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néralement excellentes. M. F. y a mis du piquant, de l'agrément, et,
soit par des citations bien choisies, extraites le plus souvent de livres ra-
res et même de manuscrits inédits, soit par des rapprochements bien
trouvés et par des anecdotes bien contées, il a fait de son commentaire
un régal fort appétissant. Les erreurs, qui auraient pu être très abondan-
tes à cause de la multiplicité des indications biographiques et bibliogra
phiques à fournir, sont assez rares, et la plupart proviennent de ces
inadvertances dont le meilleur chercheur se gare si mal aisément, quand
plusieurs centaines de problèmes sollicitent presque à la fois son atten-
tion. Parmi ces excusables erreurs, je signalerai celle-ci (p. 132, note 2,
à propos de la Bibliothèque de la Sorbonne) : « Ses principaux bienfai-
teurs avoient été Richelieu et l'un de ses secrétaires, l'abbé Des Roches,
que l'on connoit par l'épitre que lui dédia Boileau. » L'abbé Des Roches,
auquel Despréaux dédia son Epître II, n'est pas le même que le secré-
taire du grand cardinal, Michel Le Masle, prieur des Roches, chanoine
et chantre de Notre-Dame, etc. Ce dernier, qui était déjà, en 1643, âgé
d'environ septante ans (Lettre de Guy Patin du 28 mars de cette même
année), mourut à la fin de février 1662 1 (Lettre du même, 29 février
1662), et, par conséquent, plus de douze ans avant la publication des
quatre premières épîtres de Boileau (1674).
Quelques autres observations vont être présentées à nos lecteurs par

à
un critique à la fois mon maître et mon ami - auquel je suis heu-
reux de céder la plume, ce qui sera profit pour tout le monde.

T. DE L.
II

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Je cède au désir qui m'a été exprimé, à plusieurs reprises, par mon savant collaborateur et ami, et j'ajoute à son article quelques observations

que j'avais faites pour mon usage en lisant, l'automne dernier, le travail de M. F. Je goûte beaucoup l'instruction si variée, la lecture si étendue de cet écrivain, mais je regrette que trop souvent il abuse du droit de conjecturer, et qu'il ne revoie pas avec un soin plus scrupuleux les travaux sortis de sa plume facile. La méthode d'investigation de M. F. lui a attiré plus d'une fois le blâme de plusieurs critiques, entre lesquels il suffira de citer Sainte-Beuve 2. On peut lui reprocher aussi de n'être pas assez rigoureux, ni assez réservé dans ses rapprochements et dans ses déductions, de se fier trop souvent à sa mémoire et de ne pas tenir toujours compte de l'ordre des temps, ce qui l'entraîne parfois dans des anachronismes et des confusions de personnes. En un mot, il ne se sert pas assez, pour éclairer sa marche, du flambeau de la chronologie,

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1. M. Avenel, qui n'avait pas connu la lettre de Guy Patin, avait deviné juste en disant (Lettres du cardinal de Richelieu, t. I, Préface, p. xx) que Le Masle survécut vingt ans environ au cardinal.

2. Cf. la Revue critique, t. lor de 1868, article 45, p. 144; et les Nouveaux lundis, par C. A. Sainte-Beuve, t. X, Paris, 1868, p. 418, 420, 421, etc.

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ni de celui de la critique. Enfin, il ne se montre pas assez soigneux dans la révision de ses épreuves. Ces diverses causes d'erreurs ôtent à ses doctes et piquants écrits une partie de l'utilité à laquelle ils ont droit de prétendre. Nous allons justifier par des exemples, tous pris dans ce nouvel ouvrage, les différents reproches que nous venons d'adresser à M. Fournier.

Ce n'est pas en 1707 seulement, comme il est dit (page 27, note 5), que Chamillart, contrôleur général depuis 1699, finit par devenir ministre de la guerre. Il obtint ce dernier poste dès le mois de janvier 1701, en remplacement de Barbezieux. Page 46, note 1, ce qui est dit de Boucherat présente quelques inexactitudes. Au lieu de 1685, date de sa promotion à la dignité de chancelier, on a imprimé 1665. On ne lui donne que quarante-neuf ans à l'époque où « il monta à cette haute fonction, par la protection de Turenne. » Il en avait en réalité soixanteneuf, et Turenne était alors mort depuis plus de dix ans. Page 50, note, ligne 4, Henri Daguesseau, père du chancelier, ne mourut pas le 5 septembre 1699, mais vers le milieu de novembre 1716 1. Page 56, note 4, on attribue à l'ancien premier président au parlement de Paris, Potier de Novion, un passage du texte où il est question de son petit-fils, parmi les présidents à mortier, et seulement au sixième rang. Il s'ensuit que la note se rapporte tout entière au grand-père et non au petit-fils ?, ce qui ne laisse pas que de faire un singulier effet.

Page 62, note 3, il est question de l'aventure du procureur général au grand conseil, Hennequin de Charmont, et du double testament fait par Mme Falentin, femme d'un avocat au conseil, d'abord en faveur de ce magistrat, puis en faveur de M. de Bragelogne, mais en réalité à titre de fideicommis. M. F. fait observer que cette aventure a été le sujet d'un conte en vers attribué à La Fontaine, mais publié avec plus de vraisemblance dans les Œuvres de Régnier Desmarets (lisez Desmarais). Il aurait pu ajouter que ce conte se trouve encore, avec un petit préambule

1. Plus exactement le mardi qui suivit la Saint-Martin (11 novembre). Voyez le Discours sur la vie et la mort, le caractère et les moeurs de M. d'Aguesseau, conseiller d'Etat, par M. d'Aguesseau, chancelier de France, son fils; Paris. BrunotLabbe, 1812, in-12, p. 266, 297, 302. Cf. le Chancelier d'Aguesseau, sa conduite et ses idées politiques, etc., par M. Francis Monnier; Paris, Didier, 1860, in-8°, p. 163 et suiv.

2. Ce dernier devint président à mortier par suite de la retraité forcée de son aïeul, comme premier président. On peut voirà ce propos Pierre Clément, Portraits historiques, Paris, Didier, 1855, in-12, p. 143. Il faut seulement observer que la note de Saint-Simon sur Dangeau, citée par P. Clément d'après Lemontey, se trouve dans l'ouvrage de celui-ci à la page 53 et non à la page 63, et que le savant historien de Colbert a eu tort d'ajouter entre parenthèses les mots : son petit-fils, après le nom de M. de Croissy, supposant contre toute vérité que M. de Croissy était le petit-fils de Novion, et l'acquéreur de la charge, tandis qu'il en était le vendeur. Enfin, on a imprimé inexactement dans la même citation 174,000 livres pour 374,000 livres. Voir encore un passage du Journal de Dangeau, dans les Lettres de Mme de Sévigné, édition Monmerqué-Régnier, t. IX, p. 226, n. 28.

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en prose, dans le recueil intitulé : Poésies héroïques, morales et satyri. ques, par M. de Sanlec (sic), avec quelques Epigrammes, Sonnets, Madrigaux, etc., du même autheur, à Amsterdam, Henry Desbordes, 1700, in-8° (p. 73, suivantes)'. Dans le sommaire du conte on lit bien Falentin et non Valentin, comme a écrit M. F., et l'on donne à M. de Bragelogne ou Bragelonne le titre de Président aux Requêtes du Palais de Bretagne, et non celui de conseiller des aides comme fait M. F.2.

P. 27, note 4, c'est sans doute par une faute d'impression que Pontchartrain est indiqué comme ayant été chancelier de 1699 à 1704. La vraie date de sa retraite est 1714. Autre faute d'impression, p. 136, note 1 : Prumier, en place de Plumier. Il s'agit du religieux de l'ordre des Minimes, si fameux comme botaniste. Page 131, note 7, le titre exact du catalogue de la bibliothèque de Bulteau est Bibliotheca Bul. telliana et non Bulteriana. Page 217, note, au lieu de Baudelot de Dairval

, on a imprimé Bourdelot d'Airval, et p. 221, note 3, 223, note 5, 225, note 1, Baudelot d'Airval.

Page 129, il est fait mention de la bibliothèque de Mor l'archevêque de Reims. Une note (n° 4) fait observer qu'il s'agit de Maurice Le Tellier. Mais elle ajoute que ce prélat, étant directeur de la bibliotheque du roi, s'était laissé gagner par l'amour des livres. On pourrait intérer des paroles de M. F. que Maurice Le Tellier eut le titre de directeur de la bibliothèque du roi, mais la conclusion ne serait point parfaitement exacte. Ce titre, ou, plus exactement, ceux de maître de la Librairie et de garde de la bibliothèque du roi, appartinrent, dès l'âge de reuf ans, au neveu de Maurice Le Tellier, Camille Le Tellier, plus connu sous le nom d'abbé de Louvois. Quant à l'archevêque de Reims, il servit de conseiller et de guide à son frère Louvois et, après lui, à son jeune neveu, jusqu'à ce que celui-ci fût en âge de s'occuper par luimeme des fonctions qui lui avaient été si prématurément conférées 3. En second lieu, nous savons que l'amour des livres se déclara de trèsbonne heure chez Maurice Le Tellier, puisqu'il profita des voyages qu'il fit dans sa jeunesse, après avoir pris ses grades en Sorbonne, pour rapPorter d'Italie, de Hollande et d'Angleterre un grand nombre d'ouvrazes précieux par leur rareté, ou par la correction et la beauté des édi

dons +.

1. Cette pièce ne se retrouve pas dans une édition plus connue et plus soignée:
Poesies du père Sanlecque, chanoine de l'ordre de Sainte-Geneviève, nouvelle édition
Ferie, corrigée et augmentée, à Harlem (Lyon), 1726, in-12.

2 Cf. une intéressante note de M. Gustave Servois sur la Bruyère, Euvres,
esition de la collection Hachette, t. II, p. 406.
3. Ct. l'ouvrage de M. Léopold Delisle cité dans une des notes suivantes, t. I,

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+ Voyez la Biographie universelle, t. XXIV, p. 338; et Cf. Le Roux de Lincy, Recherches sur Jean Grolier, sur sa vie et sa bibliothèque, etc., Paris, L. Potier, 1866, 37. in-8°, p. 154.

a

Page 132, note 2, on lit qu'en 1796 les manuscrits de la Sorbonne furent portés à la Bibliothèque nationale, où on les réunit au fonds qui provenait du Cardinal de Richelieu. Il y a là une confusion peu justifiable, qui tient à la précipitation avec laquelle cette note a été rédigée. D'après les termes de M. F., on pourrait croire que le fonds qui provenait du cardinal de Richelieu se trouvait à la Bibliothèque nationale antérieurement à 1796, et qu'il y fut rejoint à cette époque par les manuscrits de la Sorbonne. Or, on sait que les manuscrits de la collection Richelieu, à part quelques débris qui entrèrent à la Bibliothèque royale par d'autres voies, furent réunis en masse à ce grand établissement à l'époque indiquée plus haut; ce qui est exact et ce que M. F. a dû vouloir dire, c'est qu'en 1796, lors de l'entrée des manuscrits de Sorbonne à la bibliothèque de la rue Richelieu, on fondit dans une seule série dite fonds de la Sorbonne, l'ancien fonds de Sorbonne et le fonds provenant du cardinal Richelieu !. Page 259, note 2, il est dit qu'on doit à Pétis de la Croix l'histoire de Tamerlan, celle de Gengiskan (Genghizcan), etc. Mais ces deux histoires ont pour auteurs deux écrivains différents : la première, qui n'est qu'une traduction du persan, est due à François Pétis, deuxième du nom, la seconde, à son père, François Pétis, premier du nom. C'est une compilation extraite de diverses sources orientatales et occidentales.

Page 220, dans la liste des fameux curieux des ouvrages magnifiques figure un M. de la Saldière, rue du Gros-Chenet. Sur cette mention M. F. fait la note suivante : « Ne serait-ce pas, comme nous l'avons dit « dans la Comédie de La Bruyère, le bibliophile Guyon de Sardière qui

pouvait alors commencer sa riche collection ? Si ce n'est lui, nous ne « savons qui c'est. » Comme nous l'avons fait remarquer ici même, à deux reprises 2, et comme nous nous fattons de l'avoir démontré, Guyon de Sardière ne peut être le même que ce M. de la Saldière, qui ne nous est connu que par ce seul mot de Nicolas de Blégny. Il n'est pas non plus l'original qui a posé à son insu devant La Bruyère. C'est là une hypothèse que nous croyons avoir réfutée à fond, pour nous servir des termes mêmes de M. F., dans une lettre adressée à Sainte-Beuve. (Nouveaux lundis, t. X, p. 435.) Au mois de juin 1691, époque qui vit paraître la sixième édition des Caractères, où figure pour la première fois le portrait du bibliomane, Jean-Baptiste-Denis Guyon n'avait pas encore dix-sept ans. Comment donc pourrait-on admettre que cet adolescent, probablement encore enfermé dans quelque collège, ou tout au moins suivant les exercices de quelque académie, où il se préparait à la carrière des armes, qu'il embrassa plus tard, ait été assez connu pour que La Bruyère ait songé à lui en traçant le portrait ou la charge du biblio

1. Cf. Léopold Delisle, Le cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale, t. II, Imprimerie nationale, 1874, grand in-4°, p. 207; Cf. ibidem, p. 205. 2. Revue critique, t. (e' de 1868, p. 141, 142 ; t. II de i

1873, p. 332-334

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mane? En vérité, M. Fournier fait ici trop bon marché de toutes les
vraisemblances, et il se montre par trop rebelle aux preuves qui vont à
l'encontre de ses opinions. Le 10 avril 1692, Jean-Baptiste Guyon, che-
valier, seigneur de Sardière, était encore mineur, comme le constate un
acte que nous avons cité et où il figure, assisté de son tuteur. Comment
croire qu'un an plus tôt, ce mineur possédait une collection déjà célè-
bre, alors surtout que rien dans ce que l'on sait de la vie de ses père et
mère, dont il n'était d'ailleurs que le second fils et un des trois héri-
tiers, ne permet de supposer que ce cabinet lui fùt venu par héritage ?
N'oublions pas que sa mère était encore vivante à cette époque et long-
temps après. Je persiste donc à m'en tenir à l'interprétation que nous
fournissent les Clés des Caractères, en indiquant comme l'original
du portrait tracé par La Bruyère, le conseiller Morel

Une dernière observation avant de clore cette longue note : Je doute
fort de l'exactitude du rapprochement que M. F. fait dans son intro-
duction (p. vi, vII) entre nos guides modernes et les nomenclatores des
Romains « qui - leur nom le disait vous faisoient la liste, vous dres-
soient de mémoire « la nomenclature » nom par nom de toutes les per-
sonnes de distinction qui passoient, et vous animoient ainsi la rue ou la
place, dont ils vous montroient les monuments. De cette façon ils
n'expliquoient pas seulement le tableau, ils y mettaient les person-
nages. » Il y a là, je le crains, un peu trop de fantaisie ; telle n'est pas
l'idée que l'on se fait habituellement des nomenclatores, d'après les
auteurs classiques.

C. DEFRÉMERY.

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Séance du g mai 1879. .
M. de Wailly lit une Notice sur un livre d'heures donné par l'impératrice Marie-
Louise à la duchesse de Montebello. Le livre dont il est question a été exécuté pro-
bablement vers l'an 1500, car il contient une table des jours où devait tomber På-
ques en chacune des années de 1500 à 1520. Il est imprimé sur vélin ; il est orné de
dix-sept grandes miniatures qui occupent chacune une page, et en outre à toutes les
pages d'une large bordure de miniatures sur deux des marges, la marge inférieure et

marge latérale extérieure : le texte n'occupe pas le tiers de la surface totale des
pages. Ces miniatures ont été exécutées en appliquant à la main les couleurs sur
des gravures en noir imprimées avec le texte du livre. C'est un procédé qui a été
souvent pratiqué à cette époque. La Bibliothèque nationale possède un livre d'heures
ou se trouvent les mêmes planches que dans celui dont parle M. de Wailly, et ces
planches ont été également coloriées par un enlumineur. Mais il y a une grande dif-
férence entre la manière dont ce travail a été exécuté dans l'un et l'autre livre. Dans
l'exemplaire de la Bibliothèque nationale, comme en général dans tous les imprimés
enlumínés jusqu'ici connus, le travail d'application des couleurs a été fait par des ou-
vriers peu intelligents et peu consciencieux qui coloriaient les gravures à la hâte et
au hasard, de manière à les gâter plus qu'à les orner; aussi les amateurs préfèrent-

a

1.ff. le Journal des savants, août 1876, p. 525.

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