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avec le capitaine de la marine, chargé de la négociation relative aux prisonniers , sous prétexte d'offrir des secours aux officiers de terre ; mais dans le fait pour examiner un peu l'état des choses; que son aide-de-camp lui avait rapporté que les batteries du Franklin étaient absolument hors de service, et le vaisseau en général dans un état pitoyable, n'ayant plus que son mât de misaine ; qu'il était d'ailleurs certain que la blessure qu'avait reçue, à 8 heures du soir, le contre-amiral Blanquet, avait dû le mettre hors de connaissance " ». Bonaparte n'en conserva pas moins une opinion défavorable à cet officier, et ne lui pardonna pas surtout d'avoir demandé aux Anglais de le ramener en Italie. Ceux même qui pourraient trouver trop sévère la lettre suivante que le général en chef écrivit, à cet égard, à Kléber, ne pourront refuser à son auteur un sentiment délicat et profond de l'honneur militaire et de la dignité nationale. « Un vaisseau comme le Franklin, qui portait l'amiral, puisque l'Orient avait sauté, ne devait pas se rendre à 1 1 heures du soir. Je pense d'ailleurs que celui qui a rendu ce vaisseau est extrêmement coupable, puisqu'il est constaté par son procès-verbal qu'il n'a rien fait pour l'échouer et pour le mettre hors d'état d'être emmené : voilà ce qui fera à jamais la honte de la marine française ! Il ne fallait pas être grand manoeuvrier, ni un homme d'une grande tête pour couper un câble et échouer un bâtiment. Cette conduite est d'ailleurs o

* Lettre à Bonaparte, du 9 fructidor (26 août).

• spécialemeut ordonnée dans les ordonnances et instructions que l'on donne aux capitaines de vaisseau. Quant à la conduite du contre-amiral Duchayla, il eût été beau pour lui de mourir sur son banc de quart, comme Du Petit-Thouars. s » Mais ce qui lui ôte toute espèce de retour à mon estime, c'est sa lâche conduite avec les Anglais depuis qu'il a été prisonnier. Il y a des hommes qui n'ont pas de sang dans les veines. Il entendra donc tous les soirs les Anglais, en se soûlant de punch , boire à la honte de la marine française ! Il sera débarqué à Naples pour être un trophée pour les lazzaronis : il valait beaucoup mieux , pour lui , rester à Alexandrie ou à bord des vaisseaux comme prisonnier, sans jamais souhaiter ni demander rien. O'Hana, qui d'ailleurs était un homme très-commun, lorsqu'il fut fait prisonnier à Toulon, sur ce que je lui demandais, de la part du général Dugommier, ce qu'il désirait, répondit : Etre seul, et ne rien devoir à la pitié. La gentillesse et les traitemens honnêtes n'honorent que le vainqueur; ils déshonorent le vaincu, qui doit avoir de la réserve et de la fierté " ». -

Après la bataille d'Abouqyr, la confusion et la stupeur avaient été telles à Alexandrie, que les chefs de la marine n'avaient fait au général en chef que des rapports très-incomplets. Il se plaignit vivement de ce qu'on lui avait laissé ignorer le nombre des morts, des blessés, des prisonniers et des matelots renvoyés par les Anglais ; celui des vaisseaux qu'ils avaient emmenés ou brûlés; celui des principaux officiers sauvés, tués ou prisonniers; quelle était la force de l'ennemi, s'il avait des vaisseaux à trois ponts, combien de quatre-vingt. Il demandait au contre-amiral Gantheaume et à l'ordonnateur Leroy de vouloir bien enfin lui transmettre un compte très-détaillé de tout ce qui s'était passé et de l'état des choses, afin qu'il pût en instruire le gouvernement ". · Le général Kléber avait assisté au désastre de l'armée navale, et reçu, dans cette circonstance, des impressions peu favorables à la marine. Il écrivait à Bonaparte : « J'ai pris beaucoup d'humeur contre elle. Je l'ai vue sous les rapports les · plus dégoûtans. L'énormité des bagages qu'on a déchargés à Alexandrie, la sorte d'élégance que les officiers de mer étalent encore dans les rues, font bien voir que peu d'entre eux ont essuyé des pertes particulières. D'ailleurs les Anglais ont eu le désintéressement de tout rendre aux prisonniers, et de ne point souffrir qu'il leur soit sous· trait un iota. Il n'en a pas été de même à l'égard de nos officiers de terre; personne n'a plaidé leur cause ; et trop fiers sans doute pour la plaider eux-mêmes, dans cette circonstance, ils arrivent

| " Lettre du 24 fructidor ( 1o septembre ).

Le contre-amiral Perrée annonça, le 18 ventôse an 7, au ministre de la marine, qu'un rapport infidèle avait provoqué l'ordre du jour du général en chef, dans lequel le contre-amiral Blanquet-Duchayla était inculpé, et que la marine avait appris avec satisfaction que le Directoire avait rendu justice à cet officier. (Moniteur, 26 germinal an vII. )

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" Lettres du 4 fructidor (21 août).

ici nus; et la plupart d'entre eux, plutôt que de se rendre, ont préféré de se jeter à la mer. J'ai signé leurs états de pertes, et je leur ai fait distribuer, en attendant, quelques effets du magasin. Je pense donc que ce ne serait pas sans provoquer des murmures, que l'on accorderait des dédommagemens aux officiers de la marine, si l'on n'en donnait en même temps aux officiers de terre; et je prends la liberté de retenir les -15,ooo francs que vous aviez affectés au général Gantheaume , jusqu'à ce que vous ayez pris un arrêté général pour les souffrances des deux

armes *. » " -« Parmi tous les motifs d'espérance que vous me donnez, il n'en est qu'un que mon coeur refuse d'admettre, c'est celui que vous fondez sur la marine. Je regrette le clou, la planche qu'on y emploie. Le pauvre Casabianca m'a dit une fois, en gémissant, et comme s'il avait pressenti ce qui devait lui arriver : « Notre marine est un cadavre infect. » C'est pis encore. · : Le frère du général Reynier, qui était passager sur l'aviso le Léger, pourra vous rendre compte de l'insigne lâcheté de cet équipage; le capitaine a été le premier à se coucher sur le ventre. Hier matin, deux heures avant le jour, les Anglais surprirent l'aviso la Torride, armé de trois pièces de dix-huit, sous le fort d'Abouqyr; ils vinrent l'attaquer avec de simples canots, montèrent à l'abordage, èt firent prisonnier tout l'équipage

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endormi; le fort ne fut prévenu que par les coups de fusil que l'on tira dans le temps que les Anglais étaient déjà à bord; le capitaine a été puni en recevant neuf blessures ; il a été rendu. Vous ne sauriez croire, citoyen général, combien ces récits pénètrent nos soldats d'indignation. · L'infanterie, qui se trouvait à bord de quelques bâtimens, m'a demandé, de la manière la plus pressante, à en être retirée pour rejoindre ses corps respectifs ; j'y ai d'autant plus facilement accédé, qu'il était aisé à la marine de remplacer ses garnisons par des marins même, et que je pouvais par là renforcer celle de Rosette, que le général Menou trouvait beaucoup trop · faible. Ne vous en prenez pas à l'ordonnateur seul de la marine, si vous n'avez pas encore reçu un état approximatif du personnel et du matériel qui se trouvent dans le port; il aurait fallu qu'il eût été secondé par des hommes nerveux, et en quelque sorte identifiés avec la chose, et, j'ai beau observer, je n'en aperçois guère. Gantheaume qui, d'abord fort abattu, a repris son équilibre, est le seul qui paraisse se sentir, et dont vous puissiez tirer parti. ' - J'ignore la nature des blessures du capitaine de pavillon Gilet; il est parti d'ici assez bien portant. Quant au capitaine de frégate Martinet, il est le seul qui m'ait offert ses services à son retour; je lui ai donné le commandement de la lé· gion nautique, dont deux compagnies se trouvent déjà à Abouqyr; les quatre autres les suivront

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