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la

contre lesquels viennent se briser toute puis

Moi, en Egypte, conquérant, dominateur, maître absolu, exerçant les lois sur

popu“lation par de simples ordres du jour, je n'aurais

pas osé faire fouiller les maisons, et il eût été “ hors de mon pouvoir d'empêcher les habitans de parler librement dans les cafés. Ils

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étaient plus libres, plus parleurs, plus indépendans qu'à “ Paris : s'ils se soumettaient à être esclaves ail

leurs, ils prétendaient et voulaient être libres là. “ Les cafés étaient la citadelle de leurs franchises, “ le bazar de leurs opinions. Ils y déclamaient et

jugeaient en toute hardiesse : on n'eût pû venir “ à bout de leur fermer la bouche. S'il m'est ar“ rivé d'y entrer, on s'y inclinait devant moi, il est

vrai; mais c'était affaire d'estime personnelle; j'étais le seul, on ne l'eût

pas
fait

pour mes lieutenans, etc. etc. “ Quoiqu'il en soit, disait-il, à la suite d'autres

objets, voici le pouvoir de l'unité et de la con“ centration, ce sont des faits propres à frapper “ même le dernier vulgaire. La France, livrée aux tiraillemens de plusieurs, allait périr sous coups

de l'Europe réunie; elle met le gou“ vernail aux mains d'un seul, et aussitôt, moi, “ Premier Consul, je donne la loi à toute cette “ même Europe.

“ Ce fut un singulier spectacle que de voir les “ vieux cabinets de l'Europe ne pas juger l'import“ance d'un tel changement, et continuer à se

" les

" conduire avec l'unité et la concentration, comme “ ils l'avaient fait avec la multitude et l'éparpil

lage. Ce qui n'est pas moins remarquable, c'est

que Paul, qui a passé pour un fou, fut le pre“ mier qui, du fond de sa Russie, apprécia cette “ différence; tandis que le ministère Anglais, ré

puté si habile et de tant d'expérience, fut le 66 dernier.” “ Je laisse de côté les abstractions de votre révolution, m'écrivait Paul, je me tiens à un fait, il me suffit ; à mes yeux vous étes un gouvernement, et je vous parle, parce que nous pouvons nous entendre, et que je puis traiter.

" Quant au ininistère Anglais, il me fallut vain“ cre et forcer partout à la paix, l'isoler alsolu“ment du reste de l'Europe pour parvenir à m'en “ faire écouter; et encore n'entra-t-il en pourpar“ ler avec moi qu'en se traînant dans les ornières “ de la vieille routine. Il essayait de m'amuser

par des longueurs, des protocoles, des formes, “ des étiquettes, des antécédens, des incidens, que

sais-je ? Je ne fis qu'en rire, je me sentais si puissant!!! : “ Un terrain tout nouveau demandait des pro“ cédés tout nouveaux ; mais les négociateurs An

glais ne semblaient se douter ni du temps, ni “ des choses, ni des hommes. Ma manière les “ déconcerta tout-à-fait. Je débutai avec eux en

diplomatie comme j'avais fait ailleurs dans les armes. Voici mes propositions, leur dis-je tout d'abord ; nous sommes maîtres de la Hollande,

“ de la Suisse, je les abandonne contre les restitu“ tions que vous aurez à faire à nous ou à nos “ alliés; nous sommes maîtres aussi de l'Italie, “ j'en abandonne une partie, et conserve l'autre, " afin de pouvoir diriger et garantir l'existence et “ la durée du tout: voilà mes bases; à présent “ édifiez autour ce qu'il vous plaira, peu m'importe;

mais le but et le résultat doivent de“ meurer tels; je n'y changerai rien. Je ne pré

tends point acheter de vous des concessions ; “ mais faire des arrangemens raisonnables, honorsó ables et durables; voilà mon cercle. Vous ne “ vous doutez pas, à ce que je vois, ni de nos “ situations ni de nos moyens respectifs; je ne “ crains ni vos refus, ni vos efforts, ni tous les “ embarras que vous pourriez me créer ; j'ai les s bras forts, je ne demande qu'à porter.'

“ Ce langage inusité, continuait l'Empereur, eut

son effet; on n'avait prétendu que nous amuser “ à Amiens, et l'on y traita sérieusement. Ne “ sachant par où me toucher, ils m'offrirent de me “ faire roi de France. J'en levai les épaules de pitié. Ils s'adressaient bien .. Roi

par “ de l'étranger!.. Moi qui me trouvais déjà sou“ verain par la volonté du peuple !..

“ L'ascendant que je m'étais donné était tel, que durant les négociations même, je me fis adjuger par les Italiens la présidence de leur ré

publique, et que cet acte, qui, dans la diplo" matie ordinaire de l'Europe, eût enfanté tant

la grâce

“ d'incidens, n'interrompit, n'arrêta rien : on n'en “ conclut pas moins, tant ma brusque franchise “ m'avait plus servi que

n'eussent

pu

faire toutes “ les finasseries d'usage. Bien des pamphlets et “ bien des manifestes qui ne valent guère mieux, “ m'ont accusé de perfidie, de manquer de foi et “ de parole dans mes négociations : je ne le méri“ tai jamais ; les autres cabinets, toujours.

“ A Amiens, du reste, a-t-il dit, je croyais de " très-bonne foi, le sort de la France, celui de “ l’Europe, le mien, fixés ; la guerre

finie. C'est “le cabinet Anglais qui a tout rallumé; c'est à lui “ seul que l'Europe doit tous les fléaux qui ont “ suivi, lui seul en est responsable; pour moi

j'allais me donner uniquement à l'administration “ de la France, et je crois que j'eusse enfanté des

prodiges. Je n'eusse rien perdu du côté de la • gloire, mais beaucoup gagné du côté des jouissances ; j'eusse fait la conquête morale de l’Europe, comme j'ai été sur le point de l'accomplir par

les armes. De quel lustre on m'a privé! - On ne cesse de parler de mon amour pour

la guerre; mais n'ai-je pas été constamment oc“cupé à me défendre ? Ai-je remporté une seule

grande victoire, que je n'aie immédiatement proposé la paix ?

6. Le vrai est que je n'ai jamais été maître de mes “ mouvemens ; je n'ai jamais été réellement tout" à fait moi.

“ Je puis avoir eu bien des plans ; mais je ne

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“fus jamais en liberté d'en exécuter aucun. J'avais “ beau tenir le gouvernail, quelque forte que fût “ la main, les lames subites et nombreuses l'étaient “ bien plus encore, et j'avais la sagesse d'y céder,

plutôt que de sombrer en voulant y résister ob“ stinément. Je n'ai donc jamais été véritable“ment mon maître; mais j'ai toujours été gouverné

par les circonstances : si bien qu'au commence

ment de mon élévation, sous le consulat, de “ vrais amis, mes chauds partisans, me demand“ aient parfois, dans les meilleures intentions et

pour leur gouverne, je prétendais arriver; et “ je répondais toujours que je n'en savais rien. Ils “ en demeuraient frappés, peut-être mécontens, “ et pourtant je leur disais vrai. Plus tard, sous

l'empire, où il y avait moins de familiarité, bien “ des figures semblaient me faire encore la même

demande, et j'eusse pu leur faire la même réponse. C'est que je n'étais point le maître de

mes actes, parce que je n'avais pas la folie de “ vouloir tordre les événemens à mon système; “mais au contraire je pliais mon système sur la

contexture imprévue des événemens ; et c'est ce qui m'a donné souvent les apparences de mobilité, d'inconséquence, et m'en a fait accuser

parfois ; mais était-ce juste ?” Et après avoir traité beaucoup d'autres sujets encore, l'Empereur, plus loin, disait : “ Une de mes plus grandes “pensées avait été l'agglomération, la concentra“tion des mêmes peuples géographiques, qu'ont

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