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· La vallée du Fleuve-sans-Eau est à l'ouest de celle des lacs Natron; elles ne sont séparées que par une crête, et son bassin a près de trois lieues de développement d'un bord à l'autre. Aride et stérile comme tout ce qui l'entoure, cette vallée n'a point de sources. La commission la traversa dans toute sa largeur; elle y trouva beaucoup de bois pétrifié, d'immenses troncs d'arbres agatisés, une vertèbre de gros poisson qui paraissait minéralisée , du quartz roulé , du silex et beaucoup de matières appartenant aux montagnes primitives de la Haute-Égypte. On en concluait que le Nil, ou une partie de ses eaux, avait dû couler dans les déserts de la Libye, par les vallées des lacs Natron et du Fleuve-sans-Eau. L'opinion générale étant qu'en remontant le Bahr-Belâ-mâ on arrivait dans le Fayoum , la commission conjectura que leur point d'attache devait être à l'endroit où se trouvait indiqué le lac Moeris, dont le trop-plein était sans doute autrefois réparti sur la vallée du Fleuve-sans-Eau, et se déchargeait ensuite dans le golfe des Arabes. Les circonstances ne lui permirent pas de faire la reconnaissance du point de jonction de ces deux vallées qu'elle regardait comme la clef de la géographie physique de l'Egypte, et qui est bien exprimé sur la carte de Danville. Mais vingt mois plus tard, l'ingénieur Martin , en parcourant la partie septentrionale du Fayoum , reconnut que l'ouverture n'existait pas, et que cette province était séparée de la vallée du Fleuve-sans-Eau par une chaîne de montagnes. Si sa reconnaissance a été exacte, il en résulte que le système hydrographique du lac Moeris, que l'on prétend avoir été appliqué autrefois à cette contrée, acquiert un nouveau degré d'invraisemblance. Bonaparte écrivit au Directoire : « Le général Andréossy et le citoyen Berthollet sont de retour de leur tournée aux lacs Natron et aux couvens des cophtes. Ils ont fait des découvertes extrêmement intéressantes ; ils ont trouvé d'excellent natron que l'ignorance des exploiteurs empêchait de découvrir. Cette branche du commerce de l'Égypte deviendra encore par là plus importante * )) . Pour faire connaître l'état d'avilissement et de misère dans lequel sont tombés les moines chrétiens en Égypte, nous allons jeter un coup-d'oeil sur leurs principaux établissemens. Les couvens cophtes de la vallée des lacs Natron ont été fondés dans le quatrième siècle, détruits et plusieurs fois reconstruits dans la suite. Trois de ces monastères ont la forme d'un carré long de 98 à 142 mètres, large de 58 jusqu'à 68. Les murs d'enceinte, en bonne maçonnerie, sont hauts de 13 mètres et épais de 2 et demi à 3. Un trottoir d'un mètre règne à leur partie supérieure. Au-dessus du trottoir, le mur a des meurtrières, les unes dans le mur même, les autres inclinées et saillantes pour se défendre à coups de pierres contre les Arabes, la règle défendant aux moines l'usage des armes à feu. Les

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meutrières saillantes ont des masques pour garantir des coups de fusil. Les couvens n'ont qu'une seule entrée basse et étroite , d'un mètre de haut et de deux tiers de mètre de large.Une porte très épaisse, toute recouverte intérieurement par de larges bandes de fer, la ferme en dedans. Elle est contenue en haut par un loquet, au milieu par une forte serrure en bois, et en bas par une traverse. L'entrée est en outre hermétiquement fermée en dehors par deux meules ou tronçons de colonnes de granit posées de champ, qui se logent à la fois et de côté dans le cadre de la maçonnerie. La porte est défendue par une espèce de machicoulis. Lorsqu'on veut se clore, un moine, resté en dehors, commence à rouler une des meules avec une pince, la cale et présente l'autre; il se glisse ensuite en dedans, l'entraîne vers lui à sa place et ferme la porte. - · La cloche du couvent est à côté du machicoulis avec une corde de dattier qui pend jusqu'à terre, La nuit, avant d'ouvrir la porte, même lorsqu'on reconnaît que les gens qui sonnent sont amis, un moine, suspendu à une corde, descend, à l'aide d'un moulinet, par le machicoulis, et vient vérifier de plus près s'il n'y a pas de surprise. Pendant qu'on ouvre la porte, un moine, en sentinelle au haut du mur, observe s'il n'y a point d'Arabes. Chaque couvent a, dans son intérieur, une tour carrée où l'on n'entre que par un pont-levis, long de 5 mètres et élevé au dessus du sol de 6 mètres et demi. Elle est terminée par une plate-forme supérieure au mur d'enceinte. Les°trois couvens voisins des lacs Natron ont des puits profonds de 13 mètres, où il y a environ un mètre d'eau douce. Elle sert aux besoins des moines et à l'arrosage d'un petit jardin où il y a un peu de légumes et quelques arbres, tels que le dattier, l'olivier, le tamaris, l'henné et le sycomore. Au quatrième couvent, dit de Saint-Macaire , il n'y a que de l'eau salée; mais en dehors, à 4oo mètres, il y a un puits d'eau douce. On trouve de bonnes sources à quelque distance des trois couvens. Les cellules des moines sont des réduits où le jour ne pénètre que par l'entrée, et où il règne

une odeur infecte. Leurs meubles sont une natte,

leurs ustensiles une jarre et un qolleh ou pot à rafraîchir l'eau. Les églises et chapelles sont assez bien tenues et décorées d'images grossièrement peintes; des oeufs d'autruche y servent de lampes. Hors de là, tout est en désordre, malpropre et dégoûtant.

Les moines sont la plupart boiteux, borgnes, aveugles. Ils ont un air hagard, triste, inquiet. Ils vivent de minces revenus et principalement d'aumônes; ils se nourrissent d'un petit pain rond mal cuit, d'œufs, de fèves et de lentilles préparées à l'huile. Rien n'indique qu'ils occupent leur esprit et leurs mains ; leur temps se passe en prières ou dans l'oisiveté. Ils sont très-ignorans.

Leurs uniques livres consistent en manuscrits asTCME II. — GUERRE D'ÉGYPTE. - 8

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cétiques sur parchemin ou papier coton, les uns en arabe, les autres en cophte, avec la traduction arabe, qui paraissent avoir 6oo ans de date. Il y avait 9 moines au couvent de Baramais; 18 à celui des Syriens; 12 à celui d'Ambabicoï, et 2o à celui de Saint-Macaire. Le patriarche du Kaire les entretient de sujets. Le supérieur porte le nom d'Aboû-y, qui veut dire mon père. Les moines exercent forcément l'hospitalité envers les Arabes. Ils sont sans cesse sur leurs gardes, et ne communiquent que la nuit d'un couvent à l'autre. Les Arabes s'y arrêtent ordinairement dans leurs courses, pour manger et faire rafraîchir leurs chevaux. Les moines ne leur ouvrent jamais la porte; une poulie, placée à l'un des angles de l'enceinte, est destinée à descendre par une corde, dans un panier, le pain, les légumes et l'orge qu'ils sont dans l'usage de donner pour n'être pas dépouillés ou assassinés lorsqu'ils sont rencontrés hors de leurs couvens. Le tableau de ces tristes résidences qui, dans l'origine, servirent d'asile à des chrétiens, aux temps des persécutions de l'église, et l'aspect des moines qu'une stupide ferveur y tenait encore renfermés, étaient à peu près applicables aux autres établissemens monastiques répandus dans l'Égypte. Dans les tombeaux antiques et les grandes carrières creusés dans la chaîne libyque , non loin de Syout, de petites niches, des revêtissemens en stuc, quelques croix peintes en rouge, des inscriptions cophtes, témoignaient que ces

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