Abbildungen der Seite
PDF
EPUB

“ ma chute et la disparition de mon systèine, il y “ait en Europe d'autre grand équilibre possible “que l'agglomération et la confédération des “grands peuples.' Le premier souverain qui, au “ milieu de la première grande mêlée, embrassera “ de bonne foi la cause des peuples, se trouvera à “ la tête de toute 'l'Europe, et pourra tenter tout “ ce qu'il voudra.

“Que si on me demande à présent pourquoi je “ ne laissais pas transpirer alors de pareilles idées? “ pourquoi je ne les livrais pas à la discussion pub“lique? Elles eussent été si populaires, me dira“t-on, et l'opinion m'eût été d'un renfort si im“ mense! Je réponds que la malveillance est tou“jours beaucoup plus active que le bien, qu'il ex“ iste aujourd'hui tant d'esprit parmi nous, qu'il “ domine aisément le bon sens, et peut obscurcir " à son gré les points les plus lumineux; que livrer “ de si hauts objets à la discussion publique, c'était “ les livrer à l'esprit de cotterie, aux passions, à « l'intrigue, au commérage, et n'obtenir, pour ré. 6 sultat infaillible, que discrédit et opposition. Je “ calculais donc trouver un bien plus grand se“ cours dans le secret; alors demeurait, comme en “ auréole autour de moi ce vague qui enchaîne la “ multitude et lui plaît; ces spéculations mystéri“euses qui occupent, remplissent tous les esprits ; “ enfin, ces dénouemens subits et brillans reçus “ avec tant d'applaudissemens, et qui créent tant “ d'empire. C'est ce même principe qui m'a fait

“ courir malheureusement si vite à Moscou : avec “ plus de lenteur j'eusse paré à tout, mais je m'é“ tais mis dans l'obligation de ne pas 'laisser le s temps de commenter. Avec ma carrière déjà “parcourue, avec mes idées pour l'avenir, il fallait “que ma marche et mes succès eussent quelque “chose de surnaturel." Et alors l'Empereur est « passé à l'expédition de Russie, 'répétant une grande partie des choses que j'ai dites ailleurs. Je ne reproduis ici que ce qui m'a paru neuf. **

« Et voici encore, disait-il, une autre circon“stance où on a pris l'accident pour le principe. “ J'ai échoué contre les Russés, de-là ils sont in“ attaquables chez eux, invincibles; inais pourtant “à quoi cela a-t-il tenu ? Qu'on le demande à * leurs fortes têtes, à leurs hommes sages et ré« fléchis ? Qu'on consulte Alexandre lui-même et

ses sentimens d'alors ? Sont-ce les efforts des “ Russes qui m'ont anéanti ? Non, la chose n'est “ due qu’à de purs accidens, qu'à de véritables fa“ talités: c'est une capitale incendiée en dépit de “ ses habitans, et par des intrigues étrangères ; “ c'est un hiver, une congélation dont l'apparition < subite et l'excès furent une espèce de phéno“ mène; ce sont de faux rapports, de sottes in"trigues, de la trahison, de la bêtise, bien des “ choses enfin qu'on saura peut-être un jour, et “ qui pourront atténuer ou justifier les deux fautes “ grossières, en diplomatie et en guerre, que l'on « a' le droit de m'adresser : celle de m'être livré à

[ocr errors]
[ocr errors]

s une telle entreprise, en laissant sur mes ailes, “ devenues bientôt mes derrières, deux cabinets " dont je n'étais pas le m " alliées que le moindre échec devait rendre enne“ mies. Mais pour tout conclure enfin sur ce “ point, et même annuler tout ce qui précède d'un “ seul mot, c'est que cette fameuse guerre, cette “ audacieuse entreprise, je ne les avais pas vou“lues ; je n'avais pas eu l'envie de me battre ; “ Alexandre ne l'avait pas avantage, mais “ fois en présence, les circonstances nous poussè. “rent l'un sur l'autre : la fatalité fit le reste."

Et, après quelques momens d'un silence profond, et comme se réveillant, l'Empereur a repris ; « Et un Français a eu en ses mains les destinées “ du monde! S'il avait eu le jugement et l'ame “à la hauteur de sa situation, s'il eût été bon Sué“ dois, ainsi qu'il l'a prétendu, il pouvait rétablir “ le lustre et la puissance de sa nouvelle patrie, “ reprendre la Finlande, être sur Pétersbourg “ avant que j'eusse atteint Moscou. Mais il a cédé " à des ressentimens personnels, à une sotte va“nité, à de toutes petites passions. La tête lui a “ tourné, à lui, ancien jacobin, de se voir re“cherché, encensé par des légitimes; de se trouver “ face à face, en conférence de politique et d'ami« tié, avec un Empereur de toutes les Russies, qui “ ne lui épargnait aucunes cajoleries. On assure “ qu'il lui fut même insinué alors qu'il pouvait “ prétendre à une de ses sæurs, en divorçant d'avec “ sa femme, et, d'un autre côté, un prince Français “ lui écrivait qu'il se plaisait à remarquer que le “ Béarn était le berceau de leurs deux maisons ! “ B......! Sa maison !.....

“Dans son enivrement il sacrifia sa nouvelle “ patrie et l'ancienne, sa propre gloire, sa vérita“ ble puissance, la cause des peuples, le sort du “ monde ! C'est une faute qu'il payera chèrement! “ A peine il avait réussi dans ce qu'on attendait “ de lui, qu'il a pu commencer à le sentir : il s'est “ même, dit-on, repenti; mais il n'a pas encore " expié. Il est désormais le seul parvenu occu“pant un trône; le scandale ne doit pas demeurer “ impuni, il serait d'un trop dangereux exem6 ple!..." . . . .

L'Empereur a peu de confiance dans l'issue de 1815.--Thémistocle.--A un moment la pensée, dans la crise de 1814, de rétablir lui-même les Bourbons.Ouvrage du Baron Fain, sur la crise de 1814.- Abdication de Fontainebleau; particularités.

12.-L'Empereur revenant sur son apparition de l'île d'Elbe et sa seconde chute à Waterloo, y a mêlé quelques paroles remarquables. “Il est “ sûr,” disait-il, “ que, dans ces circonstances, je “ n'avais plus en moi le sentiment du succès dé, “ finitif; ce n'était plus ma confiance première ; “ soit que l'âge qui d'ordinaire favorise la fortune “ commençât à m'échapper, soit qu'à mes propres “ yeux, dans ma propre imagination, le merveil

“ leux de ma:carrière se trouvât entamé, toujours “est-il certain que je sentais en moi qu'il me man"quait quelque chose. Ce n'était plus cette for“ tune attachée à mes pas qui se plaisait à me " combler, c'était le destin sévère auquel j'arra“chais encore, comme par force, quelques faveurs; “mais dont il se vengeait tout aussitôt ; car il est "remarquable que je n'ai pas eu alors un avantage, " qu'il n'ait été immédiatement suivi d'un revers. 3. « J'ai traversé la France, été porté jusqu'à la ca" pitale par l'élan des citoyens, et au milieu des " acclamations universelles; mais à peine étais-je “ dans Paris, que, comme par une espèce de magie, “et sans aucun motif légitime, on a subitement reculé, on est devenu froid autour de moi.

J'étais venu à bout de me ménager des raisons “ plausibles d'obtenir un rapprochement sincère “ avec l'Autriche, je lui avais expédié des agens “ plus ou moins avoués *. Mais Murat se trouva

* Entr'autres le Baron de Stassard, dont le dévouement connu lui mérita la confiance d'être chargé par Napoléon d'aller négocier, au Congrès de Vienne, le maintien de la paix de Paris ; mais il ne put aller au-de-là de Lintz: les plus ardens et les plus acharnés, dans les cabinets alliés, ayant pris la précaution de faire consacrer en principe que toute 'communication serait absolument interdite avec Napoléon. Il fut pourtant communiqué indirectement à M. le Baron de Stassard, que si Napoléon voulait abdiquer en faveur de son fils, avant toute hostilité, l'Autriche adopterait ce parti, pourvu toutefois encore que Napoléon se livrât a son beaupère, qui lui garantissait de nouveau la souveraineté de l'Ile d'Elbe, ou toute autre souveraineté analogue.

« ZurückWeiter »