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lui avait surtout aliéné les princes ecclésiastiques. D'un autre côté, l'acquisition de Venise ne pouvait compenser l'échec porté à la domination autrichienne en Italie par la création des Républiques cisalpine, ligurienne, romaine, et bientôt même de la parthénopéenne. L'Empereur avait également perdu tout crédit en Piémont, que la Cisalpine séparait de ses états; ce faible royaume semblait n'attendre qu'un ordre du Directoire pour devenir province française.

Napoléon, dans ses importantes relations diplomatiques à Léoben, à Campo-Formio, à Rastadt, avait toujours observé vis-à-vis de l'Autriche les égards dus à une aussi grande puissance. En traitant d'égal à égal, il avait relevé son caractère personnel et celui de sa nation, et il avait pris un soin particulier d'inspirer pour lui une confiance politique entière; mais le cabinet de Vienne n'était pas, avec raison, aussi confiant dans le Directoire, dont la marche révolutionnaire, en France et au-dehors, réveillait perpétuellement ses craintes. Il ne pouvait se dissimuler que c'était Napoléon qui avait fait la paix de Campo-Formio. Les reproches que le Directoire avait adressés à son négociateur, sur la cession de Venise le lui eussent assez prouvé, si la révolution helvétique, faite par la violence au lieu d'être l'effet d'une négociation, n'était venue mettre le comble à ses

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alarmes, en ce qu'elle donnait à la République d'inexpugnables positions et les débouchés du Tyrol, de l'Allemagne, et des provinces vénitiennes.

Le Directoire en était encore à détester les rois; cependant son gouvernement n'était point populaire en France. Il était en horreur aux souverains de l'Europe; cette passion révolutionnaire de la Convention, cette haine des trônes les tenaient tous en échec et en haleine. L'Autriche ne désarma point, malgré la paix de CampoFormio, conquise par soixante-dix-sept victoires. Les lenteurs de la diète de Ratisbonne et du congrès de Rastadt servirent utilement ses intentions secrètes. Déja elle se reprochait d'avoir signé la paix. L'Angleterre mit à profit tant de causes de mécontentement, pour former une nouvelle coalition; elle porta ses regards vers l'empereur Paul Ier, le roi de Naples, le roi de Sardaigne et le grand-duc de Toscane, pour replacer toute la péninsule sous le joug de la maison d'Autriche, dont la possession de Venise compléterait la domination.

§ II.

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Avant le traité de Pilnitz, l'impératrice Catherine avait paru témoigner de la répugnance pour la révolution française. Ce traité avait été fait à

son insu. C'était par la Prusse que les Princes arrivaient à l'Angleterre. La Russie était donc peu intervenue dans les affaires de l'Europe; mais, à raison des Polonais et des Turcs, elle était liée d'intérêts avec l'Autriche, et elle entretenait avec ce cabinet des relations journalières d'amitié. Catherine avait donné à la première coalition l'espérance d'une coopération imposante; Gustave III en avait pris l'engagement en son nom. Cependant elle n'avait disposé de sa politique qu'avec parcimonie; elle s'était contentée d'ouvrir ses états, et parfois ses trésors, à l'émigration française. Elle avait, il est vrai, offert solennellement, en 1793, une épée au comte d'Artois, et mis à sa disposition une frégate pour le conduire en Angleterre; elle avait même joint quelques-uns de ses vaisseaux à la flotte anglaise; mais pas un soldat russe ne s'était montré sur les bords du Rhin. L'Autriche seule, depuis la retraite des armées prussiennes, avait lutté contre la révolution française. Catherine pensait en grand Roi à son traité de commerce et aux avantages qui pourraient en résulter pour ses peuples, quand la fièvre révolutionnaire aurait fait place en France aux grands intérêts de l'état. Un autre motif l'empêchait d'envoyer ses troupes au secours de Coblentz; l'éclat et la puissance que les victoires de Frédéric venaient de donner à la Prusse lui faisaient regarder avec inquiétude de ce côté; elle ne voulait point dégarnir ses frontières, surtout depuis que la Prusse avait saisi la première occasion de reconnaître la République. Les cabinets de Saint-Pétersbourg et de Vienne considéraient alors avec raison cette puissance comme amie nécessaire de la France et leur ennemie naturelle.

Cependant Catherine ordonna un armement considérable, et ses flottes allaient montrer son pavillon dans les mers de France, quand la mort la frappa : ce fut un dangereux ennemi de moins pour la République. La politique de la Russie et de l'Autriche leur commande impérieusement de ne jamais se perdre de vue; elles avaient adopté un système d'alliance apparente contre la révolution; mais elles surveillaient réciproquement leur prépondérance, et ne pensaient à se rallier franchement que quand il y aurait péril pour chacune d'elles. La cession du Rhin à la République, l'ascendant du Directoire dans les négociations de l'Empire, sa conduite en Hollande, en Suisse, en Italie, décidèrent Paul, héritier de la politique de sa mère, à prendre une part active dans la nouvelle lutte que l’Angleterre suscitait. Il s'engagea à envoyer sur les champs de bataille une nombreuse armée dont il confia le commandement à Suwarow, déja célèbre par ses victoires et ses cruautés contre les Turcs et les Polonais. Paul avait un certain besoin de gloire, et surtout de gloire person-nelle; il souriait à l'idée de montrer ses drapeaux aux peuples civilisés de l'Europe, et il ne voyait pas d'ennemi plus noble à combattre que celui qui venait d'enlever l'Italie tout entière à son allié d'Autriche. Quand Napoléon partit pour l'Egypte, l'armée russe commençait à se rassembler en Gallicie.

S. III. LAngleterre n'avait pointpardonné à Louis XVI la perte de ses colonies, de ce vaste empire de l'Amérique du nord, qui, avec celui de l'Inde, l'aurait fait régner paisiblement sur le commerce des deux hémisphères. Ce prince malheureux avait, par cette entreprise d'une haute politique, élevé la marine française au premier rang; il avait donné à la haine nationale la plus belle satisfaction. La France se serait trouvée dotée, aux dépens de l'Angleterre, de tous les avantages du commerce avec le nouvel État indépendant. Louis XVI se rendait ainsi le bienfaiteur de deux grandes nations. Rien jusqu'à présent n'a pu altérer l'amitié que cimenta dès lors la reconnaissance des Américains. Sous la Convention, sous le Directoire, ce même lien a subsisté; sous le Consulat et sous l'Empire, il a donné

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