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jeter sur un sol étranger le germe de ce système de dotations qui se développa dans l'empire français sous Napoléon. Il donna en toute propriété, dans l'île de Roudah, au général Lannes, la maison qu'il occupait avec 2o feddams de terre; aux généraux Murat et Dommartin, les maisons qu'ils habitaient avec les jardins. Il ordonna que la partie qui restait de cette île, excepté les lieux où étaient le Meqyas et une batterie, et l'île vis-à-vis Boulaq où était le lazaret, seraient partagées chacune en dix portions qu'il se réserva de donner à des officiers de l'armée. Le chefde l'état-major-général fut chargé d'annoncer à ces trois généraux que ces biens leur étaient donnés en gratification extraordinaire pour les services qu'ils avaient rendus dans la campagne, et les dépenses qu'elle leur avait occasionées ". Il donna au même titre et par la même considération 12 actions de la compagnie d'Égypte, ap· partenant à la République, aux chefs de brigade Boyer de la 18°., Darmagnac de la 32°., Conroux de la 61°., Lejeune de la 22°., Delorgne de la 13°., Maugras de la 75°., Venoux de la 25°., au chef de brigade de la 9°., aux colonels Duvivier du 14". de dragons, Bron du 3°. , Pinon du 15°., et à l'adjudant-général Grezieux *. Bonaparte écrivit à Marmont : « Vous ferez sortir un parlementaire pour prévenir le commandant anglais que plusieurs avisos de sa nation ont,

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à différentes époques, échoué sur la côte : que nous avons sauvé les équipages ; qu'ils sont dans ce moment au Kaire où ils sont traités avec tous les égards possibles; que ne les regardant pas comme prisonniers, je les lui enverrai incessamment * » .

Ils étaient en effet libres sur parole ; ils se mêlaient avec les troupes pour assister aux revues , et s'approchaient de Bonaparte jusqu'à toucher son cheval. Un de ses officiers ayant cherché à lui inspirer quelque crainte, il répondit en souriant : « Si vous craignez pour votre vie, moi je ne crains rien : les Anglais ne sont pas des assassins ». Passant un jour auprès de leur logement, il aperçut la femme d'un matelot allaitant un enfant, lui envoya un pot de lait et du linge, et continua de lui faire remettre chaque jour quelque chose. Un bateau de comédiens qui venait d'Alexandrie, ayant chaviré sur le Nil tout près du Kaire, les officiers et matelots anglais se trouvant sur le rivage se jetèrent à l'eau et sauvèrent sept individus d'une mort certaine. Bonaparte les fit appeler, les loua de leur conduite, fit donner 2oo fr. à chaque officier et 5o à chaque matelot, et leur fit délivrer des passeports pour retourner librement à bord de la croisière. Et, comme ils le remerciaient, il leur dit en souriant : « Fortune de guerre ! » Ces faits sont racontés par un des prisonniers même ".

" Lettre du 17 pluviôse. * Jean Monkhouse, officier de marine. Relation des six dernières semaines de la vie de Napoléon.

Bonaparte ordonna à l'aga des janissaires et aux agens de la police de publier au Kaire qu'on jouirait pendant la nuit du rhamadan de toute la liberté d'usage. Il écrivit au divan pour qu'il fît tout ce qui dépendrait de lui, afin que cette fête fût célébrée avec plus de pompe et de ferveur que les autres années. Il assista à cette solennité le 21 pluviôse, et y remplit les fonctions qui appartenaient au pacha. Il en envoya à Marmont une relation avec une proclamation du divan pour les répandre non-seulement dans sa province , mais encore par tous les bâtimens qui partiraient ".

Jetons un coup-d'œil rapide sur le système de fortification et de défense appliqué par Bonaparte à l'Egypte. Tout y avait été nouveau pour les Français, sol, climat, tactique des Mamlouks , moeurs des habitans. Ils avaient eu à combattre non-seulement la force armée du pays, les Mamlouks, mais encore les Arabes et les cultivateurs. Il avait fallu s'établir et se fortifier contre les ennemis intérieurs et extérieurs.

L'Égypte n'offrait point ces lignes naturelles de défense, ces grandes chaînes de montagnes ou ces rivières qui, en Europe, déterminent les systèmes de fortification, d'attaque et de défense d'un pays. Elle n'avait pas de ces postes dont la possession entraîne celle d'une province. La côte de la Méditerranée est plane et accessible. Excepté dans

" Lettres de Bonaparte au divan, au Directoire, à Marmont, des 11, 21 et 22 pluviôse.

la saison de l'inondation, l'ennemi pouvait pénétrer facilement dans le pays. Tout était ouvert devant lui. Il ne pouvait être arrêté dans sa marche que par quelques corps d'armée occupant les points resserrés entre le Nil et les lacs. Des fortifications, pour défendre le passage des bouches du fleuve, pouvaient le gêner dans ses opérations; mais elles n'étaient rien sans la protection d'une al'Ill66 .

Du côté de la Syrie, les difficultés qu'offrait le passage du désert n'étaient pas insurmontables. Une fois vaincues, le pays était entièrement ouvert. Si les Turcs, seuls ennemis dont Bonaparte put, dans le principe, prévoir l'attaque, pénétraient dans l'intérieur du pays, c'était seulement avec une armée qu'on pouvait les combattre et contenir la population. Toutes ces considérations le déterminèrent donc à adopter pour principe que l'Egypte devait être défendue par une armée, plutôt que par des fortifications.

Cependant la difficulté des transports , le genre de nourriture des habitans, si différent de celui des Français, et le besoin de réunir d'avance des subsistances sur les points où l'armée aurait à s'assembler, exigeaient qu'on y formât des magasins de vivres et de munitions. Pour la sùreté des dépôts, il fallait les protéger par des postes fortifiés. Il convenait que ceux de ces postes qui étaient sur l'extrême frontière fussent en état de résister aux attaques de l'ennemi, en attendant la réunion de l'armée.

Le maintien de la tranquillité dans l'intérieur du pays exigeait aussi des postes fortifiés, capables d'imposer aux habitans, et de servir de retraite aux détachemens français. - · Bonaparte détermina d'après ces principes le centre des opérations et des dépôts de l'armée, les postes extrêmes et les postes intermédiaires ; il établit sur le Nil une marine capable de protéger les mouvemens et les transports. Les travaux de fortification furent fort difficiles à organiser ; méthodes de construction, moyens d'exécution et de transport, tout était différent des usages européens. Il fallut fabriquer des outils; les soldats pouvaient difficilement y être employés. Les Égyptiens y venaient avec peine. Cependant, malgré tous les obstacles, les fortifications s'élevèrent partout avec une rapidité qui les surprit, et fit une grande impression sur eux. Considérée par les Egyptiens comme donnant à celui qui l'occupe la domination sur le pays, centre du gouvernement et du commerce, la ville du Kaire se présentait naturellement par sa posi, tion comme le centre de toutes les opérations mi· litaires, et où la réserve, les hôpitaux, les magasins, les ateliers, les administrations générales pouvaient être en sûreté. On trouva les conditions nécessaires à une capitale militaire dans l'ensemble du Kaire, de Boulaq, du Vieux-Kaire, de Gizeh et de l'île de Roudah. Elle fut choisie pour être le lieu du rassemblement d'où l'armée pourrait se porter sur les points où sa présence serait

nécessaire. Son étendue et sa population ne perToME II. GUERRE D'ÉGYPTE. 9

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