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TYPOGRAPHIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES,

RUT JACOB , n° 56.

FRANCE

ANNALES HISTORIQUES,

RAR

M. PH. LE BAS,

MEMBNE DE L'INSTITUT (ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES),

MAITRE DE CONFÉRENCES A L’ÉCOLE NORMALE, ETC.

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GIFT OF CHARLES A KOFOLD

L'histoire, comme toute science, a besoin , pour être bien comprise, d'être envisagée au double point de vue de la synthèse et de l'analyse. En effet, la vie d'un peuple vraiment digne de ce nom est à la fois une et multiple : une, parce que les principaux faits qui la composent sont la déduction des lois générales qui président au développement de la nation; multiple, parce qu'il faut tenir compte d'un nombre infini de faits qui ont tous un caractère particulier et une importance relative. L'ensemble et les détails, voilà ce qu'une histoire complète est tenue de renfermer.

Si l'historien ne montre que l'ensemble, le lecteur, trop souvent obligé de croire sur parole, peut craindre à bon droit qu'on ne lui donne pour la loi de l'histoire, ce qui n'est qu'une opinion personnelle de l'auteur, et trop souvent la conséquence d'un système. Si, au contraire, l'historien s'appesantit exclusivement sur les détails, sa composition n'est plus qu'un répertoire plus ou moins riche, où les faits sont accumulés sans aucun lien qui les unisse. La loi générale qui domine tout, qui donne à chaque fait sa signification et la vie, s'efface complétement ou reste dans l'ombre.

Dans le travail que nous offrons au public, cet écueil a été évité autant que possible. Pour atteindre le double but dont il vient d'être question, on a divisé l'ouvrage en deux parties distinctes. Les Annales, représentant la physionomie générale de l'histoire de France, et signalant, sans système, sans idée préconçue, le résultat définitif auquel les événements ont abouti, font comprendre que tant d'actes d'héroïsme, tant d'efforts gigantesques n'ont pas été produits inutilement, que tant de sang n'a pas été versé à plaisir; tandis que, dans le Dictionnaire, les faits que les Annales ont indiqués soramairement viennent recevoir le développement convenable, suivant leur degré d'importance. De la sorte, rien n'est sacrifié; l'ensemble et les détails s'éclairent tour à tour; la nation, l'être collectif n'empêche pas de voir les héros et les grands hommes, et, réciproquement, les individus n'empêchent pas de contempler la majesté de la nation.

Nous nous sommes surtout attachés, dans les Annales, à présenter la suite chronologique des événements, en ayant soin, comme nous venons de le dire, de faire ressortir la loi générale de notre histoire, qui consiste,

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selon nous, dans la marche progressive de la nation vers une généreuse égalité des devoirs et des droits.

L'histoire des Français ne date vraiment que de la chute de l'empire fondé par Charlemagne. Soumise jusqu'alors aux barbares, après avoir été si longtemps esclave des Romains, la nation ne donne, sous la première et la seconde race, presque aucun signe de vie; l'histoire de ses conquérants ne peut être considérée comme son histoire. Cependant, comme ces conquérants, soit qu'ils vinssent de Rome ou de la Germanie, se fondirent plus tard dans la nation, et que d'ailleurs les événements dont ils furent les acteurs, ont eu pour theatre le sol de la patrie, nous ne pouvions nous dispenser d'en parler au moins succinctement dans les Annales, en nous réservant de les étudier avec plus d'étendue dans le Dictionnaire. Là, nous pourrons déterminer avec plus de détails la part d'influence qu'ils ont eue sur le développement de la nationalité française.

C'est au dixième siècle qu'apparaît enfin cette nationalité, dont les premiers symptômes coïncident avec l'établissement du système féodal, c'est-à-dire, avec la destruction du pouvoir central, occupé jusque-là par des maîtres étrangers. Le premier instinct qui se fait alors sentir, après celui de la conservation d'où résulte l'extension du système féodal, c'est un instinct de liberté, qui donne naissance aux communes et aux municipalités. Mais ce double instinct doit bientôt céder devant la nécessité de recréer une puissante unité. Les rois deviennent alors les véritables représentants de la nationalité française; c'est de l'agrandissement de leur pouvoir, c'est du succès de leur lutte contre l'anarchie seigneuriale, que dépend l'avenir de la nation. Toutefois, cinq siècles doivent s'écouler encore, avant que cette lutte ait une solution définitive; pendant ce long intervalle, la France est morcelée en soixante ou quatre-vingts Etats indépendants, et réunis seulement par la similitude des institutions, des mours, des idées, des sentiments et du langage. Évidemment, l'histoire de France, pendant cette période, est autre chose que l'histoire de la dynastie royale. Nous avons donc cru nous conformer à la nature même des choses, en consacrant un des livres de nos Annales à la chronologie des grands fiefs, des communes et des établissements ecclésiastiques, pendant les dixième, onzième, douzième et treizième siècles.

Le triomphe des rois sur la féodalité commence au quinzième siècle, avec le règne de Louis XI; mais la lutte ne se termine pas en un seul combat; elle doit se prolonger, avec de nombreuses alternatives de succès et de revers, jusqu'au dix-septième siècle. Elle cesse sous le règne de Louis XIV. Ce règne, préparé par la dictature de Richelieu, est

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