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Schiller connut de bonne heure les ouvrages de Rousseau et il ressentit tout aussitôt pour le célèbre écrivain le plus vif enthousiasme ; c'était luimême, dit-il, qu'il retrouvait dans Rousseau : comment ne l'aurait-il pas admiré? Aussi les conceptions philosophiques et religieuses de Rousseau devinrent bientôt les siennes et inspirerent ses premiers ouvrages. « Tout est bien, sortant des mains de l'auteur des choses, tout dégénère entre les mains de l'homme », voilà comme le résumé de la doctrine philosophique de Rousseau; cette vérité, Schiller la mit au théàlre. Qu'est-ce que le drame des Brigands, en effet, sinon l'état de nature opposé à une civilisation corrompue, la guerre déclarée à un « siècle écrivassier » ? Et Charles Moor lui-même, le héros de la pièce, qu'est-il sinon un fils de la nature, persécuté par Franz, le disciple et le vrai produit de cette civilisation? La société est mal faite et ses lois sont insuffisantes; il faut la réformer en revenant à la vérité de la nature où tout est harmonie. On rencontre ainsi à chaque pas, dans la pièce de Schiller, les idees favorites de Rousseau et jusqu'à l'admiration qu'il ressentait pour Plutarque et les grands hommes de l'antiquité.

L'influence de Rousseau n'est pas moins manifeste dans Intrigue et Amour ; son mépris bien connu pour les hautes classes et pour une aristocratie corrompue et despotique apparaît là dans toute sa force; et ce qui n'est pas moins de lui, c'est le rôle souverain accordé au sentiment, c'est la déification du cour et ses droits placés au-dessus de la raison. L'imitation de Rousseau se retrouve jusque dans la peinture de certains personnages et l'on a pu dire en particulier que lady Milford n'était autre que lord Boston fait femme. Si la Conjuration de Fiesque offre moins de traces de l'influence du philosophe genevois sur Schiller, c'est chez Rousseau toutefois que celui-ci a pris le sujet de son drame et l'apologie du gouvernement républicain.

Dans Don Carlos Schiller se sépare enfin de son maître. Ce n'est pas qu'il n'oppose encore la nature aux conventions sociales et les « droits de l'amour à la formule de l'autel ». Mais déjà il s'efforce de combler l'abime qui sépare l'homme de la nature et l'homme civilisé. M. S. a insisté avec raison sur ce point et fort bien montré comment Schiller s'affranchit peu à peu de l'influence de Rousseau, pour se faire du monde et des choses une idée à lui. L'idéal de Rousseau est l'état de nature; Schiller, en restant fidèle au culte de la nature, ne croit pas qu'elle puisse ou doive nous suffire, et n'oublie pas les droits de l'art, que l'écrivain français avait méconnus et qu'il veut, lui, concilier avec ceux de la nature. Les Lettres philosophiques sont le premier essai qu'il ait fait pour y arriver, l'Education esthétique de l'homme, le dernier. Schiller a-t-il rempli cette tâche ardue? Si M. S. n'a point répondu à cette question, il a du moins très-bien mis en évidence comment le poète-philosophe a réhabilité l'art, en y trouvant la plus haute manifestation de l'esprit humain, le lien qui unit le monde de l'esprit au monde des sens,

moyen enfin de ramener l'homme à la perfection perdue de sa nature;

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on voit par là en quoi Schiller s'éloigne de Rousseau et comment il le complète.

Cependant, le poète allemand devait subir, jusqu'à la fin de sa carrière, l'influence de l'écrivain français ; Rousseau lui fournit non-seulement le sujet, mais quelques-uns des plus beaux passages du Guillaume Tell. Ne sont-ce pas, en effet, les idées de liberté et d'indépendance, n'est-ce pas la revendication des droits imprescriptibles de l'homme, proclamés dans le Contrat social, qu'on retrouve dans cette pièce? Voilà ce que M. Schmidt n'a peut-être pas assez dit; mais je ne veux pas le chicaner sur ce point secondaire, et j'aime mieux, en terminant, le féliciter sur la sagacité dont il a fait preuve dans cette étude, où il nous fait assister à la transformation successive de Schiller, passant de la misanthropie de Moor à l'optimisme de Posa, pour arriver à cette réconciliation et à cette synthèse de la nature et de l'art, qui fait l'originalité de sa doctrine esthétique.

C. J.

ACADEMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES LETTRES

Séance du 17 janvier 1879. M. Geffroy, directeur de l'école française de Rome, adresse à l'Académie la copie d'une inscription grecque, qui lui a été envoyée de Catane par Mlle Gabrielle Valery. Cette inscription a été trouvée il y a quelques semaines, à Minco, l'ancien Menae ou Menaenum, au lieu où se trouve une terme appelée Rocchicella ; ce lieu est distant d'un kilomètre du petit lac de Naltia, anciennement lacus Palicorum, où était le célèbre temple des dieux Paliques. - M. Geffroy donne, dans la même lettre, quelques détails sur diverses découvertes récentes, et notamment sur les travaux d'exploration du lit du Tibre, qui se poursuivent avec activité et qui continuent à donner d'heureux résultats.

L'Académie procède au scrutin pour la formation des commissions qui auront à examiner les ouvrages envoyés au concours pour divers prix. Ces commissions sont ainsi composées :

Pour le prix de numismatique Allier de Hauteroche, MM. de Saulcy, de Longpérier, Robert, Deloche;

Pour le prix Bordin (question dite du panthéon assyrien), MM. de Saulcy, de Longpérier, Renan, Derenbourg;

Pour le prix Brunet (bibliographie des ouvrages en vers français antérieurs au règne de Charles VIII), MM. Paulin Paris, Delisle, Guessard, Gaston Paris;

Pour le prix Stanislas Julien, MM. Maury, Pavet de Courteille, d'Hervey de Saint-Denys, Schefer.

M. Desjardins communique une lettre de M. Jules Finot, archiviste du département de la Haute-Saône, qui annonce une importante trouvaille de monnaies romaines faite aux environs de Luxeuil. Les pièces trouvées sont au nombre d'environ 14,000. Elles étaient agglomérées en un seul bloc et n'ont pas encore été toutes détachées. Celles qui ont été examinées jusqu'ici appartiennent à divers empereurs depuis Caracalla jusqu'à Salonin.

M. Aubé termine la lecture de son mémoire sur le christianisme de Marcia, concubine de Commode.

L'Académie se forme en comité secret. Ouvrages présentés de la part des auteurs : par M. Ad. Regnier : H. D'ArBOIS DE JUBAINVILLE, Mémoire sur les finales irlandaises; par M. Le Blant : Charles (et Georges) RoHault De Fleury, La Sainte Vierge, études archéologiques et iconographiques (Paris, Poussielgue, 2 vol. gr. in-8°, avec planches); Saulcy : MASPERO, De quelques navigations des Égyptiens sur la mer Érythrée; par M. Egger : 1° Henry HoUSSAYE, Athènes, Rome, Paris : l'histoire et les meurs (Paris, Calmann Lévy, 1879, in-12); 2° PARMENTIER, quelques observations sur l'orthographe des noms géographiques (Paris, 1878, brochure in-8°;; – par M. Delisle: A. MOLINIER, Étude sur l'administration féodale dans le Languedoc (900-1250) (Toulouse, Éd. Privat, 1879, in-8° : extrait du t. VII de la nouvelle édition de l'Histoire générale du Languedoc).

Julien Havet.

par M. de

L'Archimandrite Palladius,

L'Archimandrite Palladius, le chef de la Mission ecclésiastique russe de Péking, est mort le mois dernier à Marseille où il venait d'arriver de Chine par l'Ava. La mort de l'Archimandrite Palladius laisse un grand vide dans le bataillon, tous les jours réduit, des sinologues. Ce savant modeste était à Peking ce qu'était M. Alex. Wylie à Shanghai : le livre vivant que consultaient les travailleurs arrêtés dans leurs recherches par une difficulté imprévue. J'ai moi-même à lui payer mon tribut de reconnaissance pour l'accueil gracieux qu'il me fit à Péking : à lui et à M. Dr. E. Bretschneider je dois un grand nombre de renseignements donnés sur les ouvrages russes dans ma Bibliotheca Sinica. Les ouvrages de l'Archimandrite Palladius sont assez nombreux et très-estimés par ceux qui peuvent les lire ; publiés en russe, ils ne sont malheureusement accessibles qu'à un nombre restreint de travailleurs. Quelques mémoires ont été traduits en allemand. Parmi ces ouvrages, je citerai : 1. Dans les Travaux des membres de la Mission ecclésiastique russe à Péking (1852-1866, 4 vol. in-8) : 1, No. 5. la Vie de Bouddha ; II, No. 2. Etudes historiques sur le Bouddhisme ancien; III, No. 1. La navigation Entre Tien-tsin et Shanghai; IV (ce volume est entièrement écrit par l’Archimandrite); il contient; No. 1. Ancienne relation mongole de la vie de Tchinghiz khan; 2. Si you ki, ou Description d'un Voyage aux contrées occidentales; 3. Les Mahométans en Chine (avec le plan d'une mosquée à Péking).

2° Dans le Recueil oriental. Vol. I, 1re livraison : No. 1. AncienLes traces du Christianisme en Chine. Tiré des livres chinois ; No. 3. Ancienne narration chinoise de la vie de Tchinghiz khan. —- 3° Dans les Mém. de la Soc. de Géographie de Saint-Pétersbourg, 1871 : Relation d'un voyage 84

REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE de Péking à Blagoveshtchensk par la Mandchourie. -4° Dans les Mém. de la Soc. de géog. de Sibérie : 1867, traduction du Journal de Cheng tchin, 1248 ; 1874, voyage de Chang Te-hui de Péking à la résidence d'été de Koubilai dans la Mongolie occidentale en 1248. (trad. en anglais dans le Geographical Magazine, 1875).

Si je ne me trompe, l'Archimandrite Palladius avait terminé un diction. naire chinois-russe auquel il travaillait depuis fort longtemps.

Henri CORDIER.

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Bayard Taylor.

James Bayard Taylor qui est mort le 19 décembre 1878 était un des littérateurs et des poètes des plus distingués des Etats-Unis. Il naquit le 11 janvier 1825 à Kennet Square (comté de Chester, en Pensylvanie); il apprit le français et l'allemand avec une grande facilité et se fit connaître par quelques poésies qu'il publia dans le New York Mirror et le Graham's Magazine (réim. primées depuis sous le titre de Ximena, 1844). C'est alors qu'il entreprit en Europe un voyage qui dura deux ans; deux éditeurs de journaux, MM. Chandler et Patterson, à qui Taylor envoyait des correspondances, le soutenaient de leur bourse; il est vrai que Taylor, économe, sobre, vivant gaîment de privations, ne dépensa que 500 dollars. A son retour, après avoir quelque temps dirigé un journal à Phænixville en Pensylvanie, il devint directeur, et plus tard, avec Horace Greeley, un des propriétaires de la New York Tribune. Mais Taylor était un insatiable voyageur et il n'y a pas un pays du monde civilisé qu'il n'ait vu et décrit; il visita la Californie, au moment où régnait la fièvre de l'or et publia, à la suite de ce voyage, l'El-Dorado or Adventures in the Path of Empire; il visita l'Egypte, la Nubie et le Soudan, l'Inde, la Chine et le Japon, toutes les contrées de l'Europe, sans oublier les îles Baléares et la République d'Andorre. (Journey to central Africa; Lands of the Saracen; Visit to India, China and Japan; Northern Travel, Summer and Winter Pictures of Sweden, Denmark and Lapland; Travels in Greece and Russia, Cyclopaedia of Modern Travel). Finalement, il était entré dans la carrière diplomatique; comme Bancroft, Lothrop Motley, Washington Irving, Lowell et d'autres écrivains américains, Bayard Taylor représenta les Etats-Unis à l'étranger : attaché à la légation de Péking, chargé d'affaires à Saint-Pétersbourg, il était devenu ambassadeur à Berlin. Il connaissait fort bien l'Allemagne, il avait épousé la fille de l'astronome de Gotha, M. Hansen, il était l'auteur d'une traduction, très-remarquable, de Faust, et travaillait depuis longtemps à une Vie de Gæthe, pour laquelle le duc de Saxe-Cobourg lui avait fourni de précieux documents. Parmi les poëmes qu'il a composés, citons : Rhymes of Travel, Ballads and other Poems, Book of Romances, Lyrics and Songs, Poems of the Orient, Poems of Home and Travel, et Prince Deucalion.

Le Propriétaire-Gérant : ERNEST LEROUX.

Le Puy-, imprimerie Marchessou fils, boulevard Saint-Laurent, 23.

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zur Schillerliteratur. Stuttgart, Krabbe. (Documents importants pour la jeunesse de Schiller, cp. Revue critique, 1878, no 2, art. 10, p. 36.)

Jenaer Literaturzeitung, no 2, 11 janvier 1879 : BauDISSIN, Studien zur semitischen Religionsgeschichte. Leipzig, Grunow. (Schrader : livre soigné.) – H.v. ZWIEDINEÇK-SUDENHORST, Ruprecht von Eggenberg. Graz. Ilwof : étude sur un général autrichien du xvio siècle.) - DUNGER, Rundás und Reimsprüche aus dem Vogtlande. Plauen , Neupert. Schottmüller : publication précieuse.) – BrandL, Brockes. Innsbruck, Wagner. (Brenning : bon livre sur un des écrivains allemands, les premiers en date, du xvii siècle.) – A. Grimm, Uber die Stellung, Bedeutung und einige Eigenthümlichkeiten der osmanischen Sprache. Ratibor, Thiele. (Weil : travail qui sera très-utile pour ceux qui ne savent pas le turc.) — Le mystère de la Passion d'Arnoul Greban, publié d'après les manuscrits de Paris, avec une introduction et un glossaire, p. G. PARIS et G. REYNAUD. Paris, Vieweg. (Stengel : très-bonne édition.) HEYDENREICH, Fabius Pictor und Livius. Freiberg, Engelhardt. (Wölffin: de bonnes choses.) - BENNDORF, Antike Gesichtshelme und Sepulcralmasken. Wien, Gerold's Sohn. (Marquardt : bonne étude dans un nouveau domaine de l'archéologie.) - SCHWABE, Aristophanes und Aristoteles als Kritiker des Euripides. Crefeld, Kühler. (Wecklein : mauvais.) --SANDSTRÖM, Emendationes in Propertium, Lucanum, Valerium Flaccum. Upsal, Lundström. (Rossberg : trop de conjectures risquées.) — HOLDER, Cornelii Taciti de origine et situ Germanorum liber. Leipzig, Teubner. (Draeger : édition très-recommandable.) -- Taciti Germania für den Schulgebrauch erklärt von Prammer. Wien, Hölder. (Draeger : des erreurs en assez grand nombre.)

Zeitschrift für deutsche Philologie, p. p. E. HÖPFNER et J. Zacher, tome X, i to liv. – A. MILLER, zu Lamprechts Alexander. - K. Kinzel, Lamprechts Alexander : 1. Die Strassburger Bearbeitung in ihrem Verhältniss zur Vorauer ; 2. Die Baseler Handschrift. – J. ZACHER, Zur Basler Alexanderhandschrift. – F. Woeste, Beiträge aus dem Niederdeutschen. - F. NEUMANN, Bericht über die Verhandlungen der Deutsch-Romanischen Section der XXXIII. Philologenversammlung zu Gera. (Signalons surtout une très-intéressante communication de M. Paul sur le système vocalique du germanique et de l'indo-germanique.)

Rassegna Settimanale, no 54, 12 janvier 1879: Morpurgo, La corruzione elettorale a Venezia nella seconda metà del secolo passato. - Cayx, Gli Etruschi. (Long article à propos du livre de K. O. Müller, remanié par Deecke, Die Etrusker. Stuttgart, Heitz.) – MANTEGAZZA, Il dente della sapienza e il Darwinismo. — C. F. L'Insegnamento della geographia. Lettera ai Direttori. - Porena, Breve Compendio della Storia d'Italia nel medio evo.

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