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bonne et de Coïmbre, les bibliothèques de Berne, de Saint-Pétersbourg,
d'Upsal et de Rome. A tant de sources d'information il faut joindre
encore les vieux papiers de la famille de Grouchy. On devine facilement,
après cela, tout ce que les deux collaborateurs ont mis dans leur livre
de renseignements abondants, exacts et nouveaux'. Ajoutons que la
recherche de l'inconnu n'a pas fait négliger à MM. de G. et T. l'étude
des ouvrages anciens et nouveaux qui sont à la disposition de tous : pas
un de ces ouvrages, pour ainsi dire, n'a été omis par les consciencieux
biographes, et ils ont interrogé tout aussi bien La Croix du Maine,
Scévole de Sainte-Marthe, le président de Thou, etc., que l'Histoire de
Sainte-Barbe de M.J. Quicherat (1860-1864) et l'Histoire du collège
de Guyenne de M. E. Gaullieur (1874) *.

A des détails très-précis sur la famille de Grouchy (p. 4-9) succède le
récit clair et animé de la vie de Nicolas. C'était le second des enfants de
Jean de Grouchy et d'Isabeau de Morant. Il naquit vers 1509, près de
Dieppe, selon les uns, à Rouen même, selon les autres, dont l'opinion
paraît plus vraisemblable. Son enfance s'écoula dans la capitale de la
Normandie. Il compléta, au collège Sainte-Barbe, les fortes études com-
mencées à Rouen sous la direction de son oncle, l'abbé Christophe de
Grouchy. Bientôt appelé par André de Gouvéa, son condisciple de Sainte-
Barbe, à Bordeaux, il y passa treize années. Accompagnant ensuite à
Coimbre Gouvéa, il enseigna avec éclat la dialectique dans le collège des
Arts fondé par son ami. Vers la fin de 1549 ou le commencement de
1550, il quitta le Portugal et se rendit en Normandie où, pendant plus
de vingt ans, il devait habiter une terre appartenant depuis longtemps à
sa famille 3. Ce fut dans cette retraite qu'il mit au net les Præceptiones
dialecticæ (dédiées à Guillauine de Guérente et à Buchanan, ex domo pa.
terna, nonis septembris 1551) 4. MM. de G. et T. ont reproduit (p. 87-88)

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1. Si M. le vicomte de Grouchy n'avait encore rien publié jusqu'à ce jour, on connaissait et on appréciait deux curieux opuscules de M. E. Travers : Essai historique sur l'élection des papes (1875, in-89); Une promenade dans Paris avec un poète burlesque (1877, in-89).

2. MM. de G. et T. n'ont pas eu connaissance de l'ingénieux et savant opuscule de M. R. Dezeimeris, aujourd'hui correspondant de l'Institut : De la Renaissance des lettres à Bordeaux au xvio siècle (1864, in-8°, Bordeaux). Ils auraient trouvé là (p.-25) une indication tirée des notes de Vinet sur Ausone (édition de 1590, section 379) sur l'époque (1544) où N. de Grouchy commença à rédiger « son beau livre des Comices chez les Romains. » MM. de G. et T. ont trouvé dans les archives de Rouen un acte qui établit qu'en janvier de cette même année N. de Grouchy

escuier » était venu en Normandie.

3. Cette terre est nommée par MM. de G. et T. tantôt La Cauchie et tantôt La Chaussée (p. 86, 111, 136, 193). La dernière forme est officiellement adoptée aujourd'hui. Voir le Dictionnaire des communes de la France, au mot Chaussée (la). Cette localité appartient au canton de Longueville.

4. Sur un petit point (p. 89), MM. de G. et T. ont rectifié une assertion de l'érudit qu'ils appellent « l'un des hommes les plus distingués qui s'honorent aujourd'hui du titre de Barbisie. » M. Quicherat avait écrit qu'aucune de nos bibliothèques ne

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l'épître dédicatoire où l'auteur rappelle à ses deux meilleurs amis que cet ouvrage avait été déjà presque tout entier composé en Portugal. Ils ont très-bien décrit et très-bien apprécié un autre travail de Nicolas, sa traduction française de l'Historia do descobrimento e conquista da India (Coïmbre, mars 1551), oeuvre d'un homme dans l'intimité duquel il avait vécu, Fernand Lopez de Castanheda, l'ancien compagnon de voyage de Nuno da Cunha, devenu garde des archives de l'université de Coïmbre (Le premier livre de l'Histoire de l'Inde, etc. Paris, de l'imprimerie de Michel de Vascosan, 1553), et ils ont encore reproduit (p. 9294) l'épître dédicatoire à Charles Martel, seigneur de Bacqueville, rédigée avec une naïve et modeste bonne grâce, suivie (p. 95-98) d'une chaleureuse lettre de recommandation au lecteur en faveur du traducteur, délivrée par Pierre Delamarre, « viconte du duché de Longueville. » Il était bien juste, du reste, que ce gentilhomme usât de toute son éloquence pour attirer la sympathique attention du public lettré sur la traduction de son voisin de campagne, puisque c'était lui-même qui l'avait décidé à l'entreprendre.

Les observations bibliographiques de MM. de G. et T. sur les versions de quelques traités d'Aristote (1551-1554) et sur le De comitiis Romanorum libri tres (1555, in-fol.), sont dignes de toute l'estime des érudits 1. Ce dernier ouvrage, qui fut l'ouvrage capital de Grouchy, est dédié en termes très-affectueux à Pierre Delamarre, le protecteur de l'Histoire de l'Inde. MM. de G. et T. donnent cette dédicace (p. 117-118), et, après avoir brèvement analysé le De comitiis, qui méritait, je le crois, un examen plus approfondi, ils racontent, avec une spirituelle vivacité (p. 122-134), la lutte féconde en pamphlets qui, au sujet de ce livre, s'engagea en 1565 et se prolongea jusqu'en 1569, entre l'antiquaire normand et un antiquaire italien, le fameux Sigonius (Carlo Sigonio). Grouchy, disent-ils, retrouve en cette occasion « l'humeur batailleuse

possède les Præceptiones dialecticæ. Or, la Bibliothèque Mazarine a deux exemplaires de cet ouvrage que la France protestante et la Nouvelle Biographie générale, entraînée dans l'erreur par MM. Haag, appellent Dialecticæ præscriptiones. Ces deux exemplaires (in-4°) sont de 1552 et de 1560. MM. de G. et T. signalent d'autres exemplaires conservés à Berne, à Leyde, à l'Escurial, à Milan, enfin à Rome (Bibliothèque du couvent de l'Ara-Coli).

1. Voir (p. 113) la mention d'une méprise de MM. Haag au sujet des versions d'Aristote dues à N. de Grouchy et dont MM. de G. et T. indiquent de nombreuses éditions, même celles qui se cachent dans la bibliothèque de Munich et dans celle de Palerme. Ils relèvent (p. 151) une autre erreur des rédacteurs de la France protestante, lesquels ont avancé que La Croix du Maine attribue à Grouchy une traduction de Théodorite, alors que, dans la Bibliothèque françoise, on lit seulement : a Roland Pierre loue fort ledit de Grouchy en sa traduction de Théodorite. » Signalons aussi une rectification de l'article du Manuel du Bibliographe normand sur N. de Grouchy (Rouen, 1858, t. I, p. 91): M. Ed. Frère a confondu avec le commentateur d'Aristote un certain Nicolas de Grouchy, sieur de La Court, qui était né à Clermont en Beauvoisis, exerçait la profession d'avocat, et n'était pas même contemporain de son homonyme.

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des barons féodaux, ses ancêtres ? ». Son antagoniste, quoiqu'il n'appartînt pas à une race militaire, ne se montra pas moins impétueux. Tous ceux à peu près qui ont eu à s'occuper de l'ardente querelle, ont reconnu que si les adversaires abusèrent également de l'invective, Grouchy l'emporta sur Sigonius par l'habileté de l'argumentation et par la solidité du savoir.

Un des documents les plus curieux de l'ouvrage est, sans contredit, la lettre latine inédite (p. 143-146) que N. de Grouchy adressa, le 17 janvier 1566, à Pierre de Montdoré, le savant mathématicien. Cette lettre, conservée à la Bibliothèque de Berne, nous montre, disent MM. de G. et T. « N. de Grouchy se préoccupant de l'avenir, cherchant à s'assurer pour sa vieillesse une position lucrative qui le mît à l'abri du besoin et qui lui permît d'élever son jeune fils. Nous y voyons aussi que, , dans les premiers jours de janvier 1566, l'illustre Georges Buchanan fit un voyage en Normandie et vint visiter son vieil ami dans la retraite. C'est là un fait complètement inconnu jusqu'à ce jour... »

Appelé au collège de la Rochelle par le maire et les échevins de cette ville, Grouchy ne put occuper la chaire de philosophie qui lui était réservée. A peine arrivé, il fut emporté (6 janvier 1572) par la fièvre qui le consumait depuis quelques jours et que redoublèrent les fatigues d'un long voyage accompli dans une saison inclémente. Sa mort, selon l'expression du grand historien J.-A. de Thou (livre LIV), fut un deuil pour tous ceux qui aimaient les bonnes lettres.

MM. de G. et T. n'ont consacré qu'un seul chapitre, le xro (p. 167198), à Timothée de Grouchy, fils unique de Nicolas de Grouchy et de Louise des Champs. « Il porta les armes avec distinction, » disent-ils, « et tint un rang honorable dans la noblesse du pays de Caux 2. » Ce guerrier qui, fils d'un protestant, prit une vive part aux polémiques du P. Gontery et des ministres Pierre de Laune et Antoine Gueroud, « saisissant sa plume, nous allions dire sa rapière, » comme s'expriment (p. 177) ses biographes, lança dans la mêlée deux brochures (Le discours apologétique. 1609, pet. in-12; La Répartie au Ministre Gueroud, touchant son livre intitulé les Desguisements et fuites du sieur Jean Gontery, Jesuite, etc. Rouen, 1613) et un volume de plus de 300 pages (Discours catholique du Purgatoire, etc. Rouen, in-8°, 1619), dédié par le vaillant « gentilhomme cauxois, » comme il s'intitule, « à noble et vertueux seigneur François de Monceaux, sieur de Villers Houdan,

1. Les rédacteurs du Moréri de 1759, après avoir constaté que Grouchy était « d'une noble famille de Rouen et qu'il devint très-habile dans les langues et en toutes sortes de sciences, » l'accusent d'avoir eu a un esprit aigre et très-critique ».

2. D'après les notes généalogiques de Bigot conservées parmi les mss. de la Bibliothèque de Rouen, « Timothée de Grouchy, escuier, sieur de la Rivière, homme de

guerre des plus renommés entre la noblesse du pays... » épousa la fille (Antoifiette) de Martin des Essars, écuyer, sieur de Saint-Aubin, et n'en eut pas d'enfants.

(

Baron de Bissigny, conseiller du Roy en son Conseil d'Estat, Visamiral en Normandie, Gouverneur pour Sa Majesté des ville, chasteau et citadelle de Dieppe, etc. » 1. Les citations que MM. de G. et T. empruntent aux Discours catholiques - livre où l'érudition est prodiguée, mais où brille surtout la vérve injurieuse - paraîtront d'autant plus piquantes que l'ouvrage est moins connu, tellement peu connu que les bibliographes l'ont tous passé sous silence 2.

MM. de Grouchy et Travers terminent leur étude par cette modeste déclaration (p. 197) : « Ici nous déposons la plume avec le regret de n'avoir pu, malgré plusieurs années de recherches, tant en France qu'à l'étranger, rien découvrir de plus sur Nicolas et Timothée de Grouchy, Que leur regret soit adouci par ce vou : puissent tous ceux qui traiteront désormais un sujet aussi difficile et aussi peu fouillé, enrichir leurs monographies d'autant de nouvelles et précieuses choses !

T. de L.

56. De la correspondance inédite de Dom B. de Montfaucon, par

Ph. TamizEY DE LARROQUE (Extrait de la Revue de Gascogne), Paris, Champion et Picard, 32 p. in-89.

En attendant la publication de la correspondance des Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, que prépare M. Dantier, M. Tamizey de Larroque nous en donne un avant-goût en publiant des extraits de la correspondance de Montfaucon avec D. Estiennot, D. Jean Guillot, D. Mabillon, le président Bouhier et Baluze. Ces vingt-neuf lettres de l'année 1691 à l'année 1734, choisies avec goût et annotées avec une éru. dition abondante et précise, nous donnent une très-juste idée de l'admirable activité intellectuelle dont le monastère de Saint-Germain-des-Prés a été, au xvie et au xvme siècle, le centre et le foyer. Philologie, nu. mismatique, épigraphie, archéologie figurée, histoire, littérature, théologie, il n'est aucune province des lettres ou de l'érudition qui échappe à la curiosité de D. Montfaucon, et ses lettres sont une véritable chronique des nouveautés littéraires. Les jugements qu'il porte sont, dans leur piquante concision, pleins de modération, de bon sens et d'esprit. Nous n'en donnerons pour preuve que ces quelques lignes : « On dit du livre du P. Thomassin intitulé : Dictionarium hebraicum, que le plus grand bien qui lui puisse arriver, c'est que le dictionnaire breton, du P. Peyron, où il fait venir toutes les langues à la bretonne luy ôtera sa qualité du plus méchant livre qui soit sorti de dessous la presse. On fait grand bruit du livre de M. de Cambray sur la prière. Quelques-uns disent que le livre sera arresté. Si cela est, ce prélat est à plaindre, car c'est un vray homme de bien et d'exemple... J'ay leu ce livre, et, à cela près qu'il est trop métaphysique et d'une spiritualité trop relevée pour le commun des gens, je ne le trouve pas mauvais. » – La plaquette de M. Ph. Tamizey de Larroque nous fait vivement désirer que la publication de M. Dantier ne se fasse pas attendre et qu'elle soit annotée d'une manière aussi intéressante que les vingt-neuf lettres éditées au. jourd'hui.

1. Voir cette dédicace (p. 183-184). Voir aussi (p. 185-186) l'Avis au lecteur et (p. 187) un sonnet bien mauvais de l'auteur, suivi (p. 188-190) d'autres sonnets plus mauvais encore, s'il se peut — de divers amis, notamment de l'abbé de Bonastre, curé d'Harcanville, sonnets auxquels se mêlent quelques quatrains qui, comme le célèbre distique, paraîtront un peu trop longs.

2. Dans l’Appendice (p. 199-222), on trouvera : 1, la traduction du jer chapitre de l'Histoire de l'Inde par N. de Grouchy; II, une note complémentaire sur le séjour de Grouchy à Coimbre; III, une note sur le nom de Grouchy dans les différentes biographies; IV, l'éloge de Nicolaus Gruchius par Sc. de Sainte-Marthe; V, une note sur le prix des ouvrages de N. de Grouchy à son époque d'après un registre de Christophe Plantin et de son gendre et successeur Jean Morelus conservé au Musée Plantin, à Anvers,

57. – Mémoires et lettres de François Joachim de Pierre, cardioal de Bernis (1718-1758), publiés avec l'autorisation de sa famille d'après les manuscrits inédits par Frédéric Masson. 2 vol. cxxiv, 478, 503 p. Paris, Plon. 1878, in-84. - Prix : 16 francs.

Les archives d'Angleterre, d'Autriche, de Prusse, et tout récemment celles de Russie, ont fourni, dans ces derniers temps, de nombreux documents inédits sur la guerre de Sept Ans et sa diplomatie; elles nous ont révélé des traités restés secrets jusqu'à nos jours; elles nous ont fait connaître dans les moindres détails des négociations que l'histoire ignorait jusqu'ici. Seule, la France restait en arrière. Depuis que, en 1867, j'ai pu consulter aux Archives du ministère des affaires étrangères quelques séries de la correspondance diplomatique de cette époque (voir Revue critique, 1868, art. 19, p. 312), on a peu tiré de ce riche trésor; les publications de documents historiques ont été rares et le mémoire de M. Filon, L'ambassade de Choiseul à Vienne en 1757 et 1758 (Paris, 1872), ne repose que sur des copies que tous les érudits pouvaient librement consulter à la Bibliothèque nationale.

Les deux volumes que publie aujourd'hui M. Masson sont donc les bienvenus. Ils renferment en grande partie les mémoires, jusqu'ici presque inconnus, que le cardinal de Bernis avait, non pas destinés à la publicité, mais légués à sa famille, qui les avait fidèlement conservés. M.M. a joint aux Mémoires les lettres intimes adressées par Bernis au roi, a la marquise de Pompadour et au duc de Choiseul, d'après les copies du ministère des affaires étrangères, qu'il a du reste comparées avec les originaux (appartenant au duc de Mouchy). Des fragments de ces lettres avaient déjà été publiés en 1833 par Sainte-Beuve, d'après une copie que

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