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« fust bon justicier, et qui punist étroi« tement les malfaicteurs, sans avoir « égard au riche plus que au pauvre, « et lui fut amené ung qu'on appeloit « Estienne Boyleaüe, auquel il donna « l'office de prévost de Paris, lequel « depuis fit merveilles de soy mainte« nir audit office. Tellement que désor« mais n'y avoit larron, meurtrier ni « autre malfaicteur qui osast demeurer « à Paris, que tantost il en avoit con« noissance, qui ne fust pendu ou puni « à rigueur de justice, selon la qualité « du malfaict, et n'y avoit faveur de « parenté, ni d'amys, ni d'or, ni d'ar« gent qui l'en eust pu garantir, et « grandement fit bonne justice. » On ne sait d'ailleurs que peu de détails sur la vie de ce magistrat, « qui justifia la confiance qu'il avait inspirée à son souverain. Louis IX venant quelquefois s'asseoir à ses côtés, quand ce prévôt rendait la justice au Châtelet, prouva combien il honorait les fonctions dont il l'avait revêtu. On lit dans un ouvrage, composé deux siècles après le règne de ce prince, que Boileau maintint une police si sévère, qu'il fit pendre même son filleul coupable de vol, et un de ses compères, convaincu d'avoir nié un dépôt d'argent qui lui avait été confié ( . « Ce qui est mieux avéré, c'est l'influence qu'Étienne Boileau exerça sur les corporations : c'est du temps de sa

prévôté que datent les règlements d'arts :

et métiers de la ville de Paris. Il faut détruire d'abord une erreur généralement répandue, et journellement reproduite. On représente ce prévôt comme l'auteur de règlements parfaits, et même comme le fondateur et l'organisateur des communautés d'artisans(**). Ce n'est pas là le mérite qui recommande son nom à la postérité. Les communautés existaient avant Louis IX, et elles avaient des règlements, des us et coutumes auxquels leurs mem

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bres se conformaient ; d'ailleurs la législation du moyen âge consistait moins à prescrire des règles nouvelles qu'à donner une sanction légale aux usages pratiqués depuis longtemps, et éprouvés par l'expérience. « Voilà ce que fit Etienne Boileau à l'égard des communautés d'arts et métiers de Paris : il établit au Châtelet des registres pour y inscrire les règles pratiquées habituellement pour les maîtrises des artisans, puis les tarifs des droits prélevés, au nom du roi, sur l'entrée des denrées et marchandises ; puis les titres sur lesquels les abbés et autres seigneurs fondaient des priviléges dont ils jouissaient dans l'intérieur de Paris. Les corporations d'artisans, représentées par leurs maîtres-jurés ou prud'hommes, comparurent l'une après l'autre devant lui, au Châtelet, pour déclarer les us et coutumes pratiqués depuis un temps immémorial dans leur communauté, et pour les faire enregistrer dans le livre qui désormais devait servir de régulateur, de cartulaire de l'industrie ouvrière. Un clerc tenait la plume , et enregistrait sous les yeux du prévôt les dispositions des traditions et pratiques du métier. Aussi, dans la plupart des règlements, on déclare au début qu'on va exposer les us et coutumes ; et plusieurs se terminent par une adresse au prévôt pour lui signa

ler des abus à redresser ou des vœux

à exaucer. Tous ces règlements sont brefs et dégagés du verbiage qui enveloppe et embrouille les règlements des temps postérieurs. A Étienne Boileau est peut-être due la forme de ces règlements; en magistrat habile, il a pu veiller à ce qu'ils fussent rédigés d'une manière claire et précise, et à peu près uniforme. Ce type est si prononcé qu'il n'est pas difficile de distinguer un règlement des registres d'Étienne Boileau de ceux qui ont été faits sous la prévôté de ses successeurs. « Boileau a donc le mérite incontestable d'avoir rassemblé les us et coutumes des métiers, tels qu'on les suivait à Paris , et tels qu'ils lui étaient déclarés par les notables de chaque

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communauté. Il a donné un corps, une existence matérielle à des règles qui n'avaient jamais été recueillies, et dont plusieurs n'avaient peut-être pas même été écrites. Si dans la suite on a conservé, malgré les progrès de la législation, le fond de plusieurs de ces règlements, c'est qu'ils étaient le fruit d'une longue expérience, et éprouvés par le temps ; ils avaient reçu la sanction qui manque à des règlements inventés dans le cabinet d'un législateur qui a dédaigné de consulter la pratique (*). » Ce recueil de règlements est connu sous le nom de Livre des métiers, d'Etienne Boileau. Le registre original sur lequel ils avaient été inscrits fut longtemps conservé à la cour des comptes, et ne fut détruit qu'en 1737, lors de l'incendie qui consuma les archives de cet établissement. Mais on en possédait plusieurs copies, d'après lesquelles le comité des chartes, chroniques et inscriptions, a pu faire imprimer, en 1837, ce document, l'un des plus curieux , à coup sûr, de la collection publiée par les soins du ministre de l'instruction publique. • C'est seulement après Etienne Boileau que la charge de prévôt de Paris devint annuelle. Pour lui, il l'exerça au moins pendant dix ans. On ne sait rien de positifsur l'époque de sa mort ; suivant l'opinion la plus générale, elle arriva en 1269 ou 1270; cependant on a des motifs de croire qu'il survécut longtemps à ses fonctions de prévôt, et mourut fort vieux. BoILEAU (Gilles), frère aîné de Nic. Despréaux. Il avajt un esprit satirique et de la facilité pour les vers ; mais ses écrits sont négligés. Confiant dans son - mérite, il se contentait de la première inspiration, et, malgré l'exemple de son frère, il ne voulait rien corriger. Son orgueil et ses épigrammes lui firent dans les lettres de nombreux ennemis. Scarron, Costar, Ménage, Pélisson, usèrent envers lui de représailles. Une ligue fut formée contre

( ) Depping, Introduction à son édition du livre des métiers d'Étienne Boileau.

lui quand il voulut entrer à l'Académie, et le crédit de Chapelain put seul le faire admettre. De bonne heure Gilles s'était brouillé avec son frère. On ne sait de quel côté furent les véritables torts. Ce qu'il y a de certain, c'est que Gilles chercha constamment à rabaisser le mérite de Despréaux, tandis que celui-ci faisait l'éloge du talent de son frère, en se plaignant seulement de son caractère et de sa conduite. Enfin ils se réconcilièrent peu de temps avant la mort de Gilles, arrivée en 1669. Cet auteur a fait aussi des traductions qui, selon Voltaire, valent mieux que ses vers. BOILEAU (Gilles de Bullion) , écrivain du seizième siècle, fit plus de traductions que d'ouvrages originaux. Il traduisit de l'espagnol les mémoires de don Loys d'Avila et de Cuniga, sur les guerres de Charles-Quint en Allemagne, pendant les années 1545 et 1548, et y joignit des notes historiques et stratégiques. Il mit en français l'ouvrage latin d'Albert Durer sur les fortifications, et celui de Sleidan sur la tactique, et la levée du siége de Metz. Il fut aussi le traducteur du 9° livre de l'histoire espagnole d'Amadis. Il est l'auteur d'un ouvrage intitulé : la Sphère des deux mondes, avec un épithalame sur les noces et mariage très - illustre et très - sérénissime prince don Philippe, roi d'Angleterre, Anvers, 1555. BOILEAU (Jacques), autre aîné de Despréaux, docteur de Sorbonne, « esprit bizarre, dit Voltaire, qui a fait des livres bizarres écrits dans un latin extraordinaire. » Les sujets de ces livres sont des questions curieuses sur l'histoire ou la discipline de l'Église, Ou de minutieuses discussions sur un point de théologie ou de morale. Recherches sur la résidence des chamoines; Traité des attouchements impudiques; Recherches sur les habits des prêtres; Histoire des flagellants ; Histoire de la confession auriculaire ; tels sont les titres des principaux ouvrages de Jacques Boileau. Il y montre une étonnante érudition et une assez grande hardiesse d'esprit. On lui de

mandait pourquoi il écrivait toujours en latin : « C'est, dit-il, de peur que « les évêques ne me lisent; ils me per« sécuteraient. » Il mit à la tête de plusieurs de ses livres des noms supposés, tels que Claudius Fonteius, Jacques Barnabe, Marcellus Ancyranus. Né en 1631, mort en 1716. BoILEAU (Jacques), né à Auxerre en 1752, fut d'abord juge de paix à Aval· l0n, puis député du département de l'Yonne à la Convention nationale. Il siégea, dans cette assemblée, parmi les membres qui prirent le nom de girondins, vota la mort de Louis XVI, fut ensuite envoyé à l'armée du Nord, et, à peine de retour, dénonça la commune de Paris, Marat surtout, qu'il † un monstre, et demanda que la tribune nationale fût purifiée chaque foisque ce représentant y serait monté. Il fut un de ceux qui appuyèrent le plus violemment le projet d'une garde départementale pour assurer la liberté de la Convention. Il faisait partie de la commission des douze, qui commit tant de fautes, et fut la cause de l'inSurrection du 31 mai 1793. Mis hors la loi avec le parti de la Gironde, et n'ayant pas voulu se soustraire au déoret d'accusation lancé contre lui, il fut condamné à mort par le tribunal fév0lutionnaire, et exécuté le 31 oct0bre 1793. B0ILEAU (Jacques - René), né à Amiens en 1715, fut directeur de la manufacture royale de Sèvres sous Louis XV, et contribua beaucoup à la Pr0Spérité de cet établissement. Il m0urut en 1772. , BOILEAU (Jean - Jacques), né près Agen en 1649, chanoine de la collé† de Saint - Honoré à Paris, a puo un grand nombre d'ouvrages ascéoues. On a encore de lui une vie onuscrite de madame d'Épernon, qui outient, dit - on , des détails curieux. BOILEAU (Nicolas Despréaux) fut le onier des onze enfants du greffier olles Boileau, et celui qui devait faire oser le nom de cette famille à la pos#lé Il naquit, selon les uns, à #ône,village près de Villeneuve-Sainto0rge; selon les autres, à Paris; mais

d'après tous ses biographes, le 1" novembre 1636. Bien jeune encore, il perdit sa mère, et ses premières années ne furent pas très-heureuses dans une famille sans fortune, et qui ne paraît pas avoir pris beaucoup de soin de son enfance. Dans ce grenier aérien où on le logeait, et dont il a souvent parlé dans la suite, il eut à subir plus d'une privation : mais le goût de l'étude qui était déjà en lui un penchant prononcé, le consolait dans ce rude apprentissage de la vie. On l'envoyait aux classes du collége d'Harcourt, et son esprit saisissait avidement tout ce qu'on enseignait dans cette docte maison. Son goût pour la lecture était tel, qu'il veillait souvent des nuits entières avec le livre qu'il avait commencé. Au bout de ses études, étant d'une famille d'avocats et de greffiers, il se vit condamné à travailler pour le barreau. Rien n'était plus contraire à la nature de son esprit; et malgré le titre d'avocat qu'il obtint en 1656, on peut se faire une idée de l'ennui que lui causait ce genre d'occupation quand on le voit s'endormir sur les dossiers en présence même de son patron, M. Dongois, et dans sa première cause ne songer qu'aux moyens de se défaire honnêtement de sa partie. Ne pouvant surmonter sa répugnance pour le barreau, il se tourna du côté de la théologie, et peu de temps apres on le chargea d'un cours en Sorbonne; mais il s'aperçut bientôt qu'il n'avait fait que changer d'ennui : en fuyant la chicane, il trouvait la scolastique. Au milieu de ces dégoûts, il sentait croître l'amour qu'il nourrissait depuis longtemps pour la poésie : il sentait s'agiter en lui les idées ingénieuses, les traits piquants et les beaux vers. En 1660, il publia ses premières satires, qui le firent ranger aussitôt parmi les poëtes dont le talent donnait les plus belles espérances. Il fut admis à les lire dans le cercle fameux que présidait la marquise de Rambouillet. Mais peu fait pour goûter l'esprit et les manières des précieuses, il les fréquenta peu, et se produisit surtout dans cette société spirituelle, sans être guindée, qui se

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réunissait autour de la Rochefoucauld, de madame de la Fayette, de madame de Sévigné. La plus † partie des autres satires, le discours en vers adressé à Louis XIV et le dialogue des héros de romans, parurent successivement dans l'intervalle de 1660 à 1669, et achevèrent de mettre en évidence ce génie ferme, élégant, caustique, raisonnable. En 1669, le roi voulut voir un poëte à qui la langue et les lettres avaient tant d'obligations, et par lequel il avait été si magnifiquement et si délicatement loué. L'entrevue, où Boileau se montra bon courtisan, augmenta encore l'estime qu'il avait inspirée au monarque. Une pension de deux mille livres lui fut donnée. Peu de temps après, il s'attira de nouveaux applaudissements du public et de la cour par ses épîtres, où son talent a déjà atteint toute sa maturité et toute sa perfection. Honoré de l'amitié du grand roi, accueilli avec empressement par une société brillante toujours avide de lui entendre réciter ses vers, jouissant, sans être riche, d'un revenu assez considérable pour lui procurer une douce aisance, recherché par les meilleurs et les plus grands esprits du temps, lié avec Molière, la Fontaine, Bourdaloue, Racine surtout, pour lequel on connaît sa touchante et fidèle amitié, Boileau était heureux comme il a rarement été donné à un poëte de l'être. Il ne voyait s'élever contre lui que les mauvais auteurs dont il avait fait justice, et qui formaient une cabale soutenue par quelques seigneurs entêtés pour leurs premières admirations, mais peu inquiétante, parce qu'elle devenait de plus en plus ridicule. En 1677, après la publication de l'Art poétique et du Lutrin, il fut nommé, avec Racine, historiographe du roi; mais cette nomination n'eut d'autre résultat que de faire faire aux deux poëtes le voyage de la Flandre et celui de l'Alsace dans les campagnes de 1678 et de 1681. Soit négligence, soit défiance d'eux-mêmes dans un genre qui n'était point celui qu'ils avaient adopté, ils ne firent que † des notes et rédiger quelques ragments qui périrent, selon Racine

le fils, dans l'incendie de la maison de Valincour à Saint-Cloud. En 1683, Boileau avait publié ses meilleurs écrits; il avait quarante-sept ans et n'était point de l'Académie. « Je veux que vous en soyez, » lui dit le roi et aussitôt la compagnie l'appela dans son sein. Mais il ne vécut pas toujours en parfaite intelligence avec elle. Plusieurs de ses collègues étaient de l'origine de l'Académie, et tenaient p0ur les principes et les ouvrages adoptés dans leur jeunesse : d'autres n'avaient eu que des succès de salon, et cachaient assez de mauvais goût sous un brillant esprit de société. Boileau releva plus d'une fois assez rudement les erreurs de l'Académie. Après la guerre des anciens et des modernes, où il pr0di gua à Charles Perrault des railleriess justes, mais si dures, il n'assista plus que rarement aux séances; après la mort de Racine, il ne s'y montra plus que lorsqu'il y avait à faire une élo tion. Vers le même temps, il se retira de la cour; il vieillissait, et sa sante, dont il s'occupait beaucoup, et qut plusieurs accidents avaient altérée, c0ntribuait, avec la perte de la plupart de ses amis, à lui faire aimer la retraite. Cette vieillesse fut longue, et ne produisit qu'un petit nombre de travaux qui sont les moins précieux dans l'ensemble de ses œuvres.D'aSStl bonne heure, sa verve s'était ralentie, et il avait senti diminuer la facilité de son génie; dans ses dernières années,il n'eut d'autre occupation que de revoir ses ouvrages pour une édition nouvell, et, ce qui n'est peut-être jamais arrivé à aucun poëte, d'écrire et de donner des conseils à son propre comment teur. Mais s'il ne produisait plus,i n'avait rien perdu de la force de s01 bon sens; s'il ne donnait plus de mo | dèles du vrai goût, il se défendait en core par les critiques et les sarcasmes que lui arrachaient les applaudisse ments donnés par un public déjà moins | délicat et moins sévère à des réformes | téméraires ou à des ouvragesmal écrits Son vieux sang s'allumait à la vue dl | succès des paradoxes de Lamothe, tt | dans l'impatience où le jetaient les

tragédies de Crébillon, il allait jusqu'à † ces Pradon et ces Cotin , jadis morts sous les coups de sa critique. Enfin le terme de ses jours arriva peu de temps avant la fin du règne qu'il avait embelli et chanté. Il mourut à Paris, le 17 mars 1711, dans sa soixante et quinzième année. Il a été dit plus d'une fois de nos jours que la gloire de Boileau était en partie usurpée. Les principaux champions de la grande réforme littéraire à laquelle nous avons assisté, ont cité Boileau à leur tribunal : ils ont revu ses titres et en ont cassé plusieurs. Ce n'était pas le premier procès intenté à sa mémoire. Le dix-huitième siècle avait vu des critiques éminents p0rter contre lui plus d'une accusation. Il est intéressant d'examiner ces diverses attaques, les plus récentes surtout, à cause de l'importante question littéraire qu'elles soulèvent. Au dix-huitième siècle, les griefs allégués contre Boileau étaient des imperfections de génie ou des erreurs de détail : de nos jours on l'a surtout attoqué pour l'influence qu'il a exercée Sur notre littérature; on a voulu ruiner le système littéraire à l'établissement duquel il a plus que tout autre Contribué. Ecoutons Voltaire, d'Alembert, Diderot, Marmontel, à leurs instants de Sévérité pour Boileau. Ils lui reprochent'de manquer de sensibilité , de n'avoir pas cet accent de l'âme qui

révèle surtout le poëte, d'être sec et

froid, à force d'être raisonnable. Ils l'accusent de n'avoir pas assez de Verve et de laisser voir trop souvent l'effort dans la composition de ses 0uvrages. Ils le représentent comme un génie imcomparable pour la raiS0n, le bon sens, l'esprit et le travail, mais Sans mouvement , sans chaleur et sans fécondité. Après ce reproche † ils considèrent en particuler ses satires, et se plaignent d'y trouver des inégalités et trop peu d'intérêt; ils se prononcent aussi contre les satires au nom de la morale, qui, dans leur opinion, défend au poëte de railler § les auteurs, et

lui ôte le droit de nommer. Enfin, ils relèvent chez lui quelques jugements littéraires, où ils ne retrouvent pas la justesse ordinaire de son goût : par exemple, ils le reprennent pour avoir mis Horace à côté de Voiture, pour n'avoir vu que du clinquant dans le Tasse, pour n'avoir jamais eu que des paroles de blâme pour Quinault. Telles sont, en résumé, les principales critiques adressées à Boileau par des hommes qui , d'ailleurs , lui ont rendu de sincères et glorieux hommages. Le vrai et le faux se mêlent dans ces critiques. Sans doute, Boileau n'avait pas reçu de la nature cette sensibilité vive et profonde qui donne à la poésie son plus puissant attrait. Il avait plus de raison que d'âme , et eût §! incapable assurément de faire une tragédie comme Racine , ou une fable comme la Fontaine. Mais, ainsi que l'observe justement la Harpe, on ne peut pas en tirer contre lui une raison de blâme, puisqu'il a toujours su se borner aux genres qui lui convenaient, et sur lesquels il avait plus de droits que personne. Prétendre qu'il n'a point de verve, c'est pousser bien loin la sévérité. Sans doute l'inspiration poétique n'est point abondante chez lui ; elle n'est point continue ; on sent qu'après avoir parcouru un certain trajet l'auteur est forcé de faire une pause, et d'attendre le retour de la muse : on le sent à la froideur et au tour pénible des transitions; mais si la verve ne circule pas d'un jet dans les vers de Boileau, elle n'en est pas absente , et beaucoup de passages sont écrits avec abondance et vivacité, pleins de feu et d'entraînement. On en pourrait tirer un grand nombre de ce genre des Epîtres, et plus encore peut-être du Lutrin, cette œuvre originale quetant d'imaginationanime, cette fantaisie brillante et correcte, où toujours le mouvement et la couleur s'unissent à la rigoureuse perfection du travail. On trouverait même pour répondre à l'exagération du reproche beaucoup. de citations dans ces satires tant dépréciées par Voltaire et Marmontel. Les satires, malgré les

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