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qui doivent en résulter : nous n'avons point, pour ce moment-ci, d'autre manière d'exister ". » A ces reproches , Kléber fit la réponse suivante, où l'on trouve réunis la vigueur du style et celle du caractère : « Je reçois à l'instant, citoyen général, votre · lettre du I 5. " • Je devais m'attendre à votre improbation relativement aux 1oo,ooo livres affectées à la marine, et dont j'ai disposé, contre votre intention, pour faire face aux différens services de la place, quoique je me trouvasse alors dans un moment difficile qui pouvait peut-être me justifier; mais j'étais bien loin de penser mériter aucun reproche sur l'administration des fonds. S'il est vrai, citoyen général , qu'Alexandrie ait coûté le double du reste de l'armée, abstraction faite des réquisitions frappées ailleurs, et qui m'ont jamais eu lieu ici ; abstraction faite de ce qui a sans cesse été payé au génie, à l'artillerie et à la marine, on a droit de conclure qu'il y a eu une dilapidation infâme. L'ordonnateur en chef doit en conséquence faire juger rigoureusement le commissaire de la place, et lui retirer, en attendant sa justification, toute sa confiance ; ma conduite même doit être examinée, et je vous en fais la demande formelle. Vous avez oublié, citoyen général, lorsque vous avez écrit cette lettre, que vous teniez en main le burin de l'histoire, et que vous écriviez à Kléber. Je ne présume pourtant pas que vous ayez eu la moindre arrière-pensée, on ne vous croirait pas ". J'attends, citoyen général, par le retour du courrier, l'ordre de cesser mes fonctions, nonseulement dans la place d'Alexandrie, mais encore dans l'armée, jusqu'à ce que vous soyez un peu mieux instruit de ce qui se passe et de ce qui s'est passé ici. Je ne suis point venu en Égypte pour faire fortune ; j'ai su jusqu'ici la dédaigner partout ; mais je ne laisserai jamais non plus planer sur moi aucun soupçon *. » Les patrons des bâtimens neutres étaient fort gênés pour user de la permission qui leur avait été donnée de sortir du port d'Alexandrie. Les Anglais forcèrent à rentrer les premiers qui parurent en mer. Cette mesure était d'autant plus fâcheuse qu'il y avait dans la ville 2,ooo pélerins venant de la Mekke, dont Kléber voulait se débarrasser, et qui prétendaient ne pouvoir s'en retourner par terre, sans courir le risque d'être pillés et assassinés par les Arabes *. Bonaparte ne vit d'autre moyen d'évacuer ces pélerins que de les faire embarquer, et de forcer les bâtimens qui en seraient chargés à sortir, ce qu'ils pouvaient faire en présence même des Anglais, puisqu'il ne faisait grand jour qu'à six heures , du matin. Il pensait que les vents de l'équinoxe feraient bientôt raison du blocus qu'avait établi l'ennemi; que le commodore Hood voulait tout bonnement se faire payer, comme cela était arrivé 5o fois sur les côtes de Provence. « Je désirerais, écrivit-il, qu'il y eût plus de parlementaires, et que le commandant des armes et l'ordonnateur de la marine cessassent enfin d'écrire des lettres ridicules et sans but. Il importe fort peu que les Anglais gardent ou non un commissaire : ces gens-là me paraissent déjà assez orgueilleux de leur victoire, sans les enfler encore davantage. Quand les circonstances vous feront juger nécessaire d'envoyer un parlementaire, qu'il n'y ait que vous qui écriviez ". » Excités par Mourad-Bey et les Anglais, des Arabes se rassemblèrent au village de Berk-elGitâs et firent une coupure au canal d'Alexandrie, pour empêcher les eaux d'y arriver. Le chef de brigade Barthélemy avec 6oo hommes de la 69°., cerna ce village dans la nuit du 27 fructidor, le pilla, le brûla et tua plus de 2oo hommes ". » Malgré la présence des forces commandées par l'adjudant-général Brives et le général Marmont, les Arabes inquiétaient toujours les convois, et profitaient, pour faire du butin, de la moindre négligence des escortes. Bonaparte ordonna à

* Lettre du 15 fructidor.

" « On ne vous croirait pas ! dit Napoléon sur cette lettre au docteur Antommarchi. Voyez-vous la noble assurance, la fierté d'un brave ! Non certes, on ne m'aurait pas cru, et j'aurais été désespéré qu'on le fît. Je me plaignais de défaut d'économie ; je n'imputais pas de malversations; mais tel était Kléber, ardent, impétueux, d'impression facile. L'intrigue en profita. » Antommarchi, tome I, page 17 I.

* Lettre de Kléber a Bonaparte, du 21 fructidor.

* Idem du 26.

" Lettre du 2°. jour complémentaire.
* Lettre de Bonaparte au Directoire, du 26 brumaire.

Marmont de se rendre à Rahmanieh, d'y prendre le commandement des troupes de toute la province, formant 1,5oo hommes, pour protéger la navigation du Nil, celle du canal d'Alexandrie et la campagne ". - Bonaparte ne se pressait pas de répondre Kléber sur la démission qu'il avait offerte en attendant que sa conduite eût été examinée. Ce général revint donc à la charge, et, dans un style tant soit peu ironique, lui écrivit : | , « Il paraît, général, que j'ai bien peu rempli vos intentions dans l'administration civile et militaire d'Alexandrie. J'attribue toutes les gaucheries et les inadvertances que vous semblez me reprocher, à l'état de ma santé. Ma plaie est, à la vérité très-parfaitement cicatrisée; mais les douleurs de tête ne sont point passées; des souffrances aiguës m'obligent souvent à m'enfermer dans ma chambre. On m'a prescrit un régime, je l'observe, et mon état ne s'améliore point. Je vous demande en conséquence la permission, citoyen général, non pas de rejoindre ma division, puisque vous ne le jugez pas convenable, mais de prendre quelque repos et de changer d'air à RoSette. - Je reprendrai le commandement d'Alexandrie dès que je me trouverai un peu mieux, ou dès que cette place sera menacée *. » Ne recevant point encore de réponse, Kléber

" Lettre du 1°r, jour complémentaire. * Idem.

ecrivit alors à Bonaparte pour demander à retourner en France : « Vous aviez chargé le général Caffarelli, citoyen général, de me faire la proposition de vous accompagner dans une expédition lointaine; et votre nom , et votre gloire, et la reconnaissance dont j'étais pénétré pour tout le bien que vous aviez dit de moi sans me connaître, m'y engagèrent sans hésiter un instant. Aujourd'hui que ma santé et la douleur que me causent les suites de ma blessure, ne me permettent plus de vous suivre dans votre brillante carrière, je m'adresse pareillement au général Caffarelli, pour obtenir de vous la permission de retourner en France.Veuillez, citoyen général, accueillir favorablement ce qu'il vous dira à ce sujet ". » Bonaparte lui répondit enfin : « Le général Caffarelly, citoyen général , m'a fait connaître votre désir. Je suis extrêmement fâché de votre indisposition; j'espère que l'air du Nil vous fera du bien, et, sortant des sables d'Alexandrie, vous trouverez peut-être notre Égypte moins mauvaise qu'on peut la croire d'abord. Croyez au désir que j'ai de vous voir promptement rétabli, et au prix que j'attache à votre estime et à votre amitié.Je crains que nous ne soyons un peu brouillés ; vous seriez injuste si vous doutiez de la peine que j'en éprouverais. Sur le sol de l'Égypte, les nuages, lorsqu'il y en a, passent dans six heures; de mon côté, s'il y

* Lettre du 1er. vendémiaire an vII.

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