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devant Acre par le pacha de Damas et perdus sans ressonrce, il désespéra de la cause française. D'un caractère faible et irrésolu, cet homme , que le général en chef avait comblé de bienfaits, ne put résister aux offres séduisantes que lui firent le pacha d'Acre et les Anglais. Le faux bruit de la mort de Bonaparte lui étant bientôt parvenu par la même voie, il se crut dégagé de ses sermens, et, pour se réconcilier avec la Porte, il osa, à la tête des militaires de sa maison, de 4oo cavaliers arabes et de la population de 6 villages, lever l'étendard de la révolte. Il répandit une proclamation dans le Charqyeh, annonçant que le sultan Kébir " avait péri avec toute son armée devant Acre. Il se porta sur Mit-Gamar, y arrêta 2 barques sur le Nil, massacra 2o Français qui les montaient, s'empara de 6 pièces de canon destinées à l'armée de Syrie, et intercepta les communications du Kaire avec Damiette. Il alla ensuite établir son quartier-général dans le camp des Arabes Billys. Le général Lanusse partit de Menouf avec une colonne mobile de 6oo hommes, passa le Nil et entra dans le Charqyeh. Après divers petits combats, il parvint à cerner Mustapha, l'attaqua vivement, mit à mort tout ce qui essaya de se défendre, dispersa les Arabes, et brûla, pour faire un exemple, le village le plus coupable. L'émir - haggi perdit en un jour tous les biens que Bonaparte lui avait donnés , ses trésors qui étaient au Kaire, et la réputation d'un homme d'honneur qu'il avait eue jusqu'alors. Chassé, poursuivi, il gagna le désert, accompagné de 15 de ses gens, et alla se réfugier à Jérusalem *. . * .

* Bonaparte.

Une insurrection d'un caractère plus grave encore que celle de l'émir-haggi, et qui faillit embraser toute l'Égypte, éclata peu de temps après , dans la province de Bahyreh. Un homme du désert de Barca, jouissant d'une grande réputation de sainteté dans sa tribu, s'imagina ou voulut faire croire qu'il était l'ange El-Mohdy que le prophète promet dans le Koran d'envoyer au secours des fidèles, dans les circonstances les plus critiques. Réunissant toutes les qualités propres à exciter le fanatisme du peuple, il n'eut pas de peine à faire croire qu'il était un être surnaturel et qu'il vivait de sa substance. Il était nu comme la main ; tous les jours, il trempait ses doigts dans un vase de lait, et les passait sur ses lèvres , disant que c'était là sa seule nourriture. Il se forma une garde de 12o fanatiques de sa tribu, et se rendit dans la grande oasis où il trouva par hasard une caravane de 2oo Maugrabins de Fez, qui, fanatisés par ses discours, se rangèrent sous ses ordres. Sa troupe était bien armée et avait une grande quantité de chameaux. L'ange El-Mohdy traversa le désert et se dirigea sur le Bahyreh. Il entra à Damanhour, surprit 6o hommes de la légion nautique, les égorgea, s'empara de leurs fusils et

" Lettre de Bonaparte au Directoire, du 2 messidor, — moires de Napoléon, Gourgaud, tome II, p. 515.

d'une pièce de 4. Fier de ce succès, il se rendit dans les mosquées de Damanhour et des villages environnans, excitant les habitans à la révolte. Un grand nombre de partisans accourut de toutes parts sous son drapeau. Il se disait incombustible et invulnérable; il assurait que tous ceux qui marcheraient avec lui n'auraient rien à craindre des fusils, baïonnettes et canons des Français ". Il parvint à recruter dans le Bahyreh 3 ou 4,ooo hommes, parmi lesquels 4 ou 5oo étaient bien armés. Il arma les autres de piques et de pelles, et les exerça à lancer de la poussière contre l'ennemi , déclarant que cette poussière bénie rendrait vains tous les efforts des Français. Le chef de brigade Lefebvre qui commandait à Rahmanieh, laissa 5o hommes dans le fort et partit pour reprendre Damanhour, avec 4oo hommes. L'ange El-Mohdy marcha à sa rencontre avec des forces beaucoup supérieures. Le combat s'engagea. Le feu devint très-vif entre les gens armés de l'ange et la troupe française; alors des colonnes de fellâh débordèrent ses flancs et la tournèrent en soulevant des nuages de poussière. Le chef de brigade Lefebvre sentit l'impossibilité de mettre à la raison une aussi grande quantité d'hommes fanatisés dont le nombre croissait toujours, rangea sa troupe en bataillon carré, les fusilla pendant toute la journée, en tua plus de 1,ooo, et fit sa retraite sur Rahmanieh. Les Mu

· · On avait vu les mêmes artifices employés dans la Vendée pour exalter le courage des paysans révoltés.

sulmans blessés et les parens des morts murmurèrent, et firent de vifs reproches à l'ange ElMohdy qui les avait assurés qu'ils seraient à l'abri des balles. Il apaisa leurs murmures en disant qu'aucun de ceux qui avaient marché en avant avec confiance n'avait péri; mais que ceux qui avaient reculé parce que la foi n'était pas entière dans leur coeur , avaient été punis par le prophète. Cet événement, qui devait ouvrir les yeux sur son imposture, consolida son pouvoir; il ré' gna alors à Damanhour. H était à craindre que l'esprit de révolte ne gagnât les provinces environnantes et qu'elles ne se soulevassent ; mais une proclamation des cheyks du Kaire arriva à temps et empêcha une insurrection générale. Le général Lanusse, après avoir battu l'émir-haggi dans le Charqyeh, traversa le Delta avec sa colonne mobile et entra dans le Bahyreh. Il rencontra l'ange El-Mohdy le 19 floréal (8 mai), le combattit, passa au fil de l'épée 1,5oo hommes , au nombre desquels se trouva l'ange El-Mohdy luimême. Lanusse entra ensuite à Damanhour, et , pour punir les habitans de leur révolte, il brûla la ville, après l'avoir livrée au pillage ". Pendant ce temps-là, les Anglais étant entrés avec plusieurs vaisseaux dans la Mer-Rouge, faisaient une tentative-contre Suez. La canonnade s'engagea; mais ayant reconnu que la ville était *

" Lettre de Bonaparte au Directoire, du 2 messidor.-Mémoires de Napoléon, Gourgaud, tome II, page 318.

munie d'une nombreuse artillerie, ils se retirèrent et ne parurent plus. Quelques partis de Mamlouks, chassés du Sayd par Desaix , étaient descendus dans la BasseÉgypte où ils cherchaient à soulever les Arabes et les fellâh ; poursuivis et battus plusieurs fois par le chef de brigade Destrée, ils étaient descendus dans le Charqyeh. Dugua ordonna au général Davoust de s'y porter. Il attaqua Elfy-Bey et les Arabes Billys, le 19 floréal; Elfy-Bey, après avoir perdu ses trois principaux kachefs et une grande partie de son monde, s'enfonça dans les déserts. Tous les mouvemens qui avaient eu pour but de troubler la tranquillité de l'Égypte, tenaient à un grand plan conçu par les Anglais. Ne pouvant eux - mêmes rien entreprendre contre les Français, ils cherchaient par leur or et par leurs intrigues à leur susciter des ennemis sur tous les points. Nulle circonstance ne semblait plus pro| pre à seconder leurs vues que l'absence de Bonaparte et d'une grande partie de ses troupes ; mais ce qui restait encore en Égypte de cette admirable armée était inspiré par le génie de son général et suffit pour déjouer tous les efforts de ses nombreux ennemis. Au milieu de l'incendie qu'ils · avaient allumé, la ville du Kaire resta calme, grâce aux bonnes dispositions des habitans, aux sages mesures et à l'habileté du général Dugua et de Poussielgue. Cet administrateur visitait les principaux habitans et surtout les chefs de la religion qui se trouvaient fort honorés de ces égards

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