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condition servile qui était théoriquement celle de ces hiérodules pour ainsi dire laïques, de ces Qedechim, ou de ces Qedóchim, du tiers-ordre, ait reçu pour nom le mot même ou un mot proche parent de celui qui désignait la consécration.

Il est inutile de rappeler combien l'usage des pendants d'oreilles, portés par des hommes, était répandu chez les nations anciennes de l'Orient. Cet usage, qui a pu perdre ensuite toute signification, a, je pense, pour origine le point de départ religieux que je viens d'indiquer. Aujourd'hui encore en Syrie, un petit garçon voué spécialement à la Vierge ou à un saint, a l'oreille percée et reçoit l'anneau ou la pendeloque traditionnels. J'ai vu plusieurs fois des paysans musulmans qui s'étaient liés par un væu se faire autour du doigt ou du poignet une ligature de plusieurs spires de fil rouge. Je serais curieux de savoir s'il n'y a pas quelque chose de ce genre, plus ou moins obscurci, au fond de la mode des boucles d'oreilles, encore en honneur chez bon nombre de nos campagnards en divers points de la France. Il ne serait pas impossible de

ciens familiers avec la langue grecque. Je constate, en effet, dans les inscriptions bilingues, où les Phéniciens ont eu à rendre leurs noms en grec, qu'ils ont toujours procédé de la façon suivante quand il s'agissait d'un nom théophore du type Abd + * = Esclave de (tel ou tel dieu): ils ont choisi deux types de composés helléniques : x los ou x — @wpos, l’élément divin x étant déterminé constamment par ces sortes de tables de conversions mythologiques où les divinités sémitiques et helléniques avaient été mises presque officiellement en correspondance. Ainsi, étant donné que Athene Helios, Tanit = Artemis, Astoret = Aphrodite, Ousir (Osiris ; Dionysos : un Abd - Chemes, un Abd - Tanit, un Abd - Astoret, un Abd - Ousir, etc. (=serviteur de...

, et de...) deviennent indifféremment: un Héliodore, un Artemidore, un Aphrodisios, un Dionysios, etc. Il semble donc que les Phéniciens aient considéré les noms en ĉopos et en los comme équivalents entre eux et également aptes à rendre l'idée d'appartenance à la divinité, idée manifestement contenue dans leurs noms nationaux Abd + x. Cette façon de sentir les noms est peut-être grammaticalement abusive, mais elle est d'ordre historique, et je laisse le soin aux hellénistes d'examiner si elle est radicalement inconciliable avec le génie de la langue grecque. Je ferai, en outre, remarquer que si les Phéniciens avaient compris les noms x-čmpos, comme donné par tel dieu, ils auraient dû être tentés de réserver cette forme pour représenter la catégorie si nombreuse de leurs noms où cette idée est précisément exprimée; ce sont les noms en x-yathon : p. ex. Sanchoniathon, etc..., nonis qui veulent bien dire, eux:tel dieu a donné (Cf. dans l'onomastique punique les Deus dedit, Adeodatus, etc.)

I. Cf. La théorie des oblats chez les chrétiens occidentaux. L'oblation des enfants était déjà chose fréquente dans les premiers siècles du christianisme. La tonsure était le principal signe de la condition de ces oblats. Or, la tonsure a été adoptée comme une marque de servitude (la tête rasée). Je ferai remarquer de plus, à propos des réflexions exprimées plus haut sur la valeur vraie des noms propres en òmpos que le nom de l'hostie chez les Grecs est ĉõpov. Nous avons une médaille bien curieuse d'un oblat chrétien Gaudentianus, une bulla, un véritable qoudás, représentant sur une face l'oblation de Gaudentianus, sur l'autre, le sacrifice d'Abraham, où Isaac joue le rôle de dõpov ou hostie, rôle rigoureusement parallèle à celui de Gaudentianus. Ce rapprochement prend toute sa valeur si l'on réfléchit que l'arabe qoudås, pendeloque, etc...., a aussi le sens d'eucharistie.

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démêler une idée analogue dans l'usage de la bulla et de son équivalent dans les classes inférieures, le nodus, usage emprunté par les Romains aux Etrusques. En un mot, bon nombre de ces bijoux servaient, je pense, à marquer l'être voué au dieu, à charge, bien entendu, pour celuici de la garantir moyennant cette espèce de prime d'assurance, contre toute mauvaise chance. C'était en quelque sorte le MACL constatant l'obligation du dieu.

La question de linguistique vidée ou tout au moins débattue, M. B. passe méthodiquement en revue les diverses dénominations de la sainteté issues de cette racine qadach, dans l'application qu'en fait la Bible : 1° aux choses ; 2° aux hommes ; 30 à Dieu et aux anges. J'ai vainement cherché quelques réflexions sur l'origine de ce nom moderne si remarquable de la ville de Jérusalem, el-Qouds, la sainteté. Et pourtant, dans ce mot, qui est la base même de la thèse de M. B., se trouvent résumées d'une façon saisissante, toute l'histoire de ce centre religieux du monde israélite, toutes les conceptions théologiques, toutes les superstitions auxquelles il a servi pendant des siècles et sert encore de pivot. Ce nom de Qouds est l'écho direct et vivant du Migdach, du tabernacle où habitait Jehovah, du Codech, ou temple, du har haqqo-dech, ou de la montagne de la sainteté, etc. Il méritait certes d'étre inscrit à côté des noms de localités Qadech et Qadech-Barnea, sur lesquelles M. B. a écrit quelques pages judicieuses.

Dans les deux autres parties (pp. 143-231 et 231-270), M. B. examine la sainteté des eaux, des arbres et des hauteurs, chez les Sémites et en particulier chez les Hébreux : sources, fleuves et lacs sacrés des Phéniciens et des Syriens; sources sacrées des Hébreux; sainteté de la mer; arbres sacrés des Assyriens, des Phéniciens et Syriens, des Arabes et des Hébreux; montagnes saintes chez les Sémites idolâtres et chez les Hébreux.

Le plan tracé par M. B. aurait aussi comporté, il me semble, un chapitre spécial sur la sainteté des animaux, ou du moins de certains d'entre eux. C'est bientôt fait de dire incidemment : « Von der Heiligkeit lebender Thiere bei den Semiten ist bis jetzt nichts bekannt » (p. 146). J'estime, tout au contraire, que nous avons à ce sujet un grand nombre d'indications extrêmement intéressantes, et qu'il eût été utile et instructif de les recueillir et de les grouper méthodiquement. N'y a-t-il pas, en effet, les poissons sacrés, les colombes sacrées, les chevaux du soleil, les veaux de Samarie et tutti quanti? M. B. a rencontré, lui-même, sur sa route, plusieurs de ces objets vivants d'adoration. Comment se fait-il qu'ils ne lui aient pas rappelé qu'il passait, sans s'y arrêter, devant une question appartenant de la façon la plus intime à son sujet, et où il était expédient, par conséquent, de faire halte?

M. B. rapproche ingénieusement la nymphe Abarbarea, l'une des trois sources placées par Nonnus dans le voisinage de Tyr, de la sainte Bar

bara, dont le culte est si répandu en Syrie. M. Noeldeke ', dans un excellent article consacré au livre de M. B., fait à ce rapprochement une objection qui peut être, il me semble, écartée ou tout au moins atténuée, si l'on admet entre la sainte mythique, la nymphe de Nonnus, et la nymphe de l'Iliade, non pas une identité réelle, mais une de ces paronomasies si chères à l'antiquité. J'ajouterai que j'ai noté positivement, dans mes pérégrinations en Syrie, des Sources de Barbara : Ain Bourbara. M. Nældeke combat aussi l'explication du nom du fleuve phénicien Tapupas ou Ampoupas (= aujourd'hui Nahr Damour) par Tamar, palmier. Le problème, à mon avis, est plus compliqué qu'il ne le paraît, et il faut y faire intervenir encore un nouvel élément de complication, c'est l'équation certaine : Tadmor = Ilaa.upá.

A la liste des fleuves sacrés de Syrie, je propose d'ajouter un Belus ou Baal de Judée ? = le Nahr Roubîn qui se jette dans la Méditerranée au sud de Jaffa. Ce Belus inédit ne figure, il est vrai, sur aucune carte, ni dans aucun traité de géographie ancienne. Mais son existence ne m'en paraît pas moins certaine. Voici comment.

J'ai essayé dans le temps de démontrer, et je pense y être arrivé, qu'il y a dans le texte Josué, xv, 11, une faute évidente et qu'on doit lire Nahar hab-bacalah = le fleuve de Baal, au lieu du texte reçu harhabba'alah = la montagne de Baal 3, attendu qu'il ne saurait y avoir de montagne grande ou petite en cet endroit absolument plat de la côte de Judée. Le Baal de ce fleuve méconnu s'est transformé pour les Musulmans en un Ruben mythique (Roubîn), objet de la plus grande vénération, exactement comme l’Adonis du fameux fleuve Adonis, au nord de Beyrouth, actuellement le Nahr Ibrahim, est devenu un nom moins mythique Abraham 4, ou encore comme le Baal du Belus d’Acre, a eu pour héritier direct un Nomân.

Il y aurait beaucoup à dire sur le culte des sources chez les Arabes syriens, et M. B. aurait à puiser sur ce sujet, dans les légendes populai

1. Literarisches Centralblatt, 22 mars 1879, col. 363. 2. Homonyme du Belus d’Acre = Nahr Noeman.

3. De même Chikronah, mentionné dans le même passage à côté du Belus de Judée, n'a jamais été une ville comme on l'a toujours admis jusqu'ici, c'est un autre petit fleuve, le Nahar Soukreir ou Soukrein actuel, dont le nom se retrouve dans celui donné par les Phéniciens au Sucro d'Espagne. (Louxoov aujourd'hui le Jucar). Ces deux fleuves figurent dans le tracé de la limite septentrionale du territoire de Juda.

4. A l'actif de cette substitution toute locale du patriarche Abraham à Adonis, je me permettrai de signaler un assez curieux détail. Elien (N. an. 9, 36) nous parle d'un certain poisson qui porte le nom du dieu phénicien "Aĉwyıs (Etym. M. 'Ağwvis.) Or, il existe aujourd'hui sur la côte de Phénicie, un poisson fort estimé, dont je ne saurais préciser l'espèce, bien que j'en aie plusieurs fois mangé. Ce poisson s'appelle Soultan Ibrahîm, ce qui, au taux de conversion établi par : fleuve Adonis = Nahar Ibrahim, nous donne exactement le poisson Adonis, avec un rappel de la signification propre de Adon (maître) dans le mot Soultan.

res, de bien précieuses informations. Malheureusement ces légendes ont été dédaignées ou négligées jusqu'ici. Je signalerai entr'autres ces nombreux Ain et-tannour, invariablement associés à la fable du déluge, et appartenant à la grande famille des cácukta sacrés.

La source miraculeuse de Piscine Probatique et de la Bethesda avec l'ange qui vient en agiter l'eau salutaire, n'aurait-elle pas eu quelque droit à figurer parmi les sources saintes?

M. B. consacre une longue note (pp. 178, 179) à la fable de Persée et d'Andromède et principalement à sa localisation à Jaffa. Je regrette qu'il n'ait pas eu connaissance du mémoire que j'ai consacré, il y a plusieurs années, à cette importante question, et où je me suis efforcé d'établir par des preuves matérielles les étroits rapports, même onomastiques, ou pour le moins paronomastiques, qui existent entre Persée (doublet notoire d'Apollon), et Reseph, l'Apollon phénicien. Ce Reseph-Apollon a justement donné son nom sous la forme d'Arsouf (= Apollonia!), à la ville voisine de Jaffa, c'est-à-dire voisine du lieu où la légende a piacé le théâtre du combat de Persée. J'aurais été bien aise d'avoir sur ces diverses propositions, l'avis d'un juge aussi autorisé que M. Baudissio.

La tradition populaire de la Syrie méritait aussi d'être, plus qu'elle ne l'a été 2, interrogée sur la vénération encore vivante des arbres sacrés et quasi divins.

La légende du tamaris planté par Abraham à Beerseba (Genèse, I\i, 33), légende dont naturellement M. B. ne pouvait se dispenser de tous cher un mot à propos du culte des arbres chez les Hébreux, ne me semble pas avoir jusqu'ici reçu sa véritable explication. Il ne s'agit pas là d'un acte purement religieux, d'un arbre mis en terre, de but en blanc, par le pieux patriarche pour l'unique plaisir d'invoquer le nom de Jéhovah. Abraham a pour ce faire un motif plus pratique que le récit biblique n'a pas pris la peine d'articuler explicitement, mais qui me paraît nettement ressortir des considérations suivantes. D'abord, dan quelles circonstances a licu cette plantation qui a l'air, au premier coup d'oeil, d'arriver si i nopinément? Immédiatement après le traite d'alliance conclu entre Abraham et Abimelech, roi de Gerar, traité entouré de toute espèce de cérémonies destinées à en perpétuer le souvenir. La plantation de l'arbre a, selon moi, le même but commémoratif; c'est tout simplement un détail naïvement et textuellement emprunté par le narrateur à d'antiques coutumes populaires encore en vigueur aujourd'hui chez les paysans autochthones de la Palestine. En voici la preuve. L'arbre en question, le tamaris, s'appelle en hébreu echel; c'est exactement, essence pour essence et nom pour nom, le ethèl ou ethlé de l'arabe syrien. Or j'ai souvent entendu dire aux vieux fellihin que, lorsqu'on voulait fixer à jamais une limite contestée : on creusait, après accord, sur un point convenu, une fosse dans laquelle on enterrait des coquilles d'oeufs et du charbon, et, à côté, l'on plantait un tama. ris, un ethel, ou (echel), c'est-à-dire l'arbre même planté par Abraham. Les traces des coquilles et du charbon, disent-ils, ne disparaissent jamais et permettent de vérifier en tout temps le repère de la limite; quant au tamaris, c'est un memento durable qui sert à retrouver, même après des siècles, les témoins enfouis, car cet arbre robuste s'enracine profondément dans le sol et jouit, en outre, d'un extrême longévité! Son nom même lui vient de cette propriété, à en juger par les sens évidents et concordants des racines achel et athal en hébreu et en arabe, étre fortement, solidement fiché en terre.

1. Horus et Saint Georges. 2. Quelques lignes, p. 218.

La sainteté qui a pu s'attacher au tamaris d'Abraham est donc avant tout, dans l'idée du narrateur bien entendu, de la qualité de celle qui s'attache à tout monument commémoratif, à une borne de pierre par exemple, qui peut être vénérée en tant que borne et non pas nécessairement en tant que pierre (betyle).

Au sujet de l'adoration du Liban, M. B. paraît ignorer l'existence d'un document capital : les antiques fragments de bronze avec inscriptions phéniciennes, ou j'ai reconnu et signalé 2 des dédicaces au BaalLebanon, c'est-à-dire au Baal du Liban, ou même au Baal-Liban). Ces fragments, d'un prix inestimable, et qui remontent à la plus haute antiquité, sont aujourd'hui exposés au Cabinet des Antiques, à qui nous avons réussi, non sans peine, mon ami M. Georges Colonna Ceccaldi et moi, à en assurer la possession. Ils sont assurément de beaucoup le monument d'épigraphie orientale le plus important du Cabinet des Antiques. Ils ont été l'objet d'une savante notice par M. E. Renan 3. Il y aurait bien à dire sur le passage de l'Etymologicon Magnum cité par M. B. à propos du culte de Liban. A côté du Baal-Liban, je me permettrai de mettre l'Aqpoolth Atbavītis 4. Les deux m'ont bien l'air de faire la paire. Je me suis même parfois demandé s'il ne fallait pas voir dans les noms Albávios, Albavía, portés par des personnes d'origine syrienne, au lieu de purs dérivés de Albanis = encens, des dérivés du nom de la montagne-Dieu, des Abdlebanon, etc..., exactement comme un Dionysios implique un Abdousir. (Ousir = Osiris = Dionysos.)

M. B. cite (p. 245), comme un exemple de la persistance en Syrie de l'exercice du culte sur des hauteurs, les trois inscriptions grecques copiées par Pococke, sur la montagne de Cheikh Barakat (N.-O. d'Alep). Il paraît disposé à reconnaître dans les deux divinités qui sont men

1. Notons que le traité d'Abraham comprend le règlement d'un différend survenu au sujet de la possession d'un puits, du puits même par lequel le narrateur explique le nom de Beersebac.

2. Horus et Saint Georges : Revue archéologique, janvier 1877, p. 30.
3. Journal des savants, août 1877, p. 487, avec une planche.
4. Lucien, Adv. in d. 3,

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