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possédait le chancelier Pasquier ; d'autres fragments avaient été commu. niqués au public, en 1873, par M. Aubertin. Enfin, M. M. a publié dans les Appendices une série de documents importants, tirés des archives du Ministère. Ajoutons qu'il a commenté et discuté les documents qu'il édite, soit dans les appendices, soit dans l'introduction (p. I• cxx) et qu'il donne dans des notes, au bas des pages, de courtes et précises explications sur les événements et les personnages.

Ce qui fait le principal intérêt des Mémoires, c'est la peinture de la cour. Quant aux renseignements vraiment nouveaux, ils sont en petit nombre : Bernis écrivait pour sa famille et non pour le public, et, d'ailleurs, en ce qui concerne l'alliance autrichienne, le grand événement de sa carrière politique, il se sentait lié par un serment et ne voulait pas trahir un secret d'Etat. « L'impératrice, dit-il (1, 230), proposait à S. M. un plan fort étendu sur lequel il ne m'est pas permis de rien écrire »; et ailleurs (p. 225, 231, 286) : « Je voudrais qu'il me fût permis de m'expliquer plus clairement. » Enfin, il composa ses Mémoires longtemps après les événements, et, à ce moment-là, il n'avait pas sous la main les documents les plus considérables et les plus secrets (I, p. cxxr).

M. M. n'a pas précisé l'époque à laquelle furent composés les Mémoires; il remarque seulement (I, p. XVI, note) que « la dictée des Mémoires se trouva interrompue par le départ de Bernis pour le conclave de 1769 » (cp. II, p. 16, note). Bernis, en effet, dicta ses Mémoires à sa nièce, la marquise du Puy-Montbrun. Cette dame était âgée de 23 ans quand le cardinal commença cette dictée (I,cxxiv). Or, les Mémoires se divisent naturellement en trois parties : la première, jusqu'à l'entrée de Bernis au service de l'Etat, comprend vingt-sept chapitres ; la deuxième, jusqu'à la fin de l'année 1757, contient quarante-trois chapitres ; la troisième partie ne renferme que sept chapitres et ne s'étend que jusqu'au mois de septembre de l'année 1758 ; il n'existe du huitième chapitre que le titre « Plan de finance proposé pendant la guerre ». Je ne sais, et M. M. ne dit pas à quelle époque était née la nièce du cardinal; mais l'on peut, d'après certaines indications des Mémoires, déterminer le temps où Bernis commença à les dicter. La première partie et quelques chapitres de la deuxième ont été composés durant la guerre de Sept Ans, comme le prouvent les passages suivants : 1, 62. « Au fait des limites de l'Acadie (ce qui fait aujourd'hui le sujet de notre guerre avec l'Angleterre); p. 136. « De la guerre présente »; ils ont été composés dix ans après le réveil des querelles jansenistes c'est-à-dire depuis 1752 (tome I, p. 155-319), par conséquent en 1762 (p. 59). Ce qui nous confirme encore dans cette opinion, c'est la polémique de Bernis contre le testament politique dų maréchal de Belle-Isle publié tout récemment à Amsterdam en 1761 (p. 254); c'est le passage (p. 268) où il parle de la mort de Ferdinand VI d'Espagne qui eut lieu en 1759; celui où il mentionne (p. 300) la mort d'Elisabeth de Russie qui arriva le 5 janvier 1762; celui où il cite le pape Clément XIII (p. 194), le cardinal

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Rezzonico, aujourd'hui pape. Clément XII mourut le 3 février 1767.) Mais nous remarquons que la composition des mémoires avait subi une interruption avant la fin de la deuxième partie et qu'elle ne fut reprise que dès la fin de 1764; on ne peut guère savoir combien de temps après la mort de Berryer (15 août 1762, cp. ch. xxx, I, p. 346), mais certainement après la mort de M. d'Argenson (1 22 août 1864, cp.chap. XXXIII, p. 372 s.) après la mort de Mme de Pompadour(+15 avril 1764; cp.ch. xxxiv, p. 381; voyez au contraire I, 109, Mme d'Etioles, aujourd'hui marquise de Pompadour); après l'élection de Stanislas Auguste au trône de Pologne le 7 septembre 1764 (II, 4, chap. XXXVIII. Poniatowski, aujourd'hui roi de Pologne). La troisième partie des Mémoires nous mène plus loin encore, mais sans nous faire gagner aucune date précise : II,85: M. de Massiac, aujourd'hui vice-amiral (depuis le mois de novembre 1764, mort en 1770). Mais le dernier chapitre mentionne (p. 104) non seulement l'ordonnance royale de novembre 1764 contre les jésuites, mais encore l'expulsion de l'ordre, chassé en 1767 de l'Espagne et de Naples, et le 7 vrier 1768 de Parme.

A mon avis, les derniers chapitres n'ont pas été dictés d'une seule traite; la liaison des faits n'est pas suivie, et il y a beaucoup de répétitions (p. e., les chap. II et vil de la troisième partie).

Je remarque, en outre, qu'en beaucoup d'endroits se trouvent des points (.....) qui remplacent sans doute des tirets; mais çà et là on pourrait croire que Bernis projetait une rédaction définitive, qu'il ne put entreprendre. (Ex.: 1, 269; II, 37.)

Bernis a donc dicté ses Mémoires quelques années après les derniers événements dont ils font mention, et en ne consultant que ses souvenirs. Cette circonstance explique les erreurs et les inexactitudes qu'on trouve quelquefois dans ses Mémoires, comme dans tous les ouvrages qui ont une même origine. – 1, 254. Bernis dit que « le maréchal de Belle

Isle, après la prise de Minorque, laissa dire à ses partisans qu'il était l'auteur du projet de cette expédition, dont le mérite lui revenait, à lui, Bernis. Mais déjà le 29 décembre 1755 l'ambassadeur de Prusse à Paris, baron de Knyphausen, écrivait que Belle-Isle avait conçu ce plan. I, 290. Bernis raconte qu'il n'a pu décider qu'avec peine le ministre Rouillé à faire déclarer au roi de Prusse par le ministre de France à Berlin, M. de Valory, verbalement et par écrit que « s'il attaquait les cours de Vienne et de Dresde, S. M. les assisterait par toutes les forces que Dieu lui avait données. » Valory n'aurait pas obéi aux ordres du ministre, « il ne s'était acquitté que verbalement et avec beaucoup de faiblesse de sa commission », et le roi de Prusse l'avait à peine écouté. L'éditeur remarque à ce propos : Valory, Mém., I, 320 (Paris, Didot. 1820), ne parle point de ce fait. Cela n'est vrai que de ce seul passage; mais ailleurs (p. 121-128) on trouve la lettre que Valory, conformément à ses instructions, écrivit à Frédéric II le 26 juillet 1756, son rapport sur l'audience qu'il eut du roi le 27 juillet et la déclaration écrite que celui-ci

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envoya ensuite à son ministre Podewils (cp. Ranke, Werke, XXX, 262) et dont Valory adressa une copie au ministère. - I, 234. Bernis parle de négociations nouées en septembre 1755 avec l'ambassadeur autrichien, Starhemberg, et ajoute « qu'il a déterminé le roi d'envoyer au roi de Prusse un ministre éclairé qui pût démêler les sentiments de ce prince », et qu'en conséquence « bientôt après le duc de Nivernais fut choisi pour aller à Berlin. » Mais Rouillé avait annoncé sa mission au duc de Nivernais dès le 24 juillet, par conséquent plus d'un mois avant les propositions d'alliance de l'Autriche, et Frédéric l'avait agréée. La mission fut différée et n'eut lieu qu'en janvier 1756; Frédéric II s'en étonna, à bon droit : il s'agissait de renouveler l'alliance défensive, qui expirait le 5 juin 1756, et non le 5 juillet, comme le croit M. M. (I, LXVII), car les traités sont en vigueur, à moins d'autres stipulations, dès le jour de la signature, et non de la ratification. — I, 297. Bernis se plaint que, « contre son avis, les 24,000 hommes ne marchèrent point »; c'est-à-dire le corps auxiliaire qui devait, conformément aux stipulations, fortifier l'armée autrichienne en Bohême, mais qu'on laissa aux troupes françaises leur liberté d'action. Cependant Bernis écrivait confidentiellement à Pâris-Duverney le 18 octobre 1756 (Corresp. du card. de Bernis. Londres, 1790, II, 24): Rien ne nous aurait plus mis dans la dépendance que notre corps de troupes dans la Bohême ou en Moravie : c'était lui (à l'impératrice) donner 24,000 ótages qui restaient à sa disposition, au lieu que sur le Rhin nous sommes nos maîtres. -1, 401-403. Bernis parle de la convention de neutralité pour la principauté de Halberstadt, pour laquelle le maréchal de Richelieu négociait avec le duc Ferdinand de Brunswick, et regarde cette proposition comme un artifice grossier du roi de Prusse. La vérité est que Richelieu fit la proposition et rédigea la convention le 17 octobre 1757, mais que la cour refusa sa ratification. (Cp. toute la correspondance dans Westphalen, Geschichte der Feldzüge der Herzogs Ferdinand. Berlin, 1859. II, 63-127. – II, 38. Bernis rapporte, d'après le duc de Choiseul, que Soubise se décida à livrer la bataille de Rosbach sur une lettre où Choiseul, ambassadeur à Vienne, l'excitait à un acte de hardiesse et de confiance. M. M. remarque avec raison que cette lettre est celle que M. Filon a publiée (p. 107). Mais cette lettre, écrite le 3 novembre, ne pouvait être dès le 5 entre les mains de Soubise. — De pareilles erreurs s'expliquent facilement. Mais que penser de cette assertion de Bernis, II, 3 : « J'étais parvenu à faire renvoyer le chancelier Bestuchew », tandis que la chute du ministre fut amenée, non point par l'influence de la France ou de l'Autriche, mais par un complot ourdi avec la grande duchesse Catherine ? Il est d'ailleurs remarquable que Bernis ignorait complètement ce qui se passait à la cour de Russie et les relations qui existaient entre la Russie et l'Autriche. On pourrait croire que l'homme qui conclut au nom de la France l'alliance autrichienne, s'était avant tout renseigné sur les engagements que l'Autriche et la Russie avaient pris l'une envers l'autre, afin d'apprécier par

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là même les risques que courait la France et les actes qu'on attendait d'elle. Il semble qu'il n'en fut même pas question. Bernis ne savait pas que les cours de Vienne et de Pétersbourg pensaient déjà, au printemps de 1756, à prendre l'offensive contre la Prusse et qu'elles n'avaient remis leur attaque à l'année suivante que parce que la France hésitait encore à accepter les propositions de l'Autriche dans toute leur étendue, et particulièrement à garantir les subsides exigés. Il en fait lui-même l'aveu (I, 289) : « Nous ignorions au mois d'août 1756 quel parti prendraient la Russie, la Suède, le Danemark, l’Empire Germanique, la Hollande, la Porte et le roi de Sardaigne » (cp. I, 245). Ainsi, il se berçait d'espérances de paix, pendant que la cour de Vienne, déterminée à l'attaque, n'attendait que le moment favorable d'« écraser le roi de Prusse » avec l'aide des armes russes et de l'argent français. A la vérité, ces faits que nous attestent les archives autrichiennes et russes ne semblent

pas

exister pour l'éditeur des Mémoires.

Les lapsus et les fautes d'impression sont très-nombreux. M. M. cite lui-même (I, Lxxx) une « erreur inexplicable », mais, dans l'explication qu'il donne, il place la bataille de Kolin le 19 juin, au lieu du 18. Je relève rapidement quelques autres erreurs. — I, 376. Wesel fut évacué par la Prusse le 24 mars 1757. - 1, Lxxxvi. La bataille de Hastenbeck fut livrée le 26 juillet. - II, 20. Celle de Gross-Jägerndorft, le 30 août. — I, 393. Celle de Breslau le 22 novembre. – II, p. 45,

· ligne 22, il faut lire la prise et non la paix de Breslau.- 1, cxi. Soubise fut vainqueur à Lutternberg le 10 octobre 1758 et promu maréchal le 19; mais Broglie n'était pas présent au combat, ce qui est dit, I, 113, note. Il vainquit à Sandershausen (1758) et fut défait à Vellinghausen. Soubise fut battu à Wilhelmsthal, 1762 (I, 196, note). — 1, 218, note 3. Ferdinand VI était roi depuis 1746; note 2. M. Keene, le ministre d'Angleterre à Madrid, mourut le 15 décembre 1757. - 1, 242, 259. Le traité de Westminster du 16 janvier 1756, fut ratifié le 13 février. II, 417. Il n'y a pas de traité prusso-anglais de Breslau du 25 janvier 1758. - 1, 320, lire le 5 janvier. – II, 10, ligne 9, lire la Saxe; mais il semble y manquer encore quelques mots. Je renonce à corriger l'orthographe des noms; je me contente de remarquer que le colonel Tadensie, commandant à Leipzig (II, 387), n'est autre que Tauenzien.

Ailleurs (I, 232), M. M. place, le 7 septembre 1755 (au lieu du 9), la réponse de Louis XV aux propositions autrichiennes, communiquée par Bernis.— II, 27, note. Le prince héréditaire Charles de Brunswick, que le duc Ferdinand retenait à l'armée, est confondu avec le duc Auguste Guillaume de Brunswick-Bevern, fait prisonnier près de Breslau. II, 380. La princesse Caroline-Amélie d'Anhalt-Zerbst était la belleseur, non du roi, mais du prince Henri de Prusse.--II, 161, note. M. M. a confondu deux personnes : Robert Keith, né en 1697, fut ambassadeur à Vienne de 1748 à 1757, à Pétersbourg de 1758 à 1762 et mourut à Edimbourg, le 21 septembre 1774. Son fils, sir Robert Murray Keith,

né en 1730, fut ambassadeur à Dresde en 1769, à Copenhague en 1771, à Vienne de 1772 à 1792, et mourut en 1795.- 1, 381, note. M. M. dit : « Le comte de Broglie avait même résidé à Vienne pendant plusieurs mois en 1756-1757. M. le duc de Broglie n'a point parlé de ce séjour à Vienne dans sa publication sur la diplomatie secrète. » Mais dans l'article auquel se reporte M. M. (Revue des Deux-Mondes, 1870, T. LXXXVIII, p. 268-274), le duc de Broglie parle avec de nombreux détails du séjour que le comte fit à Vienne en 1757, de mai au 1er juin. (Voir aussi le Secret du roi, 1878, I, 244-254.) 1

M. M. néglige ce qni est près de lui; on ne s'étonnera pas qu'il n'ait aucune connaissance des publications d'autres archives, qu'il n'ait guère fait qu'une étude superficielle de l'Histoire de Marie-Thérèse de M. d'Arneth. Qu'on lise, par exemple, ce qu'il dit des négociations qui amenèrent la disgrâce de Bernis. (Introduction, I, p. xcvi, et appendice xı; II, p. 413). Il explique fort bien et mieux qu'on ne l'avait fait jusqu'ici les causes de l'irritation de Mmc de Pompadour contre Bernis et de la scission qui se produit entre le duc de Choiseul et le ministre. Il blame fortement Choiseul ; il ne voit dans sa conduite qu'intrigue et perfidie. Mais les reproches qu'il adresse au duc sont excessifs. Choiseul n'a jamais caché qu'il désapprouvait le traité d'alliance conclu avec l'Autriche, parce qu'il imposait à la France d'énormes sacrifices, sans lui donner de sérieux avantages. Il fut toujours convaincu, comme il le dit dans le mémoire qu'il remit au roi à la fin de 1765, « Qu'au moment on lui faisait signer un traité si onéreux pour la France et si utile pour la cour de Vienne, il aurait fait stipuler que V. M. entrerait en possession des Pays-Bas » (Filon, p. 30). Il ne croyait pas que ce fût pour la France un avantage suffisant d'obtenir de l'Autriche la cession éventuelle des Pays-Bas au gendre de Louis XV, l'infant don Philippe de Parme, et à ses héritiers, avec le droit de reversion à la maison de Hapsbourg (art. xix du traité secret du 1er mai 1757). M. M. fait que glisser sur ce fait (1, lxvi « La Belgique française ou francisée, et il continue ainsi : « ainsi ce roi aurait donné à son peuple la Lorraine et la Belgique ; ailleurs, II, 413, la France, augmentée des Pays-Bas, n'aurait eu qu'à se louer d'une alliance qui lui aurait rendu un terri

1. I, xcm, II, 122, il n'y a rien d'obscur dans l'aventure de M. Barbut de Maussac. Cet agent du comte de Wied avait été reçu secrètement par le maréchal de Belle-Isle et revint le 22 août 1757 à Neuwied avec ses instructions. Le jour suivant arrivait le colonel prussien Balby, sous le nom de von der Heyn. Pourtant, le rapport détaillé, écrit par Barbut, ne parvint pas aux mains du roi de Prusse; il fut intercepté sur le territoire saxon par des hussards autrichiens. A cette nouvelle le comte de Wied envoya une seconde fois M. Barbut à Paris; mais en même temps qu'arrivait ce dernier, la cour de Vienne avait déjà énoncé ses griefs. Barbut fut conduit à la Bastille le 24 septembre 1757 et n'en sortit que le 7 octobre 1758. Balby n'alla pas à Paris, mais se rendit à la fin d'octobre 1757, sous son déguisement, auprès du maréchal de Richelieu, qui le reçut à Halberstadt et, au grand regret de Bernis, lui laissa la liberté (II, 136, Versailles, 8 novembre 1757).

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