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Les principaux points sur lesquels M. R. a apporté des lumières nouvelles sont les suivants. En 1541, avant de se rendre à Strasbourg, Brully, fuyant Metz, sa ville natale, alla à Ratisbonne, que Calvin venait de quitter. Sur le séjour de Brully à Strasbourg, M. R. ajoute beaucoup de détails intéressants, tirés de la correspondance de Calvin, à ceux que donne M. Paillard. Il établit que Brully fit, en 1543, une tentative infructueuse pour obtenir une place de pasteur à Metz. Enfin, M. R. a trouvé, dans les papiers du regrettable M. Baum, un document des plus précieux : la relation détaillée du message envoyé par le magistrat de Strasbourg pour solliciter à Tournay la délivrance de Brully. Grâce à cette pièce, dont il donne le texte en appendice, M. R. a pu ajouter quelques traits caractéristiques au récit déjà si détaillé de M. Paillard. Entin M. R. disculpe la femme de Brully des accusations aussi gratuites qu’injurieuses de M. Abel. La lettre que son mari lui écrivit avant son supplice ne laisse aucun doute sur les sentiments d'estime et d'affection qu'elle lui inspirait; et son second mariage, en 1546, avec Me Elie, ne doit pas nous étonner, quand nous nous reportons aux idées et aux habitudes du xvie siècle et quand nous voyons Brully lui-même dire à sa femme dans cette lettre suprême : « Quand le temps viendra, le Seigneur te pourvoyera d'un autre mari. »

M. A. Rivier nous donne la biographie d'un autre Messin, Claude Chansonnette (Claudius Cantiuncula "), qui fut l'ami de plusieurs réformateurs, mais qui fut loin d'adhérer à la Réforme. Comme Erasme, comme Glareanus, comme bien d'autres, il était avant tout un érudit et un humaniste, hostile à tous les fanatismes, et effrayé par le caractère révolutionnaire que prenait fatalement la Réforme. Aussi dès 1523 quitta-t-il Bâle où il professait le droit 2, pour rentrer à Metz. Il ne put donc, comme l'avait cru M. Rahlenbeck, être à Bâle le professeur de Brully, qui était né entre 1515 et 1520. Il laissa comme successeur à l'Université de Bâle son ami Boniface Amerbach, avec qui il entretint depuis lors une fidèle correspondance dont M. R. nous donne en appendice soixante-seize lettres écrites entre 1521 et 1545, et qui sont très-précieuses pour l'histoire de l'humanisme et des études juridiques au xvio s., ainsi que pour la biographie de Chansonnette 3. A dater de son dé. part de Bâle, il joua un rôle important auprès du roi des Romains, Ferdinand, remplit plusieurs missions diplomatiques, dirigea, à partir de 1545, la chancellerie royale de l'Autriche intérieure sans cesser un seul instant de s'occuper des travaux de jurisconsulte auxquels il doit sa renommée. La notice brève mais précise de M. Rivier établit avec beaucoup de critique les différentes vicissitudes de cette multiple activité, mais il n'est pas arrivé à fixer la date de la mort de Chansonnette. Tout æqu'on peu: dire, c'est qu'il mourut avant 1561.

1. La n. i de la p. 14 de la brochure de M. R. porte par erreur Contiuncula. 2. Reuss, p. 14.

3. Elles sont tirées de la Bibl. de l'Université de Bâle. Deux lettres à Capiton 'proviennent des Archives de l'église de Bâle.

19. – La jeunesse d'Elisabeth d'Angleterre (1833-1888), par Louis WIESENER, ancien professeur d'histoire, etc. Paris, Hachette, 1878, XII-402 p. in-8. – Prix : 7 fr. 50.

Ce n'est point la première fois que M. Wiesener choisit le sujet d'un livre dans l'histoire de la Grande-Bretagne au xvje siècle. On connaît son ouvrage sur Marie Stuart et Bothwell, travail dont on peut ne point admettre les conclusions principales, mais fait avec conscience et d'après les sources. C'est également avec une impression satisfaisante que l'on prend congé de ce nouveau volume. La Jeunesse d'Elisabeth est un livre d'une lecture agréable, écrit après l'investigation la plus scrupuleuse des documents imprimés ou inédits, que l'auteur a pu réunir sur la matière et dans un esprit d'impartialité scientifique d'autant plus louable que le sujet est de ceux où l'on a le plus de peine à se montrer impartial.

Depuis une série d'années, grâce aux Calendars of State Papers publiés par le Record-Office de Londres, on peut pénétrer plus avant dans l'intsité de cette histoire d'Angleterre au xvie siècle, la plus tragique assurément par les brusques péripéties et les catastrophes sanglantes qu'on y rencontre à chaque pas. La lutte inaugurée dès lors n'en a pas moins contique, vive et pressante, entre les défenseurs des Tudor comme de la cause protestante et les champions de l'Eglise et de Marie Stuart. Dans ces monceaux de papiers inédits, tirés des archives, chacun a pris ce qui Flattait ses idées préconçues, et MM. Froude et Gautier ne se sont pas rapprochés davantage que Melvil et Buchanan ne le furent jadis.

M. W. ne se montre point, heureusement pour nous, dans son nouvel ouvrage, comme un de ces écrivains systématiques qui savent d'avance ce qu'ils veulent trouver dans leurs sources. En possession de beaucoup de renseignements nouveaux ', il a voulu les utiliser en retraçant les prémices de cette existence si troublée, de ce règne si long et si orageux qu'il avait rencontré déjà dans une autre étude. Il l'a fait avec prudence et circonspection, s'appliquant à débrouiller l'histoire et la légende et y réussissaat presque toujours. Sans y mettre d'aigreur, il a réfuté bien des additions que le zèle pieux des chroniqueurs d'Elisabeth avaient faites aux événements réels, et le portrait qu'il retrace de la jeune princesse ne

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1. Nous citerons surtout la correspondance de Simon Renard, ambassadeur de Charles-Quint auprès de Marie Tudor, et les papiers des Noailles, consultés aux archives du ministère des affaires étrangères de France.

ressemble pas absolument à celui des Heywood et des Foxe. Nous ne retrouvons pas chez lui, dans la prudente recluse de Woodstock et de Hatfield, leur confesseur intrépide de la foi protestante, et à la place d'une Elisabeth hautaine, refusant de plier et de renier ses croyances et ses droits héréditaires, nous en apercevons une autre, plus souple et moins sincère, mais préservée par là-même des dangers qui planaient sur sa tête.

Nous ne voulons pas suivre M. W. dans le détail des nombreux cha- . pitres qu'il consacre à l'enfance et à la jeunesse d'Elisabeth. Née le 7 septembre 1533, après que Henri VIII eut été marié pendant sept mois seulement à sa mère, elle n'a pas encore trois ans quand Anna Boleyn périt sur l'échafaud et quand son propre père la déclare bâtarde devant toute la nation. Sa triste et misérable position ne s'améliore qu'à l'avènement de son frère, et là encore nous la voyons mal élevée, mal conseillée; son tempérament l'entraîne à des actes de coquetterie regrettable qui l'exposent aux calomnies les plus graves et mêlent sa personne au procès capital du grand amiral Seymour. Sa situation devient bien pire à la mort d'Edouard VI, en 1553. Arrêtée après la chute de Jane Grey, elle ne se soustrait au péril qu'au prix d'une conversion peu sincère; l'année d'après, l'insurrection de Thomas Wyatt n'en met pas moins sa tête en danger; pendant deux mois elle est prisonnière à la Tour, dans cette prison d'Etat qui bien souvent ne rend plus ses captifs. Retenue à Woodstock pendant une année entière, rappelée à la cour, retombant en disgrâce pour n'avoir point voulu de la main du duc de Savoie, elle ne respire librement que le 17 novembre 1558, alors que la mort de Marie lui rend enfin la liberté véritable en même temps qu'elle lui donne une couronne.

Ce fut, on le voit, on le verra plus encore en consultant les menus détails du récit de l'auteur - une triste existence que celle d'Elisabeth pendant les vingt-cinq premières années de sa vie. Menacée presque toujours, blessée dans ses sentiments les plus intimes, à la merci de ses ennemis de cour ou de quelque conspirateur qui s'empare de son nom comme d'un étendard de révolte, obligée de recevoir une indépendance douteuse de la main d'un Philippe II, elle sentait se perdre sa jeunesse dans une captivité sévère ou dans une liberté dérisoire. Etouffant mal les assauts d'un tempérament impétueux par les méditations et l'étude et par l'observation de plus en plus désabusée des hommes, elle suivait tout particulièrement les variations de sentiment que sa seur, moins scur que rivale, éprouvait pour elle, sachant trop bien, par maint exemple de famille, qu'en Angleterre un caprice du monarque pouvait mettre les têtes, les plus voisines du trône, entre les mains du bourreau.

On ne saurait dire que M. W. aime Elisabeth ou même qu'il l'estime comme femme, mais il la comprend, il l'explique, et c'est tout ce qu'on peut lui demander. Sur le terrain de « l'éternel féminin », la grande reine d'Angleterre ne saurait sans doute prétendre jamais davantage. Coquette et dissimulée, violente et colère, sensuelle aussi, comme devait l'être une fille d'Henri VIII et d'Anna Boleyn, il lui manque la franchise dans la passion, l'élan spontané qui nous entraîne malgré nous, de sa rivale, Marie Stuart. Mais M. W. ne fait peut-être pas assez ressortir que les terribles épreuves par lesquelles passa la dernière des Tudor ont dû forcément donner à son caractère les traits dominants qu'on y remarque et qu'on lui reproche, tandis que Marie Stuart s'épanouit dans une chaude atmosphère de vie luxuriante et de plaisirs; la période des luttes cruelles et des épreuves ne commence pour la jeune reine d'Ecosse qu'après qu'elle a depuis longtemps terminé son développement physique et formé son être moral. Comment l'âme d'Elisabeth se serait-elle librement épanouie, alors que, dès ses premières années, repliée sur elle-même, elle subissait de toutes parts les négligences, l'insulte ou les dédains? Comment pouvait-elle avoir une fraicheur de sentiment virginale alors qu'à quinze ans les membres du Conseil privé d'Angleterre venaient s'enquérir auprès d'elle si elle n'était point enceinte ? Comment n'aurait-elle point été méfiante et fausse, après une jeunesse aussi désolée, après avoir vu de près tant d'abominables intrigues, en jetant un regard sur un entourage comme le sien 2 ? Elisabeth est montée sur le trône après avoir vu la réalité des choses humaines dans ce qu'elles ont de plus laid et de plus amer; la femme en a certes pâti, mais la souveraine en est devenue plus grande.

Notre auteur, lui aussi, arrive à des conclusions à peu près semblables. S'il n'aime pas Elisabeth, il admire en elle, presque malgré lui, la reine d'Angleterre. Il rend hommage à ses grandes qualités de gouvernement, à ses dons de commandement, à sa pénétration surprenante, à sa prudence et à son énergie, à son sang-froid aux heures de crise, à la vigueur foncière de son esprit et de sa volonté qui ne permit jamais, ni aux événements, ni à qui que ce fût, de prendre aucun empire sur elle. Ces éloges, si mérités d'ailleurs, ont, à nos yeux, un prix tout particulier dans la bouche d'un admirateur passionné de Marie Stuart. M. ajoute avec raison qu'animée du plus ardent patriotisme, elle aimait passionnément la gloire de son pays. Peut-on s'étonner ensuite si le ceur de son peuple a battu pour elle et si cette reine qu'on nous représente trop souvent comme une femme fourbe et pusillanime, est encore aujourd'hui l'objet de l'admiration reconnaissante de tous les patriotes anglais ?

Le principal reproche que l'on puisse faire à M. W., c'est l'abus de cette méthode psychologique, grâce à laquelle certains auteurs prétendent lire par intuition dans le cour de leurs personnages et leur font dé. voiler devant nous leurs pensées les plus intimes. Avec un écrivain scrupuleux comme M. W., cela tire moins à conséquence, mais ce n'en est pas moins un abus 1.

1. Lors du procès du lord grand-amiral Thomas Seymour. Il fut prouvé par témoins qu'il venait chez elle en robe de chambre, les jambes nues, quand elle était encore couchée et qu'il avait l'habitude « to strike her upon the back or on the buttocks familiarly. »

2. Le duc de Feria écrivait en 1558 à Philippe II, son maître, que « la plupart des lords du Conseil et des autres lords sont à vendre au plus offrant, » Et il ne disait que trop vrai.

Quelquefois aussi le style de M. W. est un peu prétentieux. En parlant du coeur d'Elisabeth, il dit que « ses serviteurs ne savaient pas quels sombres abîmes cachait l'éblouissant cristal. » Autre part on voit « du sein de la phraséologie (d'Elisabeth) sortir une lame », ou bien l'auteur fait « bondir la lionne Tudor », etc.

Malgré ces petits défauts, le livre de M. Wiesener est un bon livre et nous le recommandons à tous ceux qui désireraient trouver un guide sûr pour l'histoire de ces vingt-cinq années de l'histoire d'Angleterre.

R.

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51. Konrad DIETERICH. Kant und Newton, gr. in-8°, xiii et 294 P., 1877.

Prix : 5 mark 60 (7 francs). Kant und Rousseau, gr. in-8°, xii, et 200 p. 1878. Tübingen, Laupp. Prix : 4 mark (5 francs).

Le contenu de ces deux ouvrages ne répond pas exactement à leur titre. L'auteur reconnaît lui-même, dans l'introduction du second, qu'il aurait pu les intituler plus exactement : « Kant et les sciences de la nature; Kant et la philosophie de l'histoire ou les questions sociales. » On est particulièrement surpris, en parcourant la table du volume sur Kant et Rousseau, de voir les noms de Lessing, de Herder, de Schiller, revenir plus souvent que celui de Rousseau lui-même. Malgré cela, ces deux livres fournissent de nombreux renseignements et d'utiles indications à l'historien qui cherche à déterminer l'influence exercée par Newton et par Rousseau sur le développement du génie et des idées de Kant : on

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1. Voy. p. ex. p. 384. « Elle ne put se défendre de penser... elle entrevit ce lit... elle frémit, etc. » M. W. n'en sait pas plus que nous sur cet état d'âme d'Elisabeth, mais cela prête à un tableau, fort artistement retracé, je l'avoue.

2. Voici encore quelques menues remarques glanées à la lecture. P. 17. Ce n'est pas, comme le dit l'auteur, le lutheranisme qui fut vaincu par le calvinisme à Francfort et Strasbourg, mais le contraire qui arriva. - P. 47. Un historien sérieux ne doit citer à aucun titre Gregorio Leti, le Capefigue du xvilo siècle. – P. 58. Pourquoi Sturmius, au lieu de dire avec tout le monde Jean Sturm? – P. 53. De même pourquoi dire Brentius au lieu de Brenz? P. 270. Johannes Pictones est-il la forme correcte de ce nom? P. 274. Tout le monde ne comprendra pas ce terme vieilli a un rengrégement de disgrâce. » – P. 349. On peut dire au choix, d'après l'ancienne et la nouvelle orthographe, l'évêque d’Acqs ou l'évêque de Dax, mais non pas l'évêque de d'Acqs. – P. 370. Il manque une conclusion aux données de M. W. sur le Journal de Machin. Si tous ses renseignements sont exacts, il y a eu de la part de certains écrivains anglais postérieurs une véritable supposition de textes. Il fallait les en accuser et surtout ne pas utiliser ces textes dans son récit.

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