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væu. Du reste, disais-je, ce ne fut pas la seule circonstance miraculeuse du petit cutter. On était au mois de Décembre, la nuit fort longue et des plus obscures ; on se savait au milieu des récifs ; mais, privé du mât et de tout secours nautique, on flottait à l'aventure, n'attendant de salut que du Ciel, quand on entendit le son d'une cloche. On sonda, et trouvant très-peu de fonds, on jeta l'ancre. Quelle ne fut pas, au point du jour, la surprise et la joie se voir à l'entrée de Landernau! La cloche qu'on avait entendue était celle de la paroisse voisine. Or le bâtiment avait merveilleusement traversé les innombrables écueils dont est semée l'entrée de Brest ; il avait entilé le goulet, passé à travers de trois ou quatre cents voiles qui couvraient la rade, et était venu trouver un abri précisément à l'entrée d'une rivière, sur un point calme et tout-t-à-fait à l'écart. “ Voyez,” disait l'Empereur, “toute la difference du tâtonne“ment des hommes, à la marche assurée, franche “de la nature; ce qui vous étonne si fort, devait « arriver. Très-probablement qu'avec toutes nos 6 connaissances humaines, le trouble, les erreurs 6 de nos sens, eussent amené le naufrage du bâti. “ ment. Au travers de tant de chances mal66 heureuses, la nature la sauvé sans hésitation, la “ marée s'en est saisie, et la force du courant l'a “ conduit, sans péril, précisément au milieu de “ chaque chenal ; de la sorte il ne devait, il ne “ pouvait pas périr, etc.”

Et revenant sur la guerre de la Vendée, il a

rappelé qu'il avait été tiré de l'armée des Alpes, pour passer à celle de la Vendée, et qu'il avait préféré donner sa démission, à poursuivre un service dans lequel, d'après les impulsions du temps, il n'eût pu concourir qu'à du mal, sans pouvoir personnellement prétendre à aucun bien. Il a dit qu'un des premiers soins de son consulat avait été de pacifier tout-a-fait ce malheureux pays, et de lui faire oublier ses désastres. Il avait beaucoup fait pour lui ; la population en avait été reconnaissante, et quand il l'avait traversé, les prêtres mêmes avaient semblé lui être sincèrement des plus favorables. “ Aussi, ajoutait-il, les dernières insur“ rections n'avaient-elles plus le même carac“ tère que la première : ce n'était plus du pur “ fanatisme; mais seulement de l'obéissance pas“ sive' à une aristocratie dominatrice. Quoiqu'il “ en soit, Lamarque, que j'y avais envoyé au fort “ de la crise, y fit des merveilles, et surpassa mes “ espérances.” Et de quel poids n'eussent pas du devenir ses actes dans la grande lutte; car les chefs vendéens les plus distingués, ceux sans doute qui recueillent, en ce moment, les bienfaits de la Cour, ont reconnu, entre ses mains, Napoléon pour Empereur, même après Waterloo, même après son abdication. Fut-ce de la part de Lamarque ignorance du véritable état des choses, ou seulement pure fantaise de vainqueur? Toutefois le voilà dans l'exil: il est du nombre des 38. “C'est “qu'il est plus facile de proscrire que de vaincre, c etc. etc.”

Il a pris fantasie à l'Empereur de venir diner" avec nous. C'était la première fois depuis son incommodité, c'est à-dire depuis seize jours. Cela nous semblait une petite fête ; toutefois nous ne pouvions nous empêcher de remarquer avec douleur une grande altération dans tous ses traits et des traçes visibles d'une aussi longue réclusion. .?

Après dîner, on a repris les lectures depuis si* long-temps interrompues. L'Empereur nous a lu' l'Agamemnon d’Eschyle, dont il a fort admiré"? l'extrême force, jointe à la grande simplicité. I Nous étions frappés surtout de la graduation de terreur qui caractérise les productions de ce père de la tragédie. Et c'est pourtant là; faisait-on observer, l'étincelle première à laquelle se rattache -> notre belle lumière moderne.

Après l'Agamemnon d’Eschyle, l'Empereur a? fait venir l'@dipe de Sophocle, qui nous a également fait le plus grand plaisir, et l'Empereur a ré-:' pété qu'il regrettait fort de ne l'avoir point fait jouer de la sorte à Saint-Cloud.

Talma avait toujours combattu cette idée ; mais l’Empereur disait être fâché de n'avoir point insisté,“ Non que j'eusse voulu essayer, ajoutait-il, “ d'en ramener la mode ou de corriger notre théâ“ tre, Dieu m'en garde; mais seulement parce que “ j'eusse aimé à juger des impressions de la facture? “ antique sur nos dispositions inodernes.” Il était persuadé qu'un tel spectacle eût fait grand plaisir, ** et il se demandait quel effet eussent pu produire,

avec notre goût moderne, le coryphée et les chæurs grecs, etc. etc. ". " . ; ".

Il est passé de-là à l'@dipe de Voltaire, qu'il a beaucoup vanté. Cette pièce lui présentait, disaitil, la plus belle scène de notre théâtre. Quant à ses vices, les amours si ridicules de Philoctète par exemple, il ne fallait point en accuser le poëte, mais bien les mæurs du temps et les grandes actrices du jour, qui imposaient la loi. Cet éloge de Voltaire, nous a frappés : il était nouveau pour nous, tant il était rare dans la bouche de l'Empereur.

A onze heures, et déjà couché, l’Empereur m'a fait appeler et a continué à causer sur notre théâtre et sur celui des Grecs et des Romains, au sujet desquels il a dit beaucoup de choses fort curieuses.

D'abord il s'étonnait que les Romains n'eussent point de tragédies; puis il convenait qu'elles eussent été peu propres à les émouvoir sur le théâtre; qu'elles se donnaient en réalité dans leurs cirques. “ Les combats des gladiateurs, disait-il, celui des “ hommes livrés aux bêtes féroces, étaient bien “ autrement terribles que toutes nos scènes dra“ matiques ensemble ; et c'étaient là, du reste, les “ seules tragédies, remarquait-il, propres à la “ trempe robuste, aux nerfs d'acier des Romains.”

Toutefois les Romains ont eu, disions-nous, quelques essais de tragédie, produits par Sénèque; et sa Medée, par parenthèse, présente une circonstance bien bizarre : c'est que le chąur y prédito

distinctement la découverte de l'Amerique, opérée 1400 ans plus tard. “Un nouveau. Typhon, y “ est-il dit, enfant de la terre, ira, dans les siècles “ à venir, découvrir vers l'Occident des régions “ éloignées, et Thulé ne sera plus l'extrémité de ► l'univers *.”

C

L'Empereur beaucoup mieux. Lui sauter ! - Madame

R..... de St-J... d'A....-Les deur Impératrices.Dépenses de Joséphine; mécontentemens de l'Empereur; anecdotes caractéristiques de l'Empereur.

9.-L'Empereur était infiniment mieux; entouré de nous, il parlait des prodiges du début de sa carrière, et disait qu'ils avaient dû créer une grande impression dans le monde. Une telle impression, a repris quelqu'un, qu'on avait été tenté d'y apercevoir du surnaturel ; et, à ce sujet, il a cité une anecdote qui, dans le temps, avait couru les salons

de Paris. Dans un quartier de la capitale, un nou· velliste entre, tout effaré, dans un cercle, annon

çant que Bonaparte vient de périr à l'instant : il raconte l'explosion de la machine infernale, et termine en disant: “Le voilà sauté en l'air.-- Lui sauter! s'écria un vieil Autrichien, qui avait écouté

. *............. venient annis

ins Sæcula seris quibus oceanus:
... Vincula rerum laxet, et ingens

Pateat tellus, Typhysque novos
Detegat orbes, nec sit terris

. . . ;
*Ultima Thule.

Fin du chcur du 2e acte de la Médée de Sénèque.

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