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DIX-HUIT FRUCTIDOR;

SE S CAUSES ET SES EFFETS.

Dedimus profecto grande patientiæ documentum ;

ita ut adempto per inquisitiones et loquendi audiendi que commercio , memoriam quoque cum voce perdidissemus , si tam in nostra potestate esset oblivisci , quam tacere.

"Tacit. vit. Agric. i TRADUCTION. « Nous avons, certes , donné l'exemple d'une pa

tience inouie, et telle qu'ayant été privés par la plus farouche tyrannie , de la faculté d'entendre et de parler, nous eussions dû perdre la mémoire avec la voix,s'il étoit aussi possible d'oublier que de se taire ».

TOME I I.

A HAM BOURG.

17 99.

DIX-HUIT FRUCTIDOR;

SES CAUSES ET SES EFFETS.

CHAPITRE XVIII.
Effets du dix - huit fructidor sur la

littérature.

Quels chants pouvoient former les enfans des neuf seurs?
Sous un ciel orageux dans ces temps destructeurs ; .
Des chantres de nos bois les voix sont étouffées,
Aux siècles des Midas on ne voit point d'orphées.

Volt. Ep. à Boileau.

LOCKMAN inventa l'apologue pour tromper les soupçons des despotes de l'Asie. Des despotes plus farouches en France ont proscrit même l'apologue.

Que leur importent la vérité, les apologues, les graces du style, les images de la poésie ? ils veulent règner sur des lâches et sur des i sots, et ils ont fait plus de la moitié du

chemin : ils ont mis à leur indez le courage

et la pensée.. . - Mais lorsque le barbare Scheïner tourmentoit dans les cachots de l'inquisition de malheureux Galilée , au moins n'avoit-il pas la prétention de lui prouver qu'il étoit heureux et libre d'écrire sur le mouvement dela terre.

Ceux-ci nous crevent les yeux et nous disent : voyez la lumière ; ils nous roulent 'sur des pointes de fer, et ils disent que ce sont des lits de roses, Ecoutez-les encore.

« Nous voulons qu'on écrive sur tous les sujets ; mais on ne louera que nos vertus, Yos vertus ! scélérats !!!!

Dès qu'un homme puissant offre de payer son éloge , il ne manque. pas d'adulateurs pour le faire, ni de sots pour le lire.

Si les journaux s'étoient encore bornés à nous transmettre les tendres sollicitudes des bourreaux qui nous écorchèrent tout vifs, on se seroit contenté de gémir sur leur bassesse, mais ils menaçoient les incrédules d'un surcroit de supplice, et l'indignation succédoit au dégoût.

On écrivoit donc encore dans ces tems déplorables ; on écrivoit malgré les ceps qui enchainoient la pensée. On continuoit de faire des journaux, des vers , des drames, des romans et même de gros livres ; mais les gros livres étoient également étrangers à la morale et à la politique ; les romans étoient sans imagination, les drames sans couleur, les vers sans poésie, les journaux sans esprit. :

Les journalistes frappés du double timbre de la poste et de la peur, étoient couchés ventre à terre devant l'autorité suprême qui les méprisoit autant depuis le 18 fructidor, qu'elle les avoit redoutés auparavant,

Exceptons pourtant de la sévérité de cet arrêt le Censeur. Dramatique par M. Grimod de la Reynière , qui continua d'écrire après le 18 avec le même courage, le même esprit et la même décence...,. L'existence de cette feuille quoiqu'étrangère à la politique contrastoit trop évidemment avec tout ce qui existoit alors, pour ne pas choquer l'oeil du despote.

C'étoit une espèce de monument antique qui s'élèvoit au milieu des ruines générales, Un ordre émané du Luxembourg le 22 pluviðse an' v , vint le renyerser à côté des autres.

AL

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