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Des soldats s'étant permis d'insulter publiquement des femmes égyptiennes au Kaire, avec une violence qui répandit de l'effroi, en attendant qu'on pût les reconnaître et les punir, et pour éviter un pareil abus, le général en chef ordonna que les chefs de corps de la garnison désigneraient, chaque jour, deux sous-officiers pour parcourir la ville, veiller au bon ordre et faire arrêter les soldats qui le troubleraient ".

Étant à Alexandrie, Bonaparte avait ordonné aux habitans de cette ville de porter la cocarde tricolore ; il étendit cette mesure aux habitans de tOutC l'Égypte. Les bâtimens naviguant sur le Nil furent tenus de porter aussi le pavillon aux trois couleurs.Il défenditauxgénéraux commandant dans les provinces et aux officiers français d'admettre aucun individu du pays à leur parler s'il n'avait la cocarde, et aux commandans de la marine de laisser naviguer les bâtimens qui n'auraient pas le nouveau pavillon. Les membres du divan seuls purent porter, comme distinction, un shal tricolore sur l'épaule. Au 1". vendémiaire de l'an 7, le pavillon tricolore fut arboré sur le plus haut minaret du château du Kaire et sur les plus hauts minarets du chef-lieu des provinces *.

Des habitans du Kaire se firent un scrupule de se conformer à cette mesure. Bonaparte voulut se charger lui-même de le dissiper. Il réunit chez lui les membres du divan et quelques personnages in

Y.

* Ordre du jour du 7 vendémiaire an vII. * Arrêté du général en chef, du 2°. complémentaire (18 sept.).

fluens sur l'esprit du peuple. Il entendit leurs objections , les discuta et se livra, pendant deux longues conférences, à une discussion théologique qui étonna les docteurs et parut les convaincre. Les membres du divan prirent, en sa présence, la cocarde tricolore, et promirent que bientôt tous les Égyptiens la porteraient. Il fut créé, au Kaire, dix compagnies de garde nationale, composées de tous les employés, individus quelconques, à la suite de l'armée et de tous les Européens résidant dans la ville; il leur fut distribué des fusils provenant du désarmement des habitans ; chaque garde national était tenu d'avoir 5o cartouches du calibre de son arme. Ces compagnies ne faisaient pas de service ; en cas de générale, elles devaient se rendre aux postes qui leur étaient désignés d'avance ". Le général en chef faisait par fois la police à la manière des Turcs. « Faites couper, écrivit-il au général Dupuis, la tête aux deux espions, et faites les promener, dans la ville, avec un écriteau qui apprenne que ce sont des espions du pays. Faites savoir à l'aga, que je suis très-mécontent des propos que l'on tient dans la ville contre les chrétiens *. / | Un exemple de sévérité fut donné sur la personne du schérif Koraïm d'Alexandrie. Lorsque envoyé de Rosette par Menou, il fut arrivé au Kaire, Bonaparte le fit renfermer dans la citadelle, recommanda, au général Dupuis, de prendre des précautions pour qu'il ne s'échappât pas et de l'interroger pour savoir si, depuis qu'il avait juré fidélité, il avait écrit à Mourad-Bey et aux Mamlouks, et quelle espèce de correspondance il avait eue avec les Arabes du Bahyreh *. Il fut condamné à mort et décapité, le 2o fructidor, sur la place de la citadelle. Sa tête fut promenée dans les rues du Kaire avec un écriteau portant : « Koraïm schérif d'Alexandrie, condamné à mort pour avoir trahi le serment de fidélité qu'il avait fait à la publique Française et avoir continué ses relations avec les Mamlouks auxquels il servait d'espion. . Ainsi seront punis les parjures et les traitres. »

' Ordre du jour de Bonaparte, du 13 vendémiaire (4 octobre). * Lettre du 6 vendémiaire.

La mort de ce schérif est le premier des nom- breux chefs d'accusation portés contre Bonaparte pendant la guerre d'Égypte. Des ames sensibles se sont apitoyées sur le triste sort de cet honnête Musulman, immolé par le général en chef. On a vu que c'était Kléber qui, cQnvaincu de sa trahison, l'avait fait arrêter et dénoncé à Bonaparte.

Du reste, toutes les mesures prises pour s'emparer de ses biens qui furent confisqués, restèrent sans effet; prévoyant son sort, il avait fait disparaître tout ce qu'il possédait.

Le drapeau tricolore, planté sur la plus haute des pyramides, annonça aux habitans de l'Égypte la commémoration de la fondation de la Répu

blique.

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, Le général en chef ordonna qu'elle serait célé

brée par une fête civique sur tous les points où se trouvait l'armée, et en traça lui-même le programme.

A Alexandrie on devait, en exécution de son ordre du jour du 17 messidor, graver sur la colonne de Pompée, en présence de la garnison, les noms des Français tués à la prise de cette ville, arborer le pavillon tricolore au haut de la colonne, et illuminer l'aiguille de Cléopâtre.

Au Kaire, au milieu de la place d'Esbeckieh, devait s'élever une pyramide à sept faces destinées à recevoir chacune les noms des Français morts à la conquête de l'Egypte dans les cinq divisions de l'armée; la marine, l'état major, la cavalerie, le génie et l'artillerie. Une députation de chaque bataillon était envoyée aux pyramides pour y planter le drapeau national. Des manoeuvres, des courses, des illuminations, concouraient à la solennité de cette journée.

Dans la Haute-Égypte, c'était sur les ruines de Thèbes que les troupes célébraient la fête ".

· Bonaparte adressa, le jour de la fête, la proclamation suivante à l'armée :

« Soldats ! Nous célébrons le premier jour de l'an vII de la

République. -
Il y a cinq ans, l'indépendance du peuple fran-

* Ordre du jour de Bonaparte, du 11 fructidor.

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çais était menacée; mais vous prîtes Toulon, ce fut le présage de la ruine de nos ennemis. Un an après vous battiez les Autrichiens à Dégo. L'année suivante, vous étiez sur le sommet des Alpes. Vous luttiez contre Mantoue, il y a deux ans, et vous remportiez la célèbre victoire de Saint-George. ' r L'an passé vous étiez aux sources de la Drave, et de l'Isonzo, de retour de l'AIlemagne. Qui eût dit, alors, que vous seriez aujourd'hui sur les bords du Nil, au centre de l'ancien contiInent. Depuis l'Anglais, célèbre dans les arts et le commerce,jusqu'au hideux Bédouin, vous fixez les re

gards du monde. • •

Soldats , votre destinée est belle parce que vous êtes dignes de ce que vous avez fait, et de l'opinion que l'on a de vous. Vous mourrez avec honneur comme les braves dont les noms sont inscrits sur cette pyramide, ou vous retournerez dans votre patrie couverts de lauriers, et de l'admiration de tous les peuples.

Depuis cinq mois que nous sommes éloignés de l'Europe, nous avons été l'objet des sollicitudes de nos compatriotes. Dans ce jour, quarante millions de citoyens célèbrent l'ère des gouvernemens représentatifs. Quarante millions de citoyens pensent à vous. Tous disent : C'est à leurs travaux, à leur sang, que nous devrons la paix générale, le repos, la prospérité du commerce et les bienfaits de la liberté civile. »

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