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de faire également couper la tête aux Mamlouks, et d'envoyer les trois pièces de canon à Gizeh ; de publier une proclamation dans la province pour que les villages qui avaient des canons eussent à les remettre dans le plus court délai *. Les consuls étrangers, à Alexandrie, reçurent une lettre de l'amiral anglais et la publièrent sans la permission du général Marmont. Le général en chef lui en témoigna son étonnement. « Faitesleur rendre compte, lui écrivit-il, qui leur a remis cette lettre, et faites-leur connaître que, si, à l'avenir, ils ne vous remettaient pas, toutes caehetées, les lettres qu'ils recevraient, vous les feriez fusiller. Si ce cas se présentait, vous m'enverriez la lettre toute cachetée. » · · · · Un nommé Jennovisch, capitaine impérial, vint à Alexandrie; Bonaparte donna l'ordre à Marmont de mettre le scellé sur ses effets, et de l'envoyer sous bonne escorte au Kaire. « Vous aurez soin , hui mandait-il, de le faire mettre nu, et de prendre tous ses habillemens que vous ferez découdre pour vous assurer qu'il n'y a rien dedans.Vous lui ferez donner d'autres habits. L'envoi de cet homme à Alexandrie me paraît suspect : du reste, je suis fort aise qu'il y soit, puisqu'il nous donnera des nouvelles du continent; mais qu'il ne parle à perSOnne *. » - · · · , · Jusqu'à ce moment, l'état sanitaire de l'armée avait été satisfaisant ; on n'y avait pas vu le moin

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dre symptôme de peste ; vers la fin de frimaire , elle se déclara à Alexandrie dans l'hôpital de la marine. Il y eut beaucoup de lenteur dans les déclarations, et par conséquent dans les mesures de précaution et d'isolement nécessaires pour empêcher la maladie de se propager. Elle se communiqua aux troupes de terre. - L'ordonnateur des lazarets reçut l'ordre de Bonaparte de se concerter avec le médecin en chef, et lui demanda s'il fallait brûler les effets des pestiférés, ou se contenter de leur lavage et sérénage. Desgenettes répondit que leur brûlement était une mesure indispensable. Il fit cependant observer au général en chef que ce parti pourrait entraîner beaucoup de dépense, soit par la perte des fournitures appartenant à l'État , soit pour les indemnités qui seraient réclamées par les particuliers. Bonaparte répondit comme le héros du Tasse quand il rejette la rançon d'Altamore : « Je suis venu ici pour fixer l'attention et reporter l'intérêt de FEurope sur le centre de l'ancien monde, et non pour entasser des richesses ». On brûla donc les effets des pestiférés ou des malades suspects de la peste ". | Le général en chef écrivit à Marmont : « Faites faire tous les cinq jours une visite des hôpitaux par un officier supérieur de ronde qui prendra toutes les précautions nécessaires, qui visitera tous les malades, et fera fusiller sur-lechamp, dans la cour de I'hôpital, les infirmiers

" Desgenettes, Histoire médicale de l'armée d'Orient, pag. 25.

ou employés qui auraient refusé de fournir aux malades les secours et les vivres dont ils ont besoin. Cet officier, en sortant de l'hôpital, sera mis pour quelques jours en réserve dans un endroit particulier. Vous avez bien fait de faire donner du vinaigre et de l'eau-de-vie à la troupe. Épargnez l'un et l'autre; il y a loin d'ici au mois de juin ". » La peste étendit ses ravages ; plusieurs corps en furent atteints. Bonaparte envoya à Marmont une longue instruction faite pour servir de modèle à tout général d'armée. Ses recettes étaient simples et décisives. Il ne puisait pas dans les pharmacies; l'eau, l'air, la propreté formaient tout son formulaire. On y reconnaît ce coup-d'œil prompt à juger les choses, et cet esprit fécond en ressources que rien n'embarrassait, et qui trouvait remède à tout. « J'imagine, écrivit-il, que vous aurez changé la manière de faire le service d'Alexandrie.Vous aurez placé aux différentes batteries et aux forts de petits postes stables et permanens : ainsi, par exemple, à lahauteur du fort de l'Observation, à la batterie des bains, vous aurez placé 12 à 15 hommes qui ne devront pas en sortir, et que vous tiendrez là sans communication, Ces 12 à 15 hommes fourniront le factionnaire nécessaire pour garder le poste. L'état de la mer vous dispense d'avoir aujourd'hui une grande surveillance; ainsi vous vous trouvez avoir besoin de fort peu de monde. Pourquoi avez-vous des grenadiers pour faire le service en ville ? Je ne conçois rien à l'obstination du commissaire des guerres Michaut à rester dans sa maison, puisque la peste y est. Pourquoi ne va-t-il pas se camper sur un monticule du côté de la colonne de Pompée ?

*, Lettre du 27 nivôse.

Tous vos bataillons sont, l'un de l'autre, au moins à une demi-lieue. Ne tenez que très-peu de chose dans la ville ; et, comme c'est le poste le plus dangereux, n'y tenez point de troupe d'élite. Mettez le bataillon de la 75°. sous ces arbres où vous avez été longtemps avec la 4°. d'infanterie légère. Qu'il se baraque là en s'interdisant toute communication avec la ville et l'Égypte. Mettez le bataillon de la 85°. du côté du Marabou : vous pourrez facilement l'approvisionner par mer. Quant à la malheureuse demi-brigade d'infanterie légère, faites-la mettre nue comme la main, faiteslui prendre un bon bain de mer; qu'elle se frotte de la tête aux pieds; qu'elle lave bien ses habits, et que l'on veille à ce qu'elle se tienne propre. Qu'il n'y ait plus de parade ; qu'on ne monte plus de garde que chacun dans son camp. Faites faire une grande fosse de chaux vive pour y jeter les ImOrtS.

Dès l'instant que, dans une maison française, il y a la peste, que les individus se campent ou se baraquent; mais qu'ils fuient cette maison avec précaution, et qu'ils soient mis en réserve en plein champ. Enfin, ordonnez qu'on se lave les pieds, les mains, le visage tous les jours, et qu'on se tienne propre.

Si vous ne pouvez pas garantir la totalité des corps où cette maladie s'est déclarée , garantissez au moins la majorité de votre garnison. Il me semble que vous n'avez encore pris aucune grande mesure proportionnée aux circonstances. Si je n'avais pas à Alexandrie des dépôts dont je ne puis me passer, je vous aurais déjà dit : partez avec votre garnison, et allez camper à 3 lieues dans le désert. Je sens que vous ne pouvez pas le faire. Approchez-en le plus près que vous pour- . rez. Pénétrez-vous de l'esprit des dispositions contenues dans la présente lettre ; exécutez-les autant que possible, et j'espère que vous vous en trouverez bien ". »

Les généraux Lagrange et Leclerc, plusieurs officiers de la division Reynier et ce général luimême, désirant augmenter leur bien-être par des moyens que pût avouer leur délicatesse, avaient exprimé au général en chefle désir d'acquérir des terres confisquées sur les Mamlouks *.

Ce fut sans doute sur cette demande que Bonaparte, généralisant plus tard cette idée, chargea, comme on l'a vu, le conseil de finances par lui créé le 26 nivôse, de proposer un plan pour donner aux soldats de l'armée une récompense qu'ils avaient si justement méritée. Le travail de ce conseil n'est point connu ; mais on va voir Bonaparte, comme les anciens conquérans, distribuer à ses lieutenans des terres de l'ennemi vaincu, et

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