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en même temps qu'épouse, et privée des joies de la maternité, la duchesse a connu toutes les douleurs. Elle a eu tous les dévouements, et elle n'a recueilli que l'ingratitude; car ses neveux, qu'elle avait élevés comme ses enfants, ont causé ses plus vifs chagrins. Fille adoptive d'un ministre presque roi, elle a occupé longtemps, auprès de lui, une place digne d'envie. Mais, semblable à l'ange de la clémence assis près de la justice (1), Mme d'Aiguillon n'a profité de son crédit que pour intercéder en faveur des coupables, consoler les affligés et secourir les pauvres. »

On a là le ton du livre ou plutôt du panegyrique. Quelqu'un a dit que c'était l'oraison funèbre de Fléchier délayée en 500 pages. L'épigramme est injuste, mais elle montre, en l'exagérant, le défaut principal du biographe. Il a trop cru à la perfection de la nièce du cardinal et il a trop insisté sur cette perfection. Les saints eux-mêmes sont fragiles. Pourquoi donc attribuer l'impeccabilité à une personne qui a été calomniée, je le veux bien, mais qui, comme les meilleures et les plus respectables femmes, mêlait, sans aucun doute, quelques faiblesses à ses exquises qualités ? N'oublions pas le mot vulgaire : qui veut trop prouver ne prouve rien, et, dans les plus légitimes glorifications, faisons toujours la part du diable.

M. B.-A., se servant de quelques documents des archives de la maison de Richelieu, qui ont été mis à sa disposition par le marquis de Chabril. lan, petit-fils du dernier duc d'Aiguillon, et de quelques autres documents des dépôts publics de Paris et de Poitiers, mais se servant beaucoup plus encore des mémoires contemporains, nous donne tour à tour des détails plus exacts que nouveaux sur l'enfance de Mic de Pontcourlay, sur la vie de la jeune fille au château de Richelieu, sur ses affectueuses relations avec son oncle et tuteur l'évêque de Luçon, sur son mariage avec le marquis de Combalet, sur son prompt veuvage, sur sa nomination de dame d'atours de la reine-mère, sur son exil de la cour, sur la tentative d'enlèvement dont elle fut l'objet, sur la protection qu'elle se plut à accorder au grand Corneille, sur le duché-pairie d'Aiguillon érigé en sa faveur, sur ce qui passa autour d'elle pendant la dernière campagne de Richelieu, sur les soins dont elle entoura son oncle mourant, sur sa présence à la cour d'Anne d'Autriche, sur sa vie pendant la Fronde, sur son rôle de gouverneur du Havre, enfin sur ses dernières années.

Autour du portrait en pied de la duchesse d’Aiguillon sans cesse retouché et sans cesse embelli, M. B.-A. a placé un grand nombre de petits portraits, de médaillons, notamment ceux de la mère de Richelieu (Suzanne de la Porte), de son père, le grand prévôt de France, de Mme de Pontcourlay, la soeur du futur ministre, de Louis XIII, du cardi. nal de Bérulle, du Père Joseph, du comte de Béthune, des carmélites Mlle de Fontaines et Mme de Bréauté, de Marie de Médicis, du comte de Soissons, du cardinal de la Valette, de Voiture, de Gombauld, de Saint

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1. Je souligne cette figure de rhétorique, sur laquelle j'aurai l'occasion de revenir.

Vincent de Paul, de Mile de Rambouillet, du duc de Richelieu, etc. La plupart de ces personnages sont si connus, qu'il était inutile de les peindre de nouveau, même en raccourci.

M. B.-A. est aussi un peintre de paysages. C'est ainsi que nous lui devons la description (p. 7-9) du château de Glénay, « dont nul touriste n'a encore révélé la poétique existence » !, celle du château de Richelieu (p. 22), celle de la forêt de Milly (p. 92) et du château du même nom (p. 94), descriptions dont il faut rapprocher celle du tombeau de M. et de Mme de Pontcourlay (p. 124-125) et celle de l'hôtel le PetitLuxembourg) qu’occupa la duchesse d'Aiguillon dans la dernière moitié de sa vie (p. 349-351).

Ce que l'on goûtera peut-être le plus dans le gros volume de M. B.-A., c'est une douzaine de documents inédits. Le premier que l'on rencontre (p. 5) est aussi le plus intéressant de tous : je veux parler d'une lettre de Henri IV, écrite avec le plus aimable entrain, à un gentilhomme (Louis de La Rochejacquelein), qui était le frère utérin du baron de Pontcourlay, père de la duchesse d’Aiguillon 2. Indiquons encore (p. 31, 32) deux lettres de Suzanne de La Porte, l'une qui provient de la collection d'autographes du baron de Girardot et l'autre qui est parmi les manuscrits de la bibliothèque de Poitiers, deux lettres de Mmo de Combalet à son intime ami le cardinal de la Valette (p. 231, 238), extraites des collections de la Bibliothèque nationale (Supplément français, no 910), une lettre de la même au cardinal Mazarin (Collection Baluze), enfin divers billets qu'elle écrivit à Mme de Sablé (p. 438-440) et qui nous ont été conservés dans les célèbres portefeuilles du docteur Valant. L'ouvrage renferme beaucoup d'autres documents que l'on pourrait, au premier abord, croire inédits, car M. B.-A. ne les cite que d'après les originaux de la Bibliothèque nationale. Mais, en y regardant de près, on reconnaît un grand nombre de pièces déjà publiées dans les Lettres, instructions diplomatiques et papiers d'Etat du cardinal de Richelieu 3. Evidemment M. B.-A. n'a voulu tromper personne, et c'est par inadvertance qu'il n'a pas, au bas de chaque lettre déjà imprimée, renvoyé son lecteur au recueil de M. Avenel.

1. M. B.-A. nous apprend (p. 7) que c'est dans cette demeure, située entre Bressuire et Thouars, et non point à Paris, comme on le croit généralement, qu'était née, vers la fin de 1604, Marie-Madeleine de Wignerod. En revanche, comme il le rappelle, le cardinal, que l'on a souvent fait naître au château de Richelieu, en Poitou, vit le jour à Paris, rue du Bouloi, le 9 septembre 1585.

2. Cette lettre, où manquent la date et le lieu, est autographe et appartient au marquis de La Rochejacquelein, député de Bressuire. Elle n'a pas été connue des éditeurs du Recueil des lettres missives. Voir (1. p. 273, 274) trois lettres adressées par Henri IV à ce même Louis de La Rochejacquelein, et qui proviennent des Archives de la famille de La Rochejacquelein.

3. La lettre de Richelieu à sa sæur, de novembre 1611 (p. 13-14), est dans le tome 1, p. 74; sa lettre à la reine-mère, d'avril 1616 (p. 36-37), est dans le même tome I, p. 169; sa lettre à M. de Béthune (p. 83) est encore dans ce même tome I, p. 647; sa lettre à Mme de Combalet, du 27 janvier 1630 (p. 160), est dans le tome III, sa lettre à Mme de Brézé, du 12 novembre 1630 (p. 185), est dans le tome IV, p. 532 ; sa lettre au cardinal de la Valette, mal datée du 3 novembre 1630 (p. 258), est dans le tome VI, p. 232, avec la bonne date du 4 novembre 1638, etc.

p. 526; 1. Journal de ma vie, Mémoires du maréchal de Bassompierre publiés pour la som ciété de l'histoire de France, t. III, 1875, Appendice, p. 429-430.

Je n'ai pas remarqué de considérables erreurs dans la vie de la duchesse d'Aiguillon. En voici quelques petites : l'auteur (p. 39) donne pour parrains au cardinal de Richelieu « deux maréchaux de France, le duc d'Au. mont et le comte de Gontaut-Biron ». Le maréchal de Biron (Armand de Gontaut) n'eut jamais le titre de comte; il resta baron toute sa vie. Ce fut pour son fils, Charles de Gontaut, que la baronnie de Biron fut érigée en duché-pairie (1598). — Nous lisons (p. 98): « Malheureusement, M. de Combalet mourut plus tristement encore que ne le croyait Bassompierre, car le Mercure de France et Toiras affirment qu'après avoir été blessé grièvement le 3 septembre, et relevé parmi les morts, il reprit connaissance et fut porté dans la ville pour y recevoir les secours que reclamait son état, mais que, loin d'y trouver les soins que l'humanité commande envers un ennemi désarmé, il y fut tué de sang-froid par les huguenots. » Le Mercure de France n'existait pas en 1622 et le recueil dont veut parler M. B.-A. est le Mercure françois de Richer, suite de la Chronologie septenaire de Palma Cayet. Quant à Toiras, il n'a jamais rien affirmé sur le cas de M. de Combalet. M. B.-A. doit avoir confondu le vaillant capitaine avec l'historien de ce capitaine, Michel Baudier. L'assassinat de M. de Combalet est, du reste, très douteux, comme M. B.-A. peut s'en assurer en lisant une excellente note du dernier éditeur de Bassompierre, M. de Chantérac '. - Le duc de Mont

1 morency ne fut pas (p. 187) « arrêté à Lectoure, tandis que Monsieur po sait bas les armes ». Il fut arrêté, couvert de blessures, sur le champ de bataille même de Castelnaudary, et il fut conduit par le vainqueur, le ma

. réchal de Schomberg, au château de Lectoure, dont le marquis de Roquelaure était gouverneur, et d'où, un peu plus tard, le complice de Gaston fut transféré à Toulouse pour y être jugé et décapité (30 octobre).- Une erreur plus grave est celle que commet M. B.-A.(p. 348), quand il nomme Balzac parmi « les hommes de lettres que Mme d’Aiguillon se plaisait à recevoir », après qu'elle fut de retour à Paris (1646). L'auteur du Socrate chrétien ne mit jamais les pieds chez la nièce du cardinal de Richelieu, ni avant ni après 1646. Il ne fit pas un seul voyage à Paris dans les dix dernières années de sa vie, et quand même il ne se fut pas confiné, selon l'expression de l'abbé d'Olivet, dans sa terre de Balzac, on ne l'eût pas compté au nombre des visiteurs du Petit-Luxembourg, car il détestait de tout son cour la maîtresse du logis 2.

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2. Le 25 mars 1644, Balzac (Mélanges historiques de la Collection des docum ments inédits, nouvelle série, t. I, 1873, p. 505) écrivait à Chapelain : « Que pentsez-vous du procès que Monseigneur son père (le père du Grand Condé) a intenté contre notre princesse au teint de safran (la duchesse d'Aiguillon)? Mais comment le

Les lacunes, dans le livre de M. B.-A., sont plus nombreuses que les erreurs. On doit, avant tout, lui reprocher de n'avoir pas discuté à fond les accusations de Guy-Patin, de Tallemant des Réaux, de M. Michelet, etc. Une minutieuse discussion des textes défavorables à la duchesse d'Aiguillon aurait mieux servi sa cause que tous les éloges qui lui ont été prodigués d'un bout à l'autre du volume. Au sujet du traité de CinqMars avec l'Espagne (p. 285), on regrette que M. B.-A, n'ait pas cité les magistrales pages de M. Avenel (Le dernier épisode de la vie du cardinal de Richelieu, 1868). - Sur le mariage du petit-neveu du cardinal et d'Anne du Vigean, veuve de François-Alexandre d'Albret, seigneur de Pons (p. 379), M. B.-A. aurait trouvé de piquants renseignements dans la Revue d'Aquitaine (t. XI, 1867, p. 137-140), où a été publiée une lettre du duc de Richelieu à la duchesse d'Aiguillon, tirée du portefeuille ccxv de la Collection Godefroy, à la Bibliothèque de l'Institut. M. B.-A. aurait pu ajouter à ce qu'il dit des relations de son héroïne avec divers poètes et prosateurs, une curieuse énumération des livres qui lui furent dédiés. Je me souviens d'en avoir rencontré plusieurs; je citerai notamment l'Honneste femme, par le P. Du Bosc, cordelier (Tolose, 1645, in-89), et la Clef de la langue romaine dediée à Mme de Combalet, duchesse d'Esguillon, par P. Bense, professeur à Paris, 1638, in-12 %. Enfin M. B.-A., qui s'est plu à mentionner les largesses faites par la duchesse d'Aiguillon aux établissements charitables et religieux, n'a pas rappelé que le diocèse d'Agen dut à sa générosité, sous l'épiscopat de G. de Daillon (1631-1634), l'établissement des Lazaristes à Notre-Dame de la Rose, près de Sainte-Livrade 3.

J'ai cru devoir appeler l'attention des lecteurs, en commençant, sur une phrase qui me paraissait manquer beaucoup trop de simplicité. C'est à pleines mains que M. Bonneau-Avenant répand dans tout son livre les fleurs de rhétorique les plus fanées". Il me semble que tant de métaphores sont quelque peu déplacées en un ouvrage sérieux, et que les poètes et les romanciers ont seuls le droit de s'éloigner autant du style naturel.

plus noble et le plus généreux de tous les esprits (c'est-à-dire Chapelain) peut-il avoir un attachement si particulier à la plus avare de toutes les créatures, ne quid amplius dicam? » M. B.-A., qui a très complaisamment vanté la beauté de la duchesse d’Aiguillon (p. 129), et qui a mème insisté sur un certain « genre d'attraits » lequel était cher entre tous à M. Cousin (voir dans la Correspondance Littéraire du 5 novembre 1856, (p. 9), les piquantes observations de M. Lud. Lalanne), s'est bien gardé de signaler le teint jaune de l'ennemie de Balzac.

1. Le bon Père a dédié les deux premières parties à Mme de Combalet et la troisième partie à S. A. Royale, Madame Christine de France, princesse de Piémont, reyne de Chypre, etc.

2. C'est une petite grammaire latine élémentaire, que je crois assez rare.

3. Histoire religieuse et monumentale du Diocèse d'Agen par l'abbé Barrère, V. 11, 364. 4. Voici quelques exemples pris à peu près au hasard : « C'est à l'horizon boisé

à de cette mélancolique vallée que s'arrêtèrent ses jeunes regards et ses premiers pas. » (p. 9). - « Là, sa jeune intelligence, en se développant comme une fleur sauvage, loin des yeux du monde, sous la douce influence de sa pieuse mère, acquit une droiture et une maturité que le malheur devait encore fortifier » (p. 10).

T. de L.

117. Les Pensées de Pascal, texte revu sur le manuscrit autographe, avec une préface et des notes, par Auguste MOLINIER, 2 vol. Paris, Lemerre. 1877-1879, LXXXIII – 326 p. et 420 p.

La collation du ms. des Pensées faite par M. Faugère pour son édition de 1844, a été, jusqu'à M. Molinier, le dernier travail paléographique accompli sur le texte de Pascal. L'édition de M. Havet (1852, 2° éd. 1866) si remarquable par l'Introduction et le Commentaire philosophique qui l'accompagnent, reproduit, à très-peu de chose près, le texte de M. Faugère. L'éditeur a certainement revu, ou du moins fait revoir en partie le manuscrit autographe; mais, son édition n'ayant aucune prétention au titre de diplomatique, il serait injuste d'y vouloir trouver autre chose que la première édition philosophique des Pensées ". C'était bien là ce que désirait V. Cousin, lorsqu'il poussait M. Havet à donner un Pascal si peu de temps après M. Faugère, dont il avait été l'instigateur par son fameux rapport de 1842, mais qui travaillait plutôt sous l'influence de Villemain. V. Cousin accusait M. Faugère d'avoir exagéré le scrupule philologique et craignait que l'étude des lettres et des virgules ne l'eût un peu détourné de l'étude des idées. Dans son Rapport, il s'était lui-même presque excusé de donner un recueil de variantes sur Pascal. Les éditeurs postérieurs à M. Havet ont reproduit la nouvelle vulgate, ou même le texte fautif de Port-Royal ; aucun n'a eu recours au ms., dont M. Faugère avait affirmé, bien à tort, que son édition pouvait tenir lieu. L'idée et la nécessité d'une récension nouvelle paraît être

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« Lorsque le lugubre cortège eut défilé sous les voûtes sonores du donjon, tout retomba dans un silence que rien ne devait plus troubler » (p. 18).

- « Comme la Aleur que Dieu sème à travers les ruines, et fait croître sur les tombeaux, pour en être l'ornement, M'e de Pontcourlay avait grandi au milieu des malheurs de sa famille » (p. 74). « Qui de nous ne s'est plu à contempler ce groupe charmant formé par la jeunesse et la beauté, que l'amour va couronner, et ne s'est dit qu'il n'y avait pas de spectacle plus doux dans la nature ? » (p. 77). On dirait que

la lueur du présent, semblable à la lampe de Psyché, doive toujours détruire l'illusion, en nous montrant la réalité » (p. 123). « La beauté, même à travers les siècles, exerce encore son charme vainqueur » (p. 129). A côté de ces prétentieuses banalités, on trouve quelques négligences, et même, il faut bien le dire, quelques fautes de français. Je citerai, parmi ces dernières, la phrase que voici (p. 186) : « On raconte qu'il se regimba. » Le Dictionnaire de l'Académie veut qu'on dise regimber et non se regimber.

1. On rencontre même, dans le Pascal de M. Havet, quelques erreurs de lecture commises par Port-Royal et que M. Faugère avait corrigées. M. Havet (ou le réviseur) aura sans doute fait usage de la copie peu fidèle du xviie siècle (f. fr. 9203), clef très commode pour la lecture du ms.

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