Abbildungen der Seite
PDF
EPUB
[blocks in formation]
[ocr errors]

Sommaire : A nos lecteurs. 79. ZVETAIEFF, Recueil d'inscriptions osques.

80. KROHN, La question platonique. 81. Heyd, Histoire du commerce du
Levant au moyen-âge. 82. ERNOUF, Maret, duc de Bassano. – 83. De Hel-
FERT, La reine Caroline de Naples et la Sicile en lutte contre la domination fran-
çaise ; Joachim Murat, ses derniers combats et sa fin; PALUMBO, Marie Caroline,
reine des Deux-Siciles. Académie des Inscriptions.

[ocr errors]

A NOS LECTEURS
La Revue critique doit de nouveau annoncer à ses lecteurs qu'elle
perd un des membres de son comité de rédaction. Heureusement que
cette fois le vide n'est point dû à la mort : notre collaborateur et ami,
M. Michel Bréal, qui vient d'être nommé inspecteur général de l'in-
struction supérieure, croit devoir se séparer de nous.

Nous n'avons pas besoin de dire qu'il ne renonce point aux idées
en matière d'enseignement et de travail scientifique dont la Revue
s'est faite l'organe, et dont il a été lui-même, en grande partie, le
promoteur. Il n'est pas téméraire de penser que ces idées ont contribué
à le désigner au choix de M. Jules Ferry. Mais M. Bréal a cru qu'il y
avait, jusqu'à un certain point, incompatibilité entre le rôle de directeur
d'un journal critique et celui d'inspecteur officiel : il pouvait arriver au
journal d'adresser des éloges ou des reproches aux mêmes professeurs que
l'inspecteur aurait à juger comme représentant du ministre. Nous
avons dû céder à un scrupule que nous honorons sans le partager abso-
lument.

Si la Revue, après les événements de 1870, est revenue à l'existence, c'est à M. Bréal que nos lecteurs en sont redevables. Au mois d'août 1870 elle avait suspendu sa publication, et, pendant l'année 1871, elle n'avait point paru. M. Bréal a été d'avis qu'il y avait un dommage pour les études de philologie et d'histoire à ce que notre voix cessât de se faire entendre. Il encouragea les fondateurs à se remettre à l'œuvre et, pour mieux les persuader, il se joignit à eux. Comme il le disait lui-même dans l'avant-propos de 1872, c'était un devoir : « Un instant nous avons « pu craindre qu'après le déchirement profond que la guerre laissait « derrière elle, il n'y eût plus de place en France pour un organe qui « juge les auteurs et les livres sans acception d'origine et de nationalité « et au seul point de vue de la vérité et de l'utilité scientifiques.... Mais Nouvelle série, VII.

19

[ocr errors]

« sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, la France s'est montrée

plus forte et a mieux soutenu l'épreuve que ne l'annonçaient des pro

phètes trop disposés à prévoir le mal.... Du moment que la Revue en « avait la faculté, c'était un devoir pour elle de reparaître. »

Depuis ce temps, M. Bréal nous a prêté l'autorité de son nom et le concours de son expérience et de son savoir. Nous lui adressons nos remerciements auxquels se joindront ceux de nos lecteurs. Nous savons, d'ailleurs, que sa collaboration ne sera pas entièrement perdue pour nous, et qu'il continuera à nous donner des articles dans les cas où ne se présentera point pour lui le conflit d'attributions qu'il redoute. Nous nous consolons, en outre, par la pensée que les hautes fonctions auxquelles il est appelé lui permettront de faire passer dans la pratique les idées d'amélioration et de réforme dont la Revue a été et restera l'interprète.

a

[ocr errors]

79. – Johannes Zveraieff. Sylloge inscriptionum oscarum. Pars prior tex

tum interpretationem glossarium continens, in-8°, 154 p. Pars posterior tabulas continens. 19 planches in-folio. Leipzig, Brockhaus, 1878.

.

[ocr errors]

Le nom de M. Zvetaieff, professeur à l'Université de Moscou, est déjà connu de nos lecteurs par le livre qu'il a publié en russe sur la phonétique et la grammaire osques". Il nous donne aujourd'hui un recueil de toutes les inscriptions osques, avec traduction et avec vocabulaire : cette fois le latin est la langue employée par l'auteur dans tout le cours du volume. Ceux qui ont eu à s'occuper d'inscriptions osques, savent qu'un recueil de ce genre était depuis longtemps devenu nécessaire, car le livre de Mommsen a bientôt trente ans de date, le Corpus de Fabretti en a douze, et les fouilles ont depuis mis à découvert quantité de textes épigraphiques nouveaux. Ces dernières années ont été particulièrement fécondes en trouvailles. M. Z. a publié, avec un soin extrême, d'après des copies nouvelles, toutes ces inscriptions, en donnant chaque fois l'énumé. ration complète des éditeurs, traducteurs, commentateurs qui l'ont précédé, de sorte que son livre sera le plus commode et le plus complet qu'on puisse recommander. Avec une modestie que nous ne pouvons nous empêcher de trouver excessive, M. Z. s'abstient généralement de rien avancer en son nom propre : dans le commentaire comme dans le vocabulaire, il se contente de reproduire les traductions les plus récentes, mettant quelquefois en regard deux opinions opposées, mais sans se prononcer. Il faut donc considérer son livre comme une sorte de résumé impersonnel donnant le dernier état de la philologie osque, et propageant

l'erreur aussi bien que la vérité. Cependant, on peut affirmer que cette publication fait accomplir un pas, sinon au déchiffrement, du moins à la vue des difficultés du déchiffrement, à cause de la forme brève et claire sous laquelle elle présente les hypothèses qui ont cours. Telle conjecture qui, fondue dans un commentaire et appuyée de rapprochements plus ou moins décevants, pouvait faire illusion à l'esprit, apparaît chez M. Z. en sa fragilité. C'est donc dans ce livre qu'on devra, à l'avenir, se mettre au courant des études osques.

1. Cf. Revue critique, 1878, n" 11, art. 57, p. 171.

L'ouvrage de Mommsen, celui de Fabretti, gardent néanmoins leur prix, l'un à cause des renseignements historiques et épigraphiques qu'il contient en grand nombre, et des inscriptions sabelliennes, marses, volsques, etc. que M. Z. n'a pas cru devoir comprendre dans son cadre, l'autre surtout à cause de l'étrusque et des documents qu'il fournit pour l'histoire des alphabets italiques.

Ce qui ajoute à la publication de M. Z. une valeur hors ligne, c'est la seconde partie, dans laquelle il donne, en dix-neuf planches, d'admirables fac-simile d'environ 130 inscriptions. L'art de la reproduction par les procédés combinés de la photographie et de la gravure peut difficilement être poussé plus loin, et nous engageons nos éditeurs français à prendre connaissance de ces planches, pour voir ce que leurs confrères allemands obtiennent aujourd'hui en ce genre. Mais ces fac-simile ne sont pas seulement un régal pour les yeux : ils feront avancer l'interprétation. Plus d'un passage était mal lu jusqu'à présent et ne prend son véritable sens que depuis que nous possédons la lecture authentique. Le travail de M. Zvetaieff fera donc époque dans l'histoire des études italiques : nous lui en adressons nos remerciements, dont une partie devra être reportée au ministère de l'instruction publique russe, qui a rendu possible, par son appui, cette magnifique et utile publication.

M. B.

80. Die platonische Frage. Sendschreiben an Herrn Professor Dr E. Zeller, von A. Krohn. Halle, Verlag von Richard Mühlmann, 1878, in-8°, vil et 168 p.

Ceci est un opuscule de philosophie guerroyante. L'auteur, évidemment exaspéré par le mauvais accueil que ses livres ont trouvé dans son pays, exhale son mécontentement surtout contre M. le professeur Siebeck et contre M. le Dr Teichmüller. Obscur par l'étrangeté des vues historiques et des doctrines théoriques, et par le mélange confus des spéculations de la Grèce antique avec celles de l'Allemagne depuis Kant (mélange dans lequel les premières sont immolées aux dernières), l'opuscule est encore obscurci par deux causes, qu'il est bon de signaler.

La première de ces causes accessoires d'obscurité tient au style incroyable de l'auteur, dont les locutions barbares feraient regretter les plus mauvais temps de la scholastique en décadence. L'auteur emploie fréquemment des mots qui n'ont jamais été ni latins ni grecs, et qui ne seront jamais alle

[ocr errors]

mands, comme reguliren (p. 92, l. 27), ignoriren (p. 25, 1. 14), gravi

1 tiren, präsentiren (p. vi, 1. 7 et 28), substantiiren (p. 57, l. 26), desorientiren, ruiniren, etc., ein modern präjudicirte Plato (p. vi, 1. 19), das Prius, das Apriorische (p. 139, 1. u1 et 12), die phychische (lisez psychische) Ontogenie (p. 28, 1. 10), etc. Des mots, passons aux phrases. M. K. se demande (p. 49, 1. 13. 14) si les idées de Platon sont une Hypostasiirung (en français hypostasiation) des notions de Socrate. Peu respectueux pour la théorie des idées et pour le platonisme en général, M. K. dit (p. 132, 1. 25-26) que Platon n'a trouvé aucune occasion de transcender (transcendiren) les formes des choses, et il ajoute (p. 132, fin) que Platon a considéré les idées comme des Consecutiva de l'être de

a la divinité. En parlant de l'auteur des livres VIII et IX de la République, il dit (p. 28, 1. 16) que la métaphysique est encore bien loin de l'horizon de ce pédagogue (dieses Pädagogen). Du reste, il ajoute (p. 29, 1. 25-26) que l'homme Platon (der Mensch Plato) a eu ses développements, et que ce n'est pas sa tête seule (nicht nur sein Kopf) qui s'est développée. Le dernier mot de M. K. (p. 165) est ce paradoxe, que tous les dialogues ensemble sont d'origine postérieure à la République. Sui. vant M. K., le platonisme ne pouvait pas aboutir à un résultat; car dans ce système, dit-il (p. 136, 1. 22-25), l'affirmation de l'intelligible (des Intelligiblen) et la négation des choses de ce côté-ci (des Diesseitigen, c'est-à-dire des choses de ce monde) sont les deux seuls facteurs (Factoren) desquels on doit faire sortir comme gain le Facit métaphy sique (das metaphysische Facit). M. K. connaît aussi (p. 130, 1. 26) le Facit de l’ontologie. Il faut donc croire que ce mot Facit a un sens pour lui. Afin de prouver mieux l'insuffisance du platonisme, M. K. dit (p. 136, 1. 32-35) que le sublimé le plus volatil du monde accessible à l'observation (das flüchtigste Sublimat der anschaulichen Welt), c'està-dire, suivant lui, les notions de quantité et de mouvement, sont les seuls fils conducteurs que le platonisme ait acceptés pour arriver à ce qui est supérieur aux sens; car, ajoute-t-il (1, 35-37), le platonisme sentait pourtant le besoin de lier en quelque manière avec le monde phénoménal son intuition géniale (seine genialische Intuition) du monde intelligible. Ce sont là, pour les phrases comme pour les mots isolés, quelques exemples entre mille; mais ces exemples suffisent, je pense, pour caractériser une obscurité incurable.

Une autre cause accessoire d'obscurité, mais à laquelle on peut appor. ter quelque remède, c'est qu'avant d'entrer en matière, M. K. n'a jugé à propos de faire connaître ni la place de son opuscule dans la polémique à laquelle il appartient et qu'il suppose connue des lecteurs, ni le plan de cet opuscule. Disons d'abord quelques mots sur le premier point.

M. Edouard Zeller a publié, sur La philosophie des Grecs, un ou. vrage très-supérieur à tout ce qui avait été écrit sur le même objet. Cet ouvrage a obtenu en Allemagne un succès mérité, et une traduction fran" çaise, faite sur la 3e édition allemande, se publie à Paris. Parmi les ad

[ocr errors]

versaires et les rivaux qui ne lui ont pas manqué de l'autre côté du Rhin, le plus distingué me paraît être M. Teichmüller, dans ses Etudes pour l'histoire des notions philosophiques en Grèce (Berlin, 1874, Ix et 667 p. in-89), et Nouvelles études, per cahier (1876, xvi et 269 p.). Ces études intéressantes, conçues dans un esprit trop systématique, apportent aux interprétations habituellement justes de M. Zeller des rectifications et des compléments quelquefois justes aussi, et des objections souvent utiles à connaître, lors même qu'il faut savoir les repousser. C'est ainsi qu'il ne faut pas suivre M. Teichmüller dans sa critique excessive, lorsqu'il ne reconnaît, comme présentées sérieusement par Platon, que les doctrines conciliables avec celle de la gauche hégélienne, par exemple la doctrine de l'éternité de l'âme universelle, et lorsqu'il considère comme des mythes, imaginés par Platon pour plaire au vulgaire, tout ce qui impliquerait de la part du philosophe grec des opinions trop franchement spiritualistes, par exemple une croyance sincère à une certaine immortalité personnelle des âmes individuelles. Sur le platonisme en particu. lier (Etudes, f. 105-222), M. Teichmüller a reproduit et complété ses vues, vers la fin de 1876, dans un petit volume intitulé : La question platonique, écrit polémique contre Zeller (Gotha, 1876, xvi et 127 p. in-8°). Vers le commencement de cette même année 1876, M. K., déjà auteur d'un opuscule sur Xénophon et Socrate, avait publié, comme tome ser d'Etudes sur la littérature socratico-platonique, un volume intitulé : La République de Platon (Halle, 1876, in-8°), et M. Teichmüller, dans sa Question platonique, avait attaqué incidemment M. K., qui, sur quelques points seulement, s'était trouvé d'accord avec M. Zeller, notamment sur la manière dont Platon entendait l'immortalité de l'âme. Mais sur d'autres points M. K., dans l'opuscule dont nous rendons compte, se vante d'être plus opposé à l'ensemble des opinions de M. Zeller que ne l'est M. Teichmüller lui-même. A en croire M. K., ces deux historiens de la philosophie grecque, M. Zeller et M. Teichmüller, ap. partiendraient tous deux à l'ancienne critique, dont le représentant le plus éminent est, dit-il (p. v-vu), M. Zeller; mais, en ce qui concerne le platonisme, les Zeller et les Teichmüller seraient destinés à disparaître de. vant la critique de l'avenir, dont M. K. serait l'initiateur encore méconnu. Tels sont les faits dont il faut être instruit d'avance, pour como prendre l'écrit polémique publié par M. K. près de trois ans plus tard que celui de M. Teichmüller, mais sous le même titre principal, savoir : La question platonique, écrit sous forme de missive à M. le Professeur D' E. Zeller, par A. Krohn.

Passons au second point, nécessaire aussi à connaître d'avance. La préface (p. III-VIII) indique très-imparfaitement l'objet de cet écrit, et n'en indique pas du tout la marche. L'opuscule commence brusquement par un renvoi au livre II, chapitre x, d'un ouvrage dont on ne lit en cet endroit ni le titre ni le nom de l'auteur. Les deux dernières pages de la préface n'apprennent rien non plus à cet égard. Il faut deviner qu'il s'a

« ZurückWeiter »