis.

Il s'est trouvé passer en revue de nouveau les généraux de l'armée d'Italie ; il est revenu sur leur caractère, a cité des anecdotes qui les concernent; a parlé de l'avidité de l'un, de la forfanterie d'un autre, des sottises d'un troisième, des déprédations de plusieurs, des bonnes qualités

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