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vous aviez donnés pour arrêter les instigateurs des troubles de Rome, n'avaient pas été exécutés, et que tous les officiers avaient donné leur parole d'honneur de ne pas souffrir leur arrestation; ce qui avait obligé le général Saint-Cyr à se relâcher de l'exécution de vos ordres. J'ai, sur-le-champ, fait arrêter quatre officiers du 7°. de hussards et quatre de la 61°., qui sont désignés par les chefs comme les principaux meneurs. Je les ai destitués et renvoyés en France, comme indignes de servir dans les troupes de la République. N'ayant pas le temps de faire faire leur procès, j'ordonne qu'on les tienne au fort Lamalgue, jusqu'à ce qu'on ait reçu vos ordres ". » Barraguay-d'Hilliers ne pouvant, à cause du mauvais état de sa santé, suivre l'expédition, Bonaparte le renvoya en France, sur la frégate la Sensible; le chargea de porter au Directoire le grand drapeau de l'ordre et ceux de plusieurs régimens, et lui rendit le témoignage qu'il s'était toujours conduit avec distinction à l'armée d'Italie, et fort bien acquitté des différentes missions qui lui avaient été confiées *. La Sensible fut prise par la frégate anglaise le Cheval Marin. Barraguay-d'Hilliers fut fait prisonnier avec le poëte Arnault, qui retournait aussi de Malte en France, et conduit à l'escadre de l'amiral Jervis, devant Cadix. Barraguay-d'Hilliers écrivit de cette ville au Directoire, pour obtenir

• Lettre du 29 prairial.
* Lettre de Bonaparte au Directoire, du 5o prairial.

| son échange. Relâché peu de temps après, sur parole, il apprit, en rentrant en France, qu'il avait été destitué, comme prévenu d'avoir empêché la Sensible de se défendre, pour sauver ce qu'il avait à bord. Il demanda à être jugé, et fut honorablement acquitté. Le 28 ( 16 juin ), l'escadre commença à sortir de Malte. Bonaparte y laissa le général Vaubois avec une garnison de quatre mille hommes, et se renforça d'environ deux mille hommes de troupes maltaises. Le 1". messidor(19juin), l'escadre mit à la voile et cingla vers sa destination. Le 13 ( 1". juillet), le Directoire, par un message, instruisit les conseils de la prise de Malte et des griefs qui l'avaient motivée. C'étaient les dispositions hostiles manifestées par le grand-maître contre la République ; la permission accordée à l'Espagne et à l'Angleterre, et refusée à la France de recruter des matelots dans l'île; la persécution des Français et des Maltais qui s'étaient montrés favorables à la cause française ; un manifeste du grand-maître, du 1o octobre 1793, par lequel il fermait les ports de Malte aux bâtimens français, et déclarait qu'il ne pouvait, ne voulait, ni ne devait reconnaître la République. Le 21 prairial de cette année même, ajoutait le Directoire, la demande faite par le commandant des forces françaises dans ces mers, d'obtenir la faculté de faire de l'eau dans les différens mouillages de l'île, a été refusée avec cette forme ironique : Que le grand-maître ne pouvait laisser entrer plus deux bâtimens de transport à la fois ; cc qui aurait exigé plus de trois cents jours pour donner de l'eau aux troupes françaises. Oser ainsi insulter une armée de la République, commandée par le général Bonaparte ..... ! Et cependant, il faut l'avouer, depuis le 1o octobre 1793 jusqu'au 2 I prairial an v1 , malgré quelques complaisances du grand-maître pour les ennemis de la France, on ne citait, de sa part, aucun acte d'hostilité ; car on ignorait encore le traité conclu entre lui et la Russie, qui, sans être positivement hostile contre la France, reconnaissait cependant l'empereur Paul, comme protecteur de l'ordre de Malte. La conduite du grandmaître, le 21 prairial, était un acte de prudence que justifiait assez la présence d'un armement formidable, auquel c'eût été livrer les ports de l'île, que de lui en permettre l'entrée. Tous ces griefs n'étaient donc que des prétextes pour colorer une invasion résolue depuis longtemps, parce que, dans le fait, l'occupation de Malte importait essentiellement au succès de l'expédition d'Égypte, et que cette île serait infailliblement tombée au pouvoir des Anglais, si Bonaparte ne s'en était pas emparé d'avance. De toutes manières, c'en était fait de l'indépendance de Malte. Les conseils législatifs déclarèrent que l'armée française de terre et de mer avait bien mérité de la patrie. Quant au général, à en juger par les expressions de deux ministres, il était au-dessus de tous les éloges.

« Une des places les plus fortes du monde, lui écrivit Schérer, ministre de la guerre, prise aussitôt qu'assiégée et presque sans effusion du sang français, est encore un de ces prodiges avec lesquels il n'appartient qu'à vous de nous familiaI'lSGI*. -

La conquête d'une île, aussi importante sous tous les rapports, suffirait pour consommer une grande expédition; mais pour votre armée, elle n'est que le début des événemens qui vont continuer d'imprimer à vos travaux le sceau du génie, et leur donner ce caractère de grandeur que les siècles ne peuvent effacer. » " ,

« Quelque utile et brillante qu'ait été la carrière militaire et politique que vous avez parcourue jusqu'à ce jour, écrivit le ministre de la marine, Bruix, quelque immensité de gloire que vous vous soyez acquise, jamais, cependant, vous n'avez tenu dans vos mains de plus grands intérêts; jamais vos destinées n'ont été plus étroitement liées aux destinées de votre patrie et à celles du monde.

Comme marin ; j'avais les plus vives inquiétudes sur vous et vos vaisseaux; comme Français, je me reposais sur votre génie et sur la fortune qu'il a su enchaîner. -

L'Europe incertaine et attentive, attendait impatiemment de vos nouvelles. Un revers eût ranimé toutes les haines et toutes les ambitions ; mais vous ne faites parler de vous que par la victoire.

Poursuivez, citoyen général! Que la marine vous doive sa réhabilitation dans l'estime publique et sa part à la gloire nationale ! Je voudrais pouvoir vous aider plus efficacement ; je voudrais pouvoir faire passer des secours à ces précieux établissemens de l'Adriatique et de la Mer Égée, utiles fondations par vous faites à la prospérité de vos armes et à l'accroissement de nos richesses commerciales. Mais c'est encore vous, citoyen général, qui suppléerez, par vos heureuses conceptions, à la pénurie de nos moyens. Vous avez vu de près les difficultés, et vous savez tenir compte des sentimens et de la bonne volonté *. » Le ministre célébra, dans un banquet splendide, la prise de Malte. Jusqu'ici la flotte française avait échappé à l'exploration des croisières anglaises. Au départ de l'expédition , Bonaparte avait donné ordre aux vaisseaux qui éclairaient la marche de l'escadre et du convoi, d'arrêter tous les bâtimens qui seraient trouvés dans la Méditerranée, afin de dérober sa marche aux Anglais. Avant d'arriver à Malte, on rencontra six bâtimens suédois, destinés pour Naples. On amena les capitaines à bord de l'Orient. Bonaparte , au lieu de les retenir , se contenta de leur parole d'honneur, qu'ils entreraient à Cagliari, et qu'ils y resteraient quelques jours pour lui donner le temps de faire route. Ils tinrent leur promesse. Le gouvernement suédois fit afficher à la bourse

* Lettres des 16 et 17 messidor.

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