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ceinte à l'antique avec des tours, un château qui défend le port et la rade, dominé de très-près par des mamelons du Carmel. Le général Kléber se porta sur Caïffa et y entra sans résistance. L'ennemi venait de l'évacuer, emportant l'artillerie et les munitions. On trouva dans la ville des magasins de coton, 2o,ooo rations de biscuit, autant de riz et 3,ooo quintaux de blé destiné à approvisionner l'escadre anglaise qui bloquait Alexandrie. \ Le général en chef laissa la garde de Caïffa au corps de dromadaires, fort de 88 hommes, sous les ordres du chefd'escadron Lambert. Il fit ensuite défiler l'armée sur Saint-Jean-d'Acre.Elle se mit en marche dans la journée du 27. L'avant-garde aperçut en mer une division anglaise qui avait mouillé la veille dans la rade de Caïffa. Elle était commandée par le commodore Sidney-Smith, et faisait partie de l'escadre qui avait tenté le bombardement d'Alexandrie. Informé par Djezzar de l'entrée de l'armée française en Syrie, ce commodore s'était empressé d'aller à son secours, et était arrivé à Caïffa deux jours avant les Français. Ses deux plus gros vaisseaux étaient le Tigre et le Theseus. Les chaloupes du Tigre firent feu sur les Français et les contraignirent de s'éloigner de la côte. Le temps était brumeux et les chemins très-mauvais. L'armée arriva le soir à l'embouchure de la Kerdanneh, petite rivière qui coule à 1,5oo toises d'Acre, et y passa la nuit. Le général en chef écrivit par un cheyk arabe au gé

néral Reynier, qu'il croyait être arrivé à Césarée, de faire filer sur Caïffa le riz et le biscuit qui devaient lui être arrivés; de laisser un bataillon à Césarée, et de rejoindre l'armée avec le reste de sa division ". Par la même occasion, Bonaparte instruisait le commandant de Jaffa, Grézieux, de la prise de Caïffa et du combat de Qaqoun; il lui demandait des approvisionnemens, et lui prescrivait diverses mesures pour la sûreté de la flottille, dès qu'elle serait arrivée à Jafsa *.

Aussitôt que le général en chef fut instruit de la présence de la croisière anglaise devant SaintJean-d'Acre, il conçut de justes inquiétudes sur le sort des convois qu'il avait ordonné d'expédier d'Alexandrie et de Damiette. Il écrivit à Gantheaume de donner contre - ordre au capitaine Stanglet, et, s'il était déjà parti, de le faire rentrer à Damiette ou à Burlos; d'ordonner au contreamiral Perrée de ne point effectuer sa sortie, et, dans le cas où il l'aurait opérée , de lui donner l'ordre , à Jaffa , de faire une tournée du côté de Candie, afin de recueillir des nouvelles d'Europe, et de revenir 15 ou 2o jours après son départ de Jaffa , prendre d'autres instructions à Damiette *.

Mais ces précautions étaient en partie superflues; il était trop tard, du moins en ce qui con

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cernait la flottille de Stanglet. Au moment où · Bonaparte prenait les mesures nécessaires pour éviter qu'elle ne fût prise , elle tombait au pouvoir des Anglais. Elle doublait le Mont-Carmel lorsque le Tigre l'aperçut; il la poursuivit et l'eut bientôt atteinte. Sept des bâtimens qui la composaient amenèrent pavillon; il ne s'en échappa que trois. Cependant, un pont avait été établi dans la nuit du 27 au 28 sur la Kerdanneh, le Bélus des anciens, dont les eaux coulaient à peine dans un fond marécageux. L'armée passa cette petite rivière le 28, dès la pointe du jour, et prit position sur une hauteur à 1,ooo toises d'Acre, d'où Bonaparte fit l'examen de la place. L'ennemi occupait des jardins en dehors de la ville ; le général en chef le fit attaquer; on le rejeta derrière ses murs.

DEUXIÈME PÉRIODE.

Bonaparte envoie des paroles de paix aux habitans du pachalic d'Acre.-Les Druses se soumettent à l'armée française.—Siége d'Acre.-Bonaparte fait occuper les forts de Saffet et de Sour. -Combats de Nazareth et de Loubi.—Bataille du Mont-Thabor. - Rapports entre Bonaparte et Sidney-Smith. — Desgenettes s'inocule la peste.—Une flotte turque apporte des renforts à Acre.-Dernières tentatives de Bonaparte pour s'emparer de cette place.

Avant d'investir la ville d'Acre , Bonaparte voulut se concilier les habitans du pachalic de Djezzar, ainsi que les cheyks, ulemas, schérifs et orateurs des mosquées. Il leur adressa une proclamation semblable à celles qu'il avait répandues dans la Palestine, menaçant ses ennemis et promettant assistance et protection à ceux qui seraient bien intentionnés pour l'armée. « Dieu donne la victoire à qui il veut, leur disait-il. Il n'en doit compte à personne; les peuples doivent se soumettre à sa volonté. En entrant avec mon armée dans le pachalic d'Acre, mon intention est de punir Djezzar d'avoir osé me provoquer à la guerre, et de vous délivrer des vexations qu'il exerce envers le peuple. Dieu, qui tôt ou tard punit les tyrans, a décidé que la fin du règne de Djezzar était arrivée.Vous, bons musulmans, habitans, vous ne devez pas prendre l'épouvante, car je suis l'ami de tous ceux qui ne commettent point de mauvaises actions et qui vivent tranquilles ". »

Alors les habitans des villages qui entouraient la plaine de Saint-Jean-d'Acre apportèrent des provisions au camp. Les Druses descendirent de leurs montagnes et vinrent saluer Bonaparte. Les Druses sont une nation syrienne qui habite le Liban. On ignore leur origine. Ils sont chrétiens, mais non catholiques. Soit haine pour les mahométans qui les opprimaient, soit entraînement naturel pour leurs coréligionnaires , ils montrèrent les dispositions les plus favorables aux Français. Bonaparte les reçut devant sa tente. Ils avaient à leur tête le fils du fameux Omar-Daher, guerrier ambitieux qui, après avoir bravé la Porte, élevé sa fortune par son cQurage et sa constance, et régné à Saint-Jean-d'Acre, avait fini par succomber à l'âge de 9o ans; il avait été remplacé par Achmet-Djezzar qui avait contribué à sa chute. Bonaparte flatta les ressentimens du fils de Daher, et lui écrivit qu'en considération de son mérite personnel, et convaincu qu'il serait, comme son père, ennemi des vexations et bienfaiteur du peuple, il le nommait pour commander dans toute la Tibériade, en attendant qu'il pût le faire aussi grand que son père. Il ordonna aux grands et au peuple de reconnaître Abbas - Daher pour leur cheyk. Il le revêtit d'une pelisse, et ordonna au cheyk de Nazareth de lui faire remettre les maisons, jardins et autres propriétés que son père y avait possédés ". Il écrivit aussi au cheyk Mustapha-Bekyr, un des chefs de la nation druse , recommandable par ses talens et son crédit, que Djezzar avait persécuté et tenu pendant sept ans dans les fers. En annonçant à ce cheyk les malheurs qui allaient fondre sur le pacha d'Acre : « Ils doivent vous être agréables, lui mandait Bonaparte, car la tyrañnie de cet homme féroce a longtemps pesé sur la brave nation druse ; mon intention est de la rendre indépendante, d'alléger le tribut qu'elle paie, et de lui rendre le port de Baïrout et autres villes nécessaires pour les débouchés de son com- ' merce. Je désire que vous veniez vous-même le

' Proclamabion du 28 ventôse (18 mars).

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