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nous puissions nous en emparer; ils équivaudront toujours dans nos mains à une de leurs caravelles. Au milieu de ce tracas, je vois avec plaisir que votre santé se rétablit, que votre blessure est guérie. Vous sentez que votre présence est encore nécessaire dans le poste ou vous êtes ; vous voyez que la blessure que vous avez reçue a tourné à bien pour l'armée ". » Avant que cette lettre lui fût parvenue , Kléber continuait d'adresser à Bonaparte l'expression de ses sollicitudes et de ses plaintes. L'interruption des communications par terre et par mer apportait la plus grande stagnation dans les affaires. La douane , l'unique ressource, ne produisait rien. Il fallait 3oo,ooo livres par mois pour satisfaire à la solde et aux divers services , car tout était à faire et rien ne se faisait qu'avec de l'argent. Les Arabes pacifiques avaient cependant repris confiance, et amenaient presque journellement des troupeaux à Alexandrie. Quatrevingt-douze personnes attachées à la commission des sciences et des arts, qui ne se nourrisaient pas d'esprit , demandaient à grands cris et avec justice qu'il leur fût payé au moins un mois d'appointement. - « Malgré toutes ces jérémiades qu'il est de mon devoir de vous faire, ajoutait Kléber, il est bon que vous sachiez que tout le monde est plein de courage et de bonne volonté : la journée du 14

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thermidor n'a produit sur la troupe aucune espèce d'abattement, mais bien le sentiment de l'indignation et un désir ardent de vengeance. » Les Anglais avaient pris une djerme sur laquelle étaient divers individus français, dont l'un, le citoyen Delille, employé aux transports militaires, autorisé à rentrer en France , avait deux caisses d'argenterie marquée de différentes armoiries. Les Anglais avaient d'abord voulu le faire pendre ; et il avait si bien plaidé sa cause , qu'ils lui avaient non-seulement laissé la vie, mais encore la vaisselle. La flotte anglaise était prête à mettre à la voile. On craignait un bombardement , on se croyait assez en mesure d'y répondre. Quand les Anglais seraient partis et que le moment critique d'Alexandrie serait passé , Kléber demandait à rejoindre sa division. « J'ai besoin, écrivait-il , de voir la verdure des bords du Nil , pour dissiper les tableaux affligeans que j'ai eus devant les yeux depuis quelque temps " ». L'instruction donnée aux généraux Marmont et Dommartin de relever à Alexandrie le courage des troupes de terre et de mer , et de ceux qui en auraient besoin , et quelques termes assez significatifs des lettres de Bonaparte à Kléber, lui firent aisément comprendre que le général en chef le soupçonnait de découragement , et n'était pas très-satisfait de son administration. « Vous seriez injuste, écrivit-il à Bonaparte, si

" Lettre à Bonaparte, du 29 thermidor.

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vous preniez pour une marque de faiblesse ou de découragement la véhémence avec laquelle je vous ai exposé nos besoins. Je vous l'ai déjà mandé, l'événement du 14 thermidor n'a produit chez les soldats qu'indignation , et désir de vengeance. Quant à moi, il m'importe peu où je dois vivre, où je dois mourir , pourvu que je vive pour la gloire de nos armes et que je meure ainsi que j'ai vécu. Comptez donc sur moi dans tout concours de circonstances , ainsi que sur ceux à qui vous ordonnerez de m'obéir ". » «Voilà, dit Napoléon en relisant ces nobles paroles , comme pensait le brave Kléber. Il se laissa plus tard égarer pâr l'intrigue; mais il avait le coeur français ; il n'eût jamais pactisé avec l'émigration, ni répudié nos aigles *. » Tandis que Kléber craignait un bombardement des Anglais, ils négociaient avec quelques-uns des principaux habitans d'Alexandrie, notamment le cheyk El-Messiri, pour se faire livrer le PortVieux. Il vint révéler au général ces propositions, et le projet échoua. Les Anglais en partie quittèrent le mouillage d'Abouqyr. Kléber demandait au général en chef, pour se faire bénir par les Musulmans, d'organiser la justice , de salarier l'aga et les membres du divan, de promettre le remboursement des 1oo,ooo livres qu'on avait exigées à titre de contribution militaire, de renoncer aux impositions directes qui répugnaient beaucoup, et de s'en tenir aux impôts indirects auxquels on était façonné. Il conjurait le général en chef de lui envoyer 5oo,ooo livres pour les dépenses. Il avait fait arrêter le négociant Abdel- . Bachi qui avait été avec les Mamlouks. Les marins échappés au désastre du 14 furent employés à compléter les équipages du reste de l'escadre, la 69°. demi-brigade, l'artillerie et le génie ; le reste fut réuni en un corps particulier sous le commandement du capitaine de frégate Martinet, pour être employé aux opérations nautiques; c'était, suivant Kléber, le seul moyen de ramener à la discipline des hommes accoutumés à vivre dans le désordre et familiarisés avec tous les vices. Si les circonstances l'exigeaient, ce corps pourrait être rendu à la marine, par laquelle ce général se plaignait de n'avoir été secondé qu'avec infiniment de mollesse *. Le général en chef écrivit au cheyk El-Messiri : « Le général Kléber me rend compte de votre conduite , et j'en suis satisfait. Vous savez l'estime particulière que j'ai conçue pour vous au premier moment que je vous ai connu. J'espère que le moment ne tardera pas où je pourrai réunir tous les hommes sages et instruits du pays, et établir un régime uniforme, fondé sur les principes de l'Alcoran, qui sont les seuls vrais, et qui peuvent seuls faire le bonheur des hommes. Comptez en tout temps sur mon estime et mon appui *. »

' Lettre du 5 fructidor. * Antommarchi, tome I, page 1 16.

" Lettre de Kléber à Bonaparte, du 4 fructidor. * Lettre du 1 I.

. « Je connaissais votre défense de Toulon, écrivit Kléber à Bonaparte; elle eût été pour moi un bel exemple. Je laisse pourtant au général Dommartin le soin de vous faire observer que difficilement Alexandrie pourrait être à l'abri d'insulte avec 6 pièces de 24 et 2 mortiers*. » Kléber pensa que l'ordre du général en chef, sur la démolition de la maison de l'assassin du canonnier, produirait un mauvais effet, et ne l'exécuta pas. #x Les réquisitions de denrées, bonnes dans le Delta où les vivres étaient en grande abondance, ne lui paraissaient propres qu'à jeter l'alarme et l'épouvante dans une ville où tout devait arriver du dehors par la confiance et l'appât du gain. Il demandait à Bonaparte la permission de se conduire un peu d'après les circonstances et les localités. Il désespérait de pouvoir lever l'emprunt de 3oo,ooo francs que le général en chef lui avait mandé de faire *. - o Bonaparte approuva l'arrestation du négociant Abdel-Bachi; ordonna à Kléber de confisquer en général les biens de tous les habitans qui se trouvaient avec les Mamlouks, et en particulier d'un des factotum de Mourad-Bey, et qui était alors auprès de lui. Il traita de plate bêtise les lettres que les An

| " Lettre du 9 fructidor. * Lettre du 5.

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