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fait dans toute sa simplicité. Cette affaire de la garde corse est infiniment curieuse et mériterait une étude particulière, mais il faudrait lui donner de très-grands développements, montrer, par exemple, comment Alexan. dre VII essaya de former une sainte ligue, et comment la vigueur de Louis XIV empêcha cette folie, etc ?. Il faudrait en même temps réduire le rôle de Retz à sa juste valeur, et dire que ce prélat, n'ayant pas encore reconquis la confiance du maître, ne fut pas appelé, en 1662, à rendre de véritables services au gouvernement, ce qui lui arriva trois ans plus tard, en 1665.

A cette date, le cardinal de Retz fut envoyé à Rome pour arracher au pape un désaveu de son infaillibilité, et M. Ch. est le premier qui raconte cette affaire en détail. Les documents inédits qu'il entremêle à son récit, et notamment une grande lettre de Retz du 13 octobre 1665, confirment ce que l'on savait déjà, c'est-à-dire que Retz triompha sans peine du pusillanime Alexandre VII, et amena ce pontife à faire d'assez bonne grâce le sacrifice de ses plus chères prérogatives. Mais, cette fois encore, M. Ch. exagère le rôle du cardinal, et ce besoin d'exagérer produit des contradictions fâcheuses. Après avoir parlé (p. 214) « du rôle consi

dérable que joua le cardinal de Retz muni des pleins pouvoirs de & Louis XIV », M. Ch. est obligé d'ajouter, quelques pages plus loin : a Louis XIV n'avait donné aucune instruction au cardinal de. Retz a

sur le rôle qu'il aurait à remplir à Rome. Dans cette situation, le car« dinal se crut obligé, – quelle humiliation pour un esprit de sa por«tée! — de demander constamment des conseils à un simple auditeur « de rote, M. de Bourlemont. » (P. 222). Il est difficile d'accorder ensemble ces deux affirmations; c'est la seconde qui est la vraie. Ce chapitre, d'ailleurs très-intéressant, le meilleur du livre sans contredit, présente pourtant une lacune grave; M. Ch., prenant l'histoire par le menu, s'étend avec complaisance sur les relations de Retz et de Christine de Suède ; il va même jusqu'à donner sur le Tartuffe de Molière quelques détails inédits, mais sans intérêt 2; pourquoi ne dit-il rien d'une mission dont le cardinal avait été chargé par Anne d'Autriche en personne? Cette princesse dont la piété souhaitait vivement la réforme de Citeaux, réclamée par les abbés de la Trappe et du Val Richer, avait chargé Retz de recommander cette affaire au pape; l'abbé de Rancé était alors à Rome pour le même objet, et il semble qu'un historien si bien informé devait nous montrer en face l'un de l'autre le héros de la Fronde et l'austère réformateur de la Trappe. Mais les Archives du ministère des Affaires étrangères ne renferment apparemment aucun document sur

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1. Il y eut notamment une grande conférence politique à Madrid entre le nonce Bonnelli et don Etienne de Gomarra : le nonce proposait la guerre, son interlocuteur en démontra toute la folie.

2. Christine de Suède demandait à Lionne une copie de la pièce pour la faire jouer à Rome sur son théâtre, le ministre écrivit que la chose était impossible (p. 426).

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cette question; M. Ch. ne l'a donc pas traitée, il s'est contenté de dire (p. 379) qu'il passerait sous silence « plusieurs questions ecclésiasti« ques que Retz eut à traiter, bien qu'il les ait presque toutes menées à « bien, avec son habileté ordinaire ». Mais ici l'habileté du cardinal échoua complètement contre le mauvais vouloir d'Alexandre VII, et il eût été intéressant de voir comment les choses se passèrent. Quant aux relations de Retz et de Rancé, elles « importent à l'histoire », n'en déplaise à M. Ch., autant et plus que les relations de politesse du cardinal avec la reine de Suède.

Les derniers chapitres du livre (conclaves de 1667, 1670 et 1676), me paraissent inférieurs à tout ce que M. Ch. a fait jusqu'ici; on dirait que l'historien fatigué avait hâte d'en finir avec un sujet que lui-même ne ju. geait pas d'un très-grand intérêt. Tous les conclaves du xvite siècle se ressemblent; quand on connaît ceux de 1655 et de 1689, dont la relation nous a été laissée par le cardinal de Retz et par l'abbé de Coulan. ges, on connaît tous les autres. Les quelques pages que M. Ch. consacre à ces trois assemblées de cardinaux, n'apprendront rien d'important aux historiens. Pourquoi faut-il même que M. Ch., si riche de son propre fonds, ait cité comme inédites une vingtaine de pièces que M. Champollion-Figeac avait publiées il y a plus de quarante ans ? M. Champollion-Figeac avait, lui aussi, compulsé les Archives étrangères, et l'on trouve dans son Complément de la vie du cardinal de Rais (collection Michaud et Poujoulat, Mémoires de Retz, 1837, p. 600 et sq.) presque toutes les dépêches que M. Ch. cite d'après la Correspondance de Lionne ; il y en a même de très-importantes que l'éditeur de 1837 a transcrites, et que l'on chercherait vainement dans l'ouvrage de M. Ch.

Le dernier et le plus marquant de ces trois conclaves, celui de 1676, a singulièrement embarrassé M. Ch. qui méprise trop le cardinal de Retz pour croire, avec Bossuet et Mme de Sévigné, à la sincérité de sa conversion en 1675. Aussi les faits les plus significatifs, les scrupules de Retz qui sollicite alors pour la première fois la permission de correspondre avec l'ambassadeur de France, son entente avec le vénérable cardinal d'Estrées pour assurer un bon pape à l'Eglise, son humilité après l'élection, ses nouvelles démarches pour renoncer à la pourpre, etc., tous ces faits sont atténués ou même passés sous silence. Ce n'est donc pas une histoire de ce conclave que l'on a sous les yeux, c'est un résumé très-rapide de ce qui s'y est produit de plus saillant; on attendait mieux d'un historien qui connaît si bien la biographie de Retz.

M. Ch. annonce un quatrième volume dont l'intérêt sera beaucoup plus vif, puisqu'il se rapportera aux intrigues de Retz en 1648, mais alors M. Chantelauze aura en face de lui un rival redoutable. Le cardinal s'est chargé lui-même de cette partie de sa biographie, comme dit avec raison M. Champollion-Figeac, et personne ne voudrait la refaire après lui. Les mémoires de Retz en disent bien long sur la Fronde, et les

quelques erreurs qu'il a pu commettre ont été relevées avec tant de science dans la magnifique édition de M. Ad. Régnier, que la tâche du nouvel historien sera très-difficile.

A. GAZIER.

77. – Die Politik OEsterreichs in der spanischen Brbfolgefrage, von Arnold GEDECKE. Leipzig, Duncker et Humblot. 2 vol. in-8°.

M. Godecke s'est proposé de combler une lacune qui existe dans l'histoire diplomatique de la fin du xvii° siècle. La politique de l'Autriche, dans l'affaire de la succession d'Espagne, n'est connue qu'indirectement. M. G. a voulu l'étudier aux sources, aux archives de Vienne, et l'exposer à part dans une monographie. Son travail se divise en deux parties à peu près égales : 1° L'exposé historique. Après un résumé politique et un tableau des cours de France, d'Autriche et d'Espagne, M. G. présente les événements depuis le testament de Charles II, en 1696, jusqu'à la mort de ce prince, en 1700, et à la formation de la coalition de 1701. C'est donc, au point de vue de l'Autriche, une introduction diplomatique à l'histoire de la guerre de succession : ce travail, soutenu par des notes et des citations très-nombreuses, occupe, dans le tome I, les pages 5 à 205, et, dans le tome II, les pages i à 133; 2° des documents inédits tirés des archives de Vienne, tome I, 182 pièces, p. I à 160; tome II, 183 pièces, p. 1 à 204. M. Gedecke ne s'est pas contenté des sources inédites autrichiennes. Il a étudié les historiens espagnols et mis à profit les travaux de ses devanciers, et son ouvrage les complète par des pièces inédites. Pourquoi n'a-t-il pas rappelé dans une très-courte préface, à propos de la France et à côté des travaux de M. de Ranke et des correspondances publiées par M. Hippeau, le grand ouvrage de M. Mignet, qu'il cite d'ailleurs très-souvent?

7. DE VIEL Castel. Histoire de la Restauration, tome XX et dernier. Paris, Calmann Lévy, 1878. i vol. in-8°, 713 p.

Ce volume, très-rempli, clôt dignement le grand ouvrage auquel M. de Viel Castel s'est consacré et qui lui a fait une place si respectée parmi les écrivains et les historiens politiques de notre temps ?. Il contient le récit des événements depuis le mois de juin 1829 jusqu'aux journées de juillet 1830. On y retrouve les mêmes qualités que dans les volumes précédents. La politique extérieure y est traitée avec les mêmes développements et la même supériorité. Je signalerai surtout le ch. CXLV relatif à la paix d'Andrinople. M. de V. y expose, d'après les documents originaux, le fameux plan de réforme européenne et d'alliance russe pré. paré par M. de Polignac et sur lequel on a brodé tant de légendes. On voit que ce grand dessein, qui n'avait rien de commun avec celui de Henri IV, mais qui a tout aussi vivement excité la verve des commentateurs, devait, dans la pensée de son auteur, nous donner la Belgique et non les provinces rhénanes, ainsi qu'on le répète si souvent. On voit aussi comment il échoua, parce que la Russie fut aussi réservée quand il s'agit d'engagements positifs qu'elle avait été expansive dans les conversations confidentielles et spéculatives. La Prusse d'ailleurs, qui devait prendre la Saxe et céder au roi de Saxe les provinces du Rhin et qui était le pivot de combinaison, refusa de s'y prêter. Comme la Russie ne voulait rien faire sans la Prusse, l'affaire avorta. Les chapitres relatifs à l'expédition d'Alger sont remplis d'intérêt. Ce fut le testament de la Restauration et c'est une belle page d'histoire nationale. M. de Viel Castel s'arrête au 9 août 1830, à l'abdication de Charles X et à l'ouverture de la session des Chambres par le lieutenant-général. On a trouvé que l'ouvrage tournait court et manquait de conclusion. La forme du dernier chapitre a pu motiver cette critique; elle ne me paraît pas porter sur le fond. La conclusion se dégage de l'ouvrage tout entier qui est écrit avec une tenue et une suite malheureusement bien rares chez les écrivains qui ont échelonné sur autant d'années la publication de si nombreux volumes. Pour qui a lu avec attention l'histoire de la Restauration, les quelques lignes de la fin, si simples et si fermes dans leur grand bon sens, résument parfaitement l'oeuvre tout entière : elles sont prouvées à chaque page et c'est comme un théorème dont la démonstration minutieuse a passé sous les yeux du lecteur : « En commençant, il y a vingt-trois ans, l'histoire du gouvernement de la Restauration, je disais qu'après avoir, pendant les premières années, surmonté de bien grandes difficultés, il avait péri par sa propre faute, alors que la plupart de ces difficultés avaient disparu et qu'en persistant dans la politique heureusement suivie par Louis XVIII, son successeur eût pu conserver la couronne et la transmettre à sa postérité. Je persiste à le penser. La Restauration bien conduite avait des forces et des ressources qu'aucun des régimes qui sont venus après elle n'a eues à sa disposition; mais, dans la voie où l'égara Charles X, elle ne pouvait manquer de succomber, parce qu'elle blessait les sentiments nationaux, parce qu'elle était incompatible avec l'esprit et le besoin du pays. » Il sera permis, en signalant le dernier volume d'une cuvre aussi considérable, d'indiquer, moins à l'auteur qu'à l'éditeur, une lacune qui peut être facilement comblée, mais qu'il est nécessaire de combler, et promptement. Un volume de Table analytique, comme le tome XXI de l'Histoire du Consulat et de l'Empire, par exemple, est absolu

1. Cp. Revue critique, no 12, art. 67, p. 205.

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ment indispensable. L'Histoire de la Restauration est destinée à prendre place dans toutes les grandes collections historiques, elle sera trèsfréquemment et très-longtemps consultée par les politiques et par les historiens : elle ne peut se passer d'un répertoire qui est le complément de tous les ouvrages du même genre.

Albert SOREL.

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M. Clermont-Ganneau continue sa lecture sur divers ossuaires juifs provenant des environs de Jérusalem. Il constate que les ossuaires ou coffres à ossements qui se trouvent dans les caveaux funéraires explorés par lui au Mont du Scandale sont de deux sortes : les uns ne contiennent que les ossements d'une seule personne et portent une inscription qui indique le nom de cette personne; les autres sont des ossuaires communs, où l'on réunissait des ossements divers et qui ne portent aucun nom. Il a trouvé aussi un ossuaire qui porte à la fois deux noms, un nom d'homme et un nom de femme : Joseph, Salomé; M. Clermont-Ganneau suppose que ce Joseph était le mari de cette Salomé. – M. Clermont-Ganneau écrit au tableau et explique encore un certain nombre de ces inscriptions d'ossuaires, qui ne contiennent chacune qu'un simple nom propre, écrit en caractères hébraïques ou en caractères grecs.

M. François Lenormant fait une lecture sur les vases étrusques de terre noire. Les vases dont il s'agit ne portent point de peintures ; ils n'ont pour ornements que des dessins géométriques incisés ou pointillés, ou des bandeaux et des cannelures en relief, ou enfin des figures moulées. On ne les trouve que dans une région comprise entre la ville de Sienne au nord et le Tibre au sud ; les principales villes où l'on en a rencontré sont Cervetri, Chiusi, Corneto, Cortone, Orte, Orvieto, Palestrina, Volterre, Vulci, etc. Comme ils sont d'une exécution grossière et souvent sans valeur artistique, ils ont été jusqu'ici très négligés, et on les a même souvent détruits à mesure qu'on les rencontrait en faisant des fouilles, parce qu'on ne pensait pas trouver à les vendre. Mais ils sont d'un grand intérêt historique; en effet, les plus anciens d'entre eux, ceux qui n'ont d'autre ornement que des dessins géométriques incisés ou pointillés, paraissent appartenir à l'art étrusque primitif et autochtone. Les ornements en relief n'ont paru que plus tard, lorsque l'Étrurie s'est trouvée en relation avec la Grèce et l'Orient. C'est au viro siècle avant notre ère, pense M. Lenormant, qu'on a commencé à orner ces vases de bandeaux ou de cannelures en relief, et aux vio et ve siècles qu'on y a ajouté des figures en relief poussées dans des moules. Enfin, la fabrication de ces vascs a entièrement cessé au inre siècle, la mode étant alors passée aux vases fabriqués à la façon étrusco-campanienne. La comparaison des vases de terre noire et en général des monuments archéologiques trouvés à Orvieto, d'une part, et à Bolsena, de l'autre, confirme ur fait historique déjà reconnu par plusieurs auteurs : c'est que la ville de Volsinii, qui a donné son nom à Bolsena, occupait dans l’antiquité l'emplacement d'Orvieto ; mais cette ville fut prise et détruite par les Romains en 260 avant notre ère, et les habitants furent transportés au lieu où est Bolsena; c'est alors que l'ancienne ville, abandonnée, prit le nom d'Urbs Vetus, et que la nouvelle hérita du nom de Volsinii, qui lui est resté, très légèrement modifié.

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