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tiré par la présence d'esprit et le courage d'un guide à cheval. - • • ! Le 1o, on partit de Suez; le gros de la caravane se dirigea sur Ageroud, et le général en chef, accompagné des généraux et de Monge, se porta au nord dans l'espoir de retrouver sur la plage, au fond du golfe, les vestiges de l'ancien canal des deux mers. On retrouva en effet la tête de ses digues, le général en chef les remarqua le premier. Elles étaient peu sensibles à leur naissance à cause des sables qui avaient comblé le canal dans quelques parties. Il en suivit les traces sur environ cinq lieues. C'était là le terme de ses vestiges, parce qu'à cette distance il débouchait dans les lacs amers. Satisfait de cette découverte , et voyant la nuit s'approcher, Bonaparte voulut rejoindre la caravane à Ageroud. Il prit les devans avec Berthier, et accompagné de deux guides à cheval. La position de ce lieu était inconnue, et, pour ne pas s'égarer, Bonaparte se dirigea du côté où le soleil se couchait. Après un trajet de trois lieues, il arriva heureusement à Ageroud et rejoignit la caravane chargée de l'eau et des vivres. Il eût couru plus de dangers, si la nouvelle de son voyage à Suez n'eût écarté les Arabes de ces parages. Pour signaler sa présence et le lieu du bivouac aux officiers qui étaient restés en arrière, dans l'obscurité de la nuit, il fit tirer le canon, allumer des feux sur les tours du château, et porter sur quelques points élevés de la route qu'il venait de parcourir des fanaux dont les caravanes sont toujours munies pour éclairer leur

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marche dans la nuit. Ces fanaux sont fort simples : c'est un réchaud cylindrique dans lequel on entretient un feu vif et brillant, en y brûlant des morceaux très-secs de sapin. Ces réchauds sont fixés à la partie supérieure d'un bâton de cinq à six pieds de hauteur qu'on fiche en terre lorsqu'on veut s'arrêter. Si la caravane marche de nuit, elle a à sa tête plusieurs hommes qui portent de pareils réchauds, qu'ils ont soin de tenir élevés, afin que leur flamme soit aperçue de chaque voyageur ". Tout le monde fut rallié dans la soirée. Le lendemain, la caravane se divisa en deux parties, l'une, composée de marchands, prit la route du Kaire, l'autre se dirigea vers Belbeïs. Le général en chef qui, avec un piquet de cavalerie, précédait sa troupe, donna sur une troupe d'Arabes conduisant des, chameaux. On reconnut qu'ils étaient de la tribu des Billys, et on cessa la poursuite, parce qu'on était en paix avec eux. , La troupe continuait sa route au milieu d'un désert immense. « Que vous semble de tout ceci ? citoyen Monge, dit le général en chef, interpellant ce mathématicien. —Mais, citoyen général , je pense que si jamais on voit ici autant de voitures qu'à l'Opéra, il faudra qu'il se soit passé de fameuses révolutions sur le globe *. » Il y en avait cependant une à six chevaux, c'était celle du général en chef qui marchait en avant de la caravane et dont il ne se sèrvit pas, car il voyagea toujours à cheval; elle étonnait fort les Arabes. Napoléon disait que le désert avait toujours eu pour lui un attrait particulier. Il ne l'avait jamais traversé sans une certaine émotion. C'était pour lui l'image de l'immensité. Il ne montrait point de bornes, n'avait ni commencement ni fin ; c'était un Océan de pied ferme. Ce spectacle flattait son imagination et il se complaisait à faire observer que Napoléon veut dire lion du désert ". Bonaparte arriva à Belbeïs le 12 nivôse au soir ; il employa la journée du 13 à visiter les fortifications , les divers établissemens, et passa la revue des troupes. On aperçut du haut des remparts une troupe d'Arabes de la tribu des Soharrâh , ennemis acharnés des Français, qui venaient sou

, " C'est ainsi que Dubois-Aymé, dans son mémoire sur le séjour

des Hébreux en Égypte, explique les miracles de la colonne de

feu et de la nuée. - - - - - * Las Cases, tome v, page 78.

vent inquiéter les communications et ravager le

Charqyeh. Le chef d'escadron Croisier, aide-de-
camp du général en chef, leur donna la chasse,
leur prit 9 hommes et 3o chameaux chargés de
dattes. -
Le même jour, le général en chef écrivit au
divan du Kaire. ' • ;

« J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite ; je

l'ai lue avec le plaisir que l'on éprouve toujours

lorsqu'on pense à des gens que l'on estime et sur

l'attachement desquels on compte.
Dans peu de jours, je serai au Kaire. -
Je m'occupe dans ce moment-ci à faire faire les

" Las Cases, tome v, page 78.

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opérations nécessaires pour désigner l'endroit par où l'on peut faire passér les eaux pour joindre le Nil et la Mer-Rouge. Cette communication a existé jadis, car j'en ai trouvé la trace en plusieurs endroits. J'ai appris que plusieurs pelotons d'Arabes étaient venus commettre des vols autour de la ville. Je désirerais que vous prissiez des informations pour connaître de quelle tribu ils sont; car mon intention est de les punir sévèrement. Il est temps enfin que ces brigands cessent d'inquiéter le pauvre peuple qu'ils rendent bien malheureux. Croyez, je vous prie, au désir que j'ai de vous faire du bien. » - Le 14, Bonaparte partit, accompagné de Berthier et Caffarelli, pour aller à Abou-Keycheïd , chercher les vestiges du canal dont il avait visité l'extrémité orientale, en partant de Suez.Arrivé à ce point, il en trouva de nouveau les traces, et les suivit pendant plusieurs lieues dans la direction de l'ouest jusqu'à Abâseh où l'on suppose qu'il avait sa jonction avec la branche pélusiaque. Il châtia, en route, un parti d'Arabes Soharrâh, non loin du village de Kâraïm, ainsi que ceux de la tribu qui avait pillé la caravane des haggis ( pélerins). Il retourna à Belbeïs d'où il partit le 17 nivôse pour se rendre au Kaire. Il fit encore quelques excursions dans le désert, et envoya de forts détachemens pour soumettre les Soharrâh qui infestaient toujours cette contrée. On leur fit des prises considérables. · De retour au Kaire, occupé des reconnaissances qu'il avait faites pendant son voyage, et désirant vivement avoir des données plus positives, il chargea l'ingénieur Lepère d'y travailler et de les lui soumettre le plus tôt possible. Il fit fournir tout ce qui était nécessaire aux ingénieurs pour un assez long séjour dans le désert, et pour y faire les opérations de levée de plans et de nivellement. Suez fut choisi comme point de départ. Ce travail fut fait.

Le général en chef désirait que la position du puits d'El-Batar, qui se trouvait vers la moitié du chemin du Kaire à Suêz, fût déterminée; que les ingénieurs se munissent de tout ce qui serait nécessaire pour descendre dans ce puits; qu'ils reconnussent si on avait creusé jusqu'au roc, et s'il serait possible de creuser davantage; enfin qu'ils mesurassent la distance du Kaire à Suez par la route d'Ageroud et par celle de la vallée de l'Égarement ". - - : ::: t * :

Lepère partit avec plusieurs ingénieurs, sous l'escorte du général Junot qui allait commander à Suez. Le général en chefy envoya aussi le contreamiral Gantheaume qui, étant simple commandant d'un vaisseau de la compagnie des Indes, y avait ; en 1791, pénétré par la Mer-Rouge. .. o . .. !

Il devait passer une inspection rigoureuse de tous les établissemens de la marine ; donner les ordres pour que tous les magasins et établissemens fussent conformes au projet qu'avait le général en chef d'organiser et de maintenir à Suez un petit arsenal de construction, et faire mettre en chantier une goëlette. | | | | t o

' Lettre de Bonaparte à Caffarelli, du 25 nivôse.

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