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neté ; les affaires publiques étaient traitées et débattues dans des assemblées générales , dont le nom Landsgemeine ( Communauté. du pays) est l'expression la plus exacte d'une parfaite égalité entre les citoyens.

On regardait comme un phénomène politi. que cette république fédérative; on admirait l'esprit national qui résultait de cette agrégation d'élémens hétérogènes, et qui, tirant sa force et sa solidité de la disparité des formes, confondait toutes les théories de l'ordre social. L'Europe était, déjà depuis plusieurs années, dévorée par la guerre de la révolution , tandis que le pacte fédéral des treize cantons restait intact, et semblait être comme le chaos des Alpes, inébranlable au milieu de l'embrasement; le calme qui régnait dans ces profondes vallées, et sur ces lacs dont les eaux étaient encore franches d'horreurs, contrastait avec la subversion générale, et consolait les amis de l'humanité : ils y trouvèrent un asile aussi long-temps que la neutralité des Suisses fut respectée , c'est-à-dire , jusqu'au moment où les puissances belligérantes eurent intérêt à la violer. '

On a vu au commencement de cet ouvrage, que le crime de cette agression fut celui du directoire de la République française ; mais l'histoire n'en saurait absoudre les autres gouvernemens des puissances belligérantes. Bien avant l'époque où ce malheureux pays devint le principal théâtre de la guerre et le noeud des opérations décisives, les divers partis y avaient établi le foyer de leurs intrigues ; les propagateurs des doctrines révolutionnaires s'y faisaient aisément de nombreux partisans en réveillant de vieilles haines , excitant les jalousies , enflammant

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considéraient la Suisse comme un poste avancé d'où ils pouvaient, sans danger, en observer le mouvement, et soutenir leur parti dans l'intérieur de la France , par la facilité et la fréquence des communications; ils trouvaient aussi de puissans appuis dans l'aristocratie effrayée des progrès de l'opinion. Ce double patronage ne pouvait manquer de corrompre les principes de la neutralité de la Suisse ; les garanties physiques et morales furent à jamais renversées dès que les armées françaises pénétrèrent dans ce sanctuaire de la paix : le prestige des barrières naturelles qui le faisait croire inaccessible, s'évanouit ; et celui de l'inviolabilité des constitutions fut aussi promptement dissipé. Le délire de l'égalité, la fureur des innovations marchant sur les traces des brigades françaises, inondèrent rapidement et subjuguèrent l'Helvétie. Sur quelque fondement que repose la sécurité des États, il y existe toujours des élémens d'opposition, des fermens de discorde qui n'attendent pour éclater qu'une occasion favorable. Les plus vieux gouvernemens sont précisément ceux qui doivent le plus les redouler , parce qu'ils y ont acquis plus de force'; et telle était en effet la disposition des esprits chez le plus grand nombre des citoyens, dans les cantons aristocratiques les plus exposés à l'invasion; an lieu de concourir à la défense commune du territoire et de la liberté helvétique, avec la

des fiers Bourguignons, les habitans des petites villes et des campagnes se soulevèrent au

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nom de l'égalité, et se livrèrent aux vainqueurs : les vieilles constitutions s'écroulèrent, et les novateurs , protégés par les gouvernemens éphémères et convulsifs de la république de France, furent, comme tous les disciples , plus ardens que leurs maîtres dans cette funeste imitation. Des familles entières , persécutées à cause de leurs anciens priviléges, coururent chercher un refuge en Autriche : leurs biens furent confisqués et vendus; les magistrats les plus influens furent exilés. Cependant, les chances de la guerre ayant ramené pour quelque temps en Suisse , les armées autrichiennes, les familles fugitives et les magistrats que les Français avaient forcés de s'éloigner de leur patrie, se rangèrent sous les bannières de leurs anciens ennemis ; et partout où elles purent triompher, les aristocrates ne manquèrent pas de se faire réintégrer dans la pleine jouissance de leurs droits. Ils leur furent promptement arrachés par les nouveaux succès des armes françaises ; mais, cette fois, la victoire plus constante donna plus de force

sar

au système d'unité et d'indivisibilité, chimère favorite des propagateurs des doctrines républicaines, dont ils poursuivaient avec persévérance l'impossible application..

Le directoire français imposa à la Suisse toutes les formes de son gouvernement, et le pouvoir tomba dans les mains des plus furieux démagogues, qui ne purent l'exercer que par la violence : ils proclamèrent

nement d'établir l'égalité des charges publiques ; les cantons démocratiques furent précisément ceux qui résistèrent le plus à cette révolution si contraire à leurs intérêts : froissés par ce gouvernement militaire et centralisé, ils s'insurgerent; et leur soumission ne fut obtenue qu'au prix du sang : des femmes, des enfans furent fusillés, et l'histoire placera cette atroce persécution au rang des plus grands crinies.

Ce gouvernement unitaire devenu odieux, n'était soutenu que par la présence des armées françaises; il se traîna péniblement jusqu'à l'époque du traité de Lunéville. L'art. 11

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