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de quatre fois moins considérables. Mais le fac-simile, devenant microscopique, perd de son utilité, et l'économie en question est peut-être une dérogation regrettablc aux habitudes bien connues de générosité de la commission qui dirige la publication des Monuments grecs.

Ch. G.

230. Apologie pour Hérodote, par Henri Estienne, avec introduction et notes par P, RisTELHUBER. Paris, Liseux. 1879, in-8°, 2 vol. XLVIII-427 et 505 p.

Prix : 25 fr.

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Le grand mérite de cette édition, c'est de contenir les quelques passages qu’Estienne avait dû, sur l'injonction du Conseil de Genève, modifier à l'aide de cartons. Ces cartons ne portaient pas seulement, comme on l'avait cru, sur l'endroit relatif au couilliage (droit qu'auraient payé les prêtres pour avoir la liberté d'entretenir des concubines), mais sur quelques autres morceaux jugés trop libres. Un des rares exemplaires de l'édition princeps échappés au cartonnage a été mis à la disposition de M. Liseux par M. le baron de Ruble, et ce libraire n'a pas hésité, quand il s'est aperçu de l'état réel des choses, à réimprimer toutes les feuilles de ses deux volumes, déjà terminés, où se trouvaient ces passages, pour les réintégrer tels que les avait d'abord écrits l'auteur, en mettant en note les leçons corrigées. Voilà un sacrifice dont la critique ne saurait trop le louer. Disons, cependant, que ces passages n'ont en eux-mêmes rien de fort piquant ni de fort intéressant : quelques mots un peu crus en avaient fait tout le scandale, et encore ce qu'il y a de plus fort est-il textuellement pris du fameux sermon du Cordelier ajouté aux contes de la reine de Navarre. -- Un autre enrichissement fort agréable à trouver dans cette édition est l'Avertissement qu'Henri Estienne publia peu de temps après le livre, et qui lui valut les censures du Conseil de Genève. Devenu à peu près introuvable, ce morceau curieux avait été réimprimé à Londres à cinquante exemplaires par M. Turner ; il avait tous les titres à figurer en tête de l'Apologie. - Enfin M. Ristelhuber a publié, d'après une obligeante communication de M. Th. Dufour, directeur des Archives de Genève, tout ce qui concerne l'affaire de l'Apologie et celle de l'Avertissement dans le registre des délibérations du Conseil. Tout cela donne à la nouvelle édition une véritable valeur.

En elle-même, elle est très-bien exécutée, sauf quelques fautes d'impression. On peut regretter que l'on ait supprimé dans l'intérieur des chapitres la division en paragraphes numérotés, qui facilitait les citations. L'éditeur n'a pas mis, à vrai dire, d'introduction, et le livre d’Estienne en appelle pourtant une, qui pourrait être fort intéressante. Les notes, dont il faut louer l'opportunité et l'ordinaire sobriété, ne sont cependant ni suffisantes ni complètes. L'éditeur a surtout fait des notes philologiques, dont quelques-unes sont excellentes, comme celles qui se réfèrent à d'autres livres d'Estienne ou à l'usage courant du xvie siècle, dont d'autres sont souvent déplacées et parfois peu exactes, comme celles qui touchent l'étymologie. Les rapprochements des contes insérés par Estienne avec les autres versions qu'on en connaît sont tantôt très complets et même surabondants, tantôt nuls : cela dépend des secours que l'éditeur a trouvés dans des ouvrages antérieurs. Enfin, les notes historiques sont généralement satisfaisantes; elles remontent d'ailleurs en grande partie à l'édition de Le Duchat. L'indication des sources d'Henri Estienne et de la valeur réelle de ses dires est ce qui laisse le plus à désirer. La table faite exprès pour cette nouvelle édition ne rendra pas les services qu'on pouvait en attendre : elle n'est ni complète ni bien ordonnée.

En somme, par ses passages inédits, par les documents qui y sont joints et même par le commentaire, l'édition que nous annonçons du curieux livre d'Henri Estienne est supérieure à toutes celles qui l'ont précédée et mérite de prendre place dans les bibliothèques des lettrés.

231. - 1. H. VIEHOFF, Gothes Leben, Geistesentwickelung und Werke.

Vierte umgearbeitete Auflage, 4 parties en I vol. in-8°, Stuttgart, C. Conradi,

1877. Prix : 9 mark (u fr. 25). - 2. H. VienoFF, Gæthes Gedichte erläutert und auf Ihre Veranlas

sungen, Quellen und Vorbilder zurückgeführt, 3. Aufl., 2 vol. in-8, Stuttgart, C. Conradi, 1876. Prix : 6 mark 17 fr. 50). - 3. H. VIEHOFF, Schillers Gedichte erläutert und auf ihre Veranlas. sungen, Quellen und Vorbilder zurückgeführt, nebst Varianten. sammlung, 5. Aufl., 3 vol. in-8°, Stuttgart, C. Conradi, 1876. – Prix : 6 mark (7 fr. 50).

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Nous arrivons un peu tard pour recommander à nos lecteurs les nouvelles éditions des trois ouvrages mentionnés ci-dessus : du reste, leur réputation n'est plus à faire et, depuis de longues années, ils sont entre les mains de tous ceux qui s'intéressent à Geethe et à Schiller. Néanmoins, et en raison du bon accueil que leur a fait de tout temps le public lettré, nous ne pouvons nous empêcher, en en signalant la réapparition, d'exprimer tout le regret que nous avons éprouvé en constatant la négligence avec laquelle l'auteur les a laissé réimprimer. Il semble n'avoir nul souci des découvertes faites dans ces dernières années dans le champ de la littérature allemande, il semble même ne s'être pas donné la peine d'en revoir les épreuves; c'est le cas surtout pour la Vie de Goethe, dont les quatre volumes fourmillent d'erreurs matérielles, de fautes d'impressions et d'orthographe dans les noms d'hommes et de lieux.

Pour commencer par le plus important de ces trois ouvrages, la Vie, le développement intellectuel et les cuvres de Goethe, M. Viehoff, comme il nous en avertit, en a bien modifié le titre, pour le mettre en

harmonie avec le titre de son ouvrage analogue sur Schiller, mais c'est à peu de chose près le seul remaniement qu'il y ait opéré. Çà et là, à la vérité, il fait bien allusion à quelque ouvrage récent paru sur la matière; mais ces additions paraissent avoir été faites d'une manière hâtive et pour la montre. Si M. V. avait lu attentivement certains ouvrages qu'il invoque, il ne nous renverrait point, par exemple, à propos de l'interprétation du Conte (t. III, p. 225), à l'ouvrage de M. Baumgart, sans nous avertir que, pour être la dernière en date, cette interprétation n'en est pas moins la première par l'extravagance de l'explication, l'emphase du style et la singularité des idées ?.

Mais c'est surtout pour la première période de la vie de Goethe que M. V. aurait dû réviser son travail à l'aide des nombreux documents mis au jour par la critique dans ces dernières années. Aucune période de la littérature allemande n'a été l'objet de travaux plus divers, aucune n'a été plus féconde en résultats nouveaux que celle du Sturm und Drang. Malgré cela, M. V. continue toujours à s'en rapporter presque uniquement à Poésie et Vérité ?, dont il reproduit, autant que possible, les termes mêmes dans son récit. Certes, ce procédé avait du bon, et, partout où les circonstances s'y prêtent, il y a tout à la fois avantage et plai

a sir pour le lecteur à étudier la vie de Gæthe, les impressions et les évolutions de son esprit d'après son propre récit. Mais le respect de la vérité exigeait en maint endroit plus d'une rectification : si l'on pardonne à Goethe, écrivant à quarante ans de distance l'histoire de sa jeunesse, de s'être souvent laissé aller à une illusion, qui lui fait plus ou moins inconsciemment confondre, transposer ou même altérer des événements importants de son existence, on n'est point tenu à la même indulgence envers un critique, qui a précisément pour mission de rétablir les faits sous leur vrai jour et de rectifier les erreurs accidentelles ou voulues du poète.

Pour ne citer qu'un des récits les plus connus de Goethe, d'après Poésie et Vérité, Goethe, dès son arrivée à Sessenheim, aurait été frappé de la ressemblance qu'offrait la famille Brion avec celle du Vicaire de Wa. kefeld, dont, ajoute M. V., Herder venait de lui faire faire la connaissance. (T. I, p. 167.) Or, comme chacun sait, ce n'est qu'en novembre et bien après sa première visite à Sessenheim, que Goethe fut amené, par ses entretiens avec Herder, à lire l'ouvrage de Goldsmith. C'est seulement alors que, comparant avec la famille, mise en scène dans le Vicaire de Wakefield, celle au sein de laquelle il avait été accueilli récemment, il établit ce parallèle destiné à un si grand retentissement.

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1. Cf. Revue critique, 1878, jer semestre, n° 16, p. 262.

2. Dichtung und Wahrheit et non, comme M. V. et bien d'autres persistent à écrire, Wahrheit und Dichtung. Il n'est pas permis de continuer à modifier arbitrairement un titre, que Goethe n'a adopté sous la forme reproduite par nous qu'après mûre réflexion.

De même, contrairement à ce que dit M. V. (t. I, 167-168), la fille ainée du pasteur Brion n'était pas morte de bonne heure; elle était mariée au pasteur Gockel du petit village badois d'Eichstetten ; elle ne se trouvait donc plus à la maison paternelle lors des visites de Goethe, et comme, d'autre part, dans les excursions qu'il fit avec la famille Brion des deux côtés du Rhin, Goethe n'alla pas jusqu'à Eichstetten, situé entre Emmendingen et Vieux-Brisach, Marie-Salomée (la seconde des demoiselles Brion) fut et resta toujours pour lui l'aînée des filles du pasteur.

En outre, Frédérique avait alors environ dix-huit ans et non seize (elle était née en 1752 et avait été confirmée en 1766, c'est-à-dire, suivant la coutume du pays, vers l'âge de quatorze ans) ; il en est de même pour sa plus jeune saur, qui, confirmée en 1770, devait avoir au moins quinze ans et non sept.

Ce sont là, si l'on veut, des détails de peu d'importance; mais on a tant discuté sur cette « Idylle de Sessenheim », que tout ouvrage prétendant au titre de sérieux n'a pas le droit d'ignorer les résultats cer. tains acquis sur ce point par la critique.

Si nous ne craignions pas de fatiguer nos lecteurs en poursuivant plus loin ces rectifications de détails, nous aurions encore bien des inexactitudes à signaler, bien des objections à faire, bien des additions à indiquer à M. V., pour l'histoire de cette période, qui était, il y a quelques années, la moins connue de la vie de Goethe, et autour de laquelle s'était rapidement formée une espèce de légende, que la critique d'aujourd'hui s'efforce non sans peine, mais non sans succès, de remplacer par des faits bien constatés et des données authentiques. Il y aurait lieu, par exemple, d'insister sur les rapports de Goethe avec le jeune Maximilien, dont M. V. ne cherche pas même à découvrir l'identité, sur l'influence exercée sur Goethe par Mlle de Klettenberg, dont M. V. dit à peine quelques mots, sur les relations de Gæthe avec Jeanne Fahlmer et les Jacobi, relations pour lesquelles les Lettres de Gathe à Jeanne Falhmer 'nous offraient de précieux renseignements inédits, sur la table d'hôte de la rue Mercière, dont quelques commensaux nous semblent inexactement nommés par M. V., sur le voyage de Goethe en Lorraine, etc.

Mais cela nous conduirait trop loin : un mot seulement encore sur les textes cités par M. V. et sur l'exécution matérielle du livre. M. V. parait complètement ignorer les deux ouvrages les plus importants, parus quelque temps avant le sien, sur la jeunesse de Goethe : nous voulons parler du Jeune Goethe · de M. Bernays et de l'édition des Mémoires de Gæthe de M. G. von Loeper. Lorsqu'on veut suivre d'une manière approfondie le développement intellectuel d'un écrivain, il semble tout naturel d'étudier ses productions dans la forme originale, qu'il leur a donnée

1. Cf. Revue critique, 1877, per semestre, n° 4, p. 66. 2. Cf. Revue critique, 1876, jer semestre, n° 9, p. 146.

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lors de leur première apparition, et non à travers les remaniements qu'il a pu leur faire subir à trente ou quarante ans de distance. Le Jeune Goethe de M. Bernays offrait, sous ce rapport, à M. V., tout le secours désirable : une simple et rapide collation avec ce précieux recueil lui eût permis de rétablir partout, sans grand effort, dans ses citations, le texte primitif des lettres et des poésies de Gæthe : plus d'un passage témoigne malheureusement qu'il ne s'est pas donné cette peine. (Cf. entre autres I, 88, v. 1; I, 90, v. 2; I, 99, v. 2 et 3, etc.

Peut-être aussi avec un peu plus de soin dans la révision de ses épreuves, M. V. eût-il évité d'estropier les noms de Hauk (1, 96, 1. 13, et non Hank); Kronberg ou Kronenberg (1, 81, 1. 16, et non Kronburg); Gesner (I, 83,1. 17, et non Gessner ; Gesner est la forme que porte le titre de la première édition de ses Primae lineae isagoges...); Ludovici (I, 87, 1. 15, et non Ludwig); Lobstein (comme du reste M. V. l'écrit luimême I, 184, 1. 16, et non Lobenstein, I, 156, 1. 27); Bastberg (c'està-dire Mont-Saint-Sébastien] (I, 177, l. 10, et non Baschberg, qui n'est que la forme défigurée que prend le nom en patois. Ajoutons enfin que le Journal, dans lequel parurent les Pensées poétiques sur la Descente de Jésus-Christ aux Enfers et dont on avait été jusqu'à nier l'existence, (comme le remarque M. V. en note) a été retrouvé et s'appelle, non Der Sichtbare, mais Die Sichtbaren.

Mais en voilà assez en ce qui touche l'exactitude matérielle de ce livre. Nous ne voudrions pas, en prolongeant outre mesure une analyse aussi minutieuse, laisser supposer que nous méconnaissons la haute valeur littéraire du travail de M. V. Aussi bien son succès constant suffirait-il à nous réfuter, si telle était notre pensée. Tout ce que nous avons voulu, c'était, d'une part, mettre nos lecteurs en garde contre les erreurs, peu graves si l'on veut, mais en tout cas extrêmement fréquentes, d'un ouvrage qu'ils pouvaient être tentés d'accueillir en toute confiance, et, d'autre part, signaler à l'auteur lui-même la voie dangereuse dans laquelle il s'engage par son insouciance à l'égard d'euvres qui ont établi, et cela de la manière la plus légitime du monde, sa réputation littéraire. Qu'il prenne garde de faire par négligence pour ses propres ouvrages, ce qu'une piété mal entendue et excessive est en train de faire pour l'Histoire de la littérature allemande de Vilmar'. C'est trop peu pour un livre destiné à instruire de ne valoir que par la forme, et c'est à cela qu'arriverait fatament l'ouvrage de M. V., s'il ne se décidait à faire subir un sérieux remaniement à son travail à l'occasion d'une nouvelle et certainement très prochaine réédition. Qu'il veille surtout à ce que la réimpression se fasse dans des conditions suffisantes de correction et d'exactitude typographique.

A ce dernier point de vue les deux autres ouvrages de M. V. sont bien supérieurs à la Vie de Gæthe. Si ses Poésies lyriques de Gæthe lais

1. Cf. Revue critique, 1877, 2o semestre, no 3€, p. 134.

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